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Interview de Outlines
Outlines
   
"Je suis boulimique de vinyls, le hip hop est la colonne vertébrale de notre travail."
   
Comment les membres d’Outlines ont-ils commencé la musique ?
Jérôme et moi avons grandi ensemble à Strasbourg. Je faisais du solfège quand j’étais petit et on a commencé à écouter du hip hop dans les années 90 avec « Illmatic » de Nas, les premiers albums de Wu-Tang Clan et de Gang Starr. Ca m’a donné envie d’acheter des disques, de me mettre à scratcher et de devenir DJ. J’ai économisé pour acheter mes premières platines. Tout ça m’a amené à créer mon propre son sur ordinateur puis à l’aide de sampