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Interview de Of Montreal
Of Montreal
   
"Les anti-dépresseurs m'ont fait beaucoup de bien... L'art aussi m'a aidé."
   
Georgie Fruit semble avoir pris le contrôle du nouvel album, Skeletal Lamping. Que s'est-il passé ?
Kevin Barnes : Je ne sais pas trop. J'ai en quelque sorte décidé de ne plus considérer Georgie Fruit comme un personnage extérieur, un être de fiction, mais comme une partie de ma personnalité, de ma psychée. Je lui ai donné un nom et une voix pour m'amuser, mais au fond il fait partie de moi. Ça m'intéresse plus d'écrire ces chansons funky, délurées et coquines. Au départ, je me disais que ce serait plus pertinent de dire que c'était l'œuvre de ce personnage, Georgie Fruit, puis j'en ai eu assez de diviser mes créations de cette façon, de dire : c'est une chanson de Kevin Barnes, celle-là est de Georgie. Désormais, ça n'en fait qu'un, car je ne souffre pas de troubles de la personnalité.
L'album précédent, Hissing Fauna, Are You The Destroyer, parlait beaucoup de divorce, de dépression. Celui-là est très sexuel, beaucoup plus joyeux aussi. Ecrire et monter sur scène est thérapeutique pour vous ?
Je crois, oui. Les anti-dépresseurs aussi m'ont fait beaucoup de bien. J'ai commencé à en prendre et ils ont contribué à rééquilibrer ce qui se passait dans ma tête. J'ai pu mieux affronter tout ce qui était en train de me ronger. L'art aussi m'a aidé. Au départ, ça ne marchait pas. je ne trouvais pas dans l'art une solution à mes problèmes. Et maintenant, il y a une foule de choses combinées qui contribuent à me faire me sentir un peu mieux dans ma peau.
L'album précédent a reçu un vrai soutien des critiques. Il y a eu de plus en plus de fans aux concerts. Ça a été excitant ou effrayant au départ ?
C'était très excitant, parce que pendant des années, on a souvent joué dans des salles vides. Alors voir du public, c'était un bonheur. On a fait nos preuves et du coup, quand ça a enfin commencé à marcher, on s'est tous dit : ce n'est pas trop tôt. Ça fait du bien.
A quoi attribuez-vous cet intérêt ? Au fait que les gens en ont marre de voir des groupes en jeans sur scène alors que vous leur offrez un vrai show ? Ou vous ne comprenez pas pourquoi, tout à coup, ça marche ?
Je pense que les gens qui viennent nous voir aiment d'abord notre musique et qu'ils se disent que le concert va être intéressant, qu'il va s'y passer pas mal de choses. On a un côté facétieux. On ne se prend pas vraiment au sérieux. J'espère que ça donne au public une occasion de s'habiller, de considérer le show comme une sorte d'événement et non un truc un peu banal. J'aimerais que les gens qui viennent à un concert d'Of Montreal s'habillent et réalisent quelques-uns de leurs fantasmes personnels. Je ne veux pas que ce soit une tranche de voyeurisme où les musiciens matent le public qui les regarde en retour. J'aime regarder les gens et voir qu'ils portent des costumes, ça m'inspire d'une certaine façon. Le public nous donne l'énergie de nous déguiser et de faire le meilleur show possible. On espère leur retourner la politesse, afin qu'ils se disent qu'eux aussi ils peuvent se looker et se faire leur petit show rien qu'à eux.
Vos meilleurs souvenirs de concert pour l'instant ?
Il y a eu beaucoup de concerts où l'énergie circulait bien. Je voyais que dans la salle tout le monde avait l'air de s'éclater. Quand on est sur la route, on finit par être un peu fatigué, on essaye de monopoliser ses forces pour la scène et parfois, si les fans baillent, on ne se sent pas rechargé. Mais s'ils délirent, ça nous booste, on sent qu'il se passe quelque chose d'important. On a passé de très bons moments à Paris dans le passé, mais on ne sait jamais ce qui va se produire. On peut avoir passé une très bonne soirée dans un lieu et la fois suivante, c'est une déception. L'inverse se produit aussi. C'est difficile à prévoir.
Skeletal Lamping ressemble à un véritable concept artistique, puisque vous déclinez toute une gamme d'objets autour du disque. On ne peut pas qualifier cela de merchandising. Quelle est l'idée maîtresse derrière ce concept ? Faire vivre les fans dans un petit univers Of Montreal ? Ou est-ce une prolongation de l'écriture ?
Quand mon frère, ma femme et moi avons créé tous ces objets, nous en avions marre de tous ces produits très prévisibles, identiques. On s'est dit que comme l'industrie du disque est en pleine mutation, on allait tenter d'en profiter. Les gens téléchargent la musique, mais dans le lot, il y en a sûrement qui veulent un packaging qui soit beau à regarder, quelque chose qu'ils peuvent ramener chez eux, un objet physique. On a réfléchi à tout ce qu'on pourrait créer pour combler ce vide. On a pensé au design et à tous ces objets fabuleux qu'on peut incorporer dans son quotidien sans que cela encombre. Des transferts muraux, une lanterne chinoise ou un poster, c'est, on l'espère, des objets intéressants. On ne voulait pas concevoir des trucs qui n'ont pas de signification, comme un boîtier de CD par exemple, qui ne sert qu'à encombrer. On a préféré faire un CD qui se déplie pour se transformer en une créature étrange et devient un objet d'art.
Vous vous souvenez du moment où vous avez eu l'envie de prendre une guitare et de vous mettre à composer ?
Je suis d'un naturel paresseux. Si je ne maîtrise pas quelque chose très rapidement, je laisse tomber. Il faut que j'ai une sorte d'aptitude naturelle, parce que je n'aime pas trop bosser dur. La guitare fait partie de ces choses-là. Un jour, j'en ai pris une et je me suis aussitôt senti à l'aise avec. Les Rolling Stones, au tout début de leur carrière, écrivaient des chansons très simples avec 3 ou 4 accords à chaque fois. Un de mes oncles m'a montré à jouer Under My Thumb et j'ai reçu cette compilation des premiers singles des Stones jusqu'à 1972, je crois. Avec ces 3-4 accords, j'ai pu jouer tout leur catalogue de cette période. Je m'asseyais avec ma guitare, je jouais en écoutant le disque et en me demandant quels seraient les accords basiques qu'ils allaient utiliser pour tel ou tel morceau. J'écoutais et je jouais à l'oreille en me prenant pour Keith Richards. Les Rolling Stones ont eu un rôle important dans mon apprentissage de la guitare.
Vous êtes prolifique. Pour ce nouvel album, vous avez travaillé seul ?
La plupart du temps, je travaille seul. Pour les derniers albums, j'ai tout fait moi-même. Si j'ai envie d'entendre un instrument dont je ne sais pas jouer, comme le violoncelle par exemple, j'appelle un ami. Mais le plus gros du temps, pour le meilleur et le pire, je fais tout moi-même. C'est marrant parce que je peux me perdre en route dans le processus créatif, c'est une forme d'évasion fabuleuse. Je me mets dans ma petite bulle, je me coupe du monde extérieur, ça s'approche de la méditation, le temps s'arrête. Et quand j'ai fini, je me sens fier de moi, j'ai le sentiment d'avoir bien utilisé mon temps pour concevoir quelque chose dont je suis fier.
Vous vous considérez comme un auteur compositeur, un performer, un peu des deux ?
Je ne me considère pas (rires).
Le nouveau show a l'air impressionnant. A new York, il y a eu un cheval sur scène. On en verra un en tournée ?
Non, c'était un concert un peu spécial qu'on n'a donné qu'à New York. C'est très cher de louer un cheval pour quelques heures.
Vous devriez en embarquer un à l'arrière du bus en tournée…
Ce serait une vie sympa pour un cheval… Celui que nous avons à NY était très cool. Il était âgé, il devait avoir 27 ans et il a joué dans des films. Il était marrant, mais c'était aussi un peu effrayant. J'avais entendu parler d'un défilé de mode récemment où ils avaient mis un cheval sur scène qui a perdu son sang-froid et blessé plusieurs personnes. J'ai commencé à flipper, à me dire : et si le cheval me virait et que je me retrouvais en miettes ? Ça peut toujours arriver. Par chance, tout s'est très bien passé. Ça nous amuse de créer des moments bizarres, quasi-cinématographiques. Dans nos concerts, on essaye de combattre ces images statiques qu'on a tous en tête. On a tous vu des mecs en jeans et t-shirts sur scène, c'est trop banal et ennuyeux. J'aime mettre sur pied des espèces de grosses productions. Non seulement c'est fun pour le public, mais ça l'est aussi pour moi. On n'arrête pas de courir dans tous les ens, je file me changer, j'interagis avec les artistes, etc. Il y a beaucoup plus de groupes qui ont cette mentalité en ce moment, qui essayent de rendre leurs concerts plus visuels.
C'est aussi une forme de protection pour vous. Ça doit donner le sentiment de ne pas être à poil face au public… même si parfois, vous vous déshabillez littéralement sur scène.
Oui, c'est drôle. On vient de jouer dans des magasins de disques et j'ai dû me produire de façon très minimaliste, juste avec une guitare acoustique. J'étais tellement mal à l'aise. Je me disais : jamais je ne voudrais être un musicien acoustique, c'est le truc le plus difficile au monde. Je me demandais si ce n'était pas un peu chiant à voir pour le public puisque de mon côté, je m'ennuyais. Bon, il y en a plein qui sont très doués pour ça. Bob Dylan se produisait seul avec sa guitare et tout le monde était ébloui…
Et d'où vient cette envie de se mettre nu sur scène ?
Ça faisait un moment que j'y pensais. Je me disais que j'aimerais le faire, que ce serait drôle. J'étais en train de repousser mes limites, d'aller au-delà de ces peurs conventionnelles que nos parents ou la société, peu importe, nous transmettent. Pendant une période, j'ai vraiment eu envie de me libérer de tout cela. Nous avons tous très peur de nous retrouver tout nu face à nos semblables, c'est un cauchemar assez courant. Je me suis lancé, j'ai décidé de me mettre à poil pour voir ce que ça faisait et guetter les réactions du public. C'était aussi une façon de faire se produire un truc exceptionnel, excitant.
Que feriez-vous si vous n'êtiez pas musicien ?
C'est bizarre, car la musique est la seule chose que j'aime faire. Je n'ai pas d'autre hobby. Tout ce qui me vient à l'esprit, c'est le sport que j'adore regarder. Je me dis que je pourrais peut-être filmer des événements ou être monteur d'une émission sportive.
Cela fait 11 ans que vous êtes dans le groupe. Vous avez des regrets ? Des envies de revenir en arrière pour corriger certaines erreurs ?
Pas vraiment. Je n'ai créé que des choses qui m'intéressaient, j'y ai toujours mis tout mon cœur. Je peux regarder en arrière, me dire que certains disques n'ont pas marché pour telle ou telle raison, mais je m'en fiche parce que je ne les ai pas enregistrés pour ça ou pour toucher un plus grand public. Ce n'est pas mon approche artistique. Ma musique m'est toujours inspirée par une sorte d'esprit organique qui m'ordonne d'emprunter telle ou telle direction. En ce moment, ça coincide avec les intérets du public, mais dans 5 ans, ce ne sera peut-être plus le cas et ça redeviendra comme il y a 5 ans, quand personne ne nous aimait. Et je m'en fiche. Ce qui m'intéresse, c'est le processus créatif et ce qu'il me procure, ce sentiment de plénitude que j'en tire.
En quoi aimeriez-vous vous réincarner ?
En chat. J'aimerais être un chat domestique chouchouté qui a le droit de sortir pour chasser les oiseaux avant de rentrer se détendre dans une maison. Mais il me faudrait un copain. Je me dis que ce serait parfait si mon frère et moi étions réincarnés en chats et qu'on vivait ensemble avec de gentils maîtres.
   
Propos recueillis par Isabelle Chelley
     
     
     
     
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 Artiste
 Of Montreal


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Of Montreal" 23/10/2008


 News Date publication
 Of Montreal en concert 30/01/2009



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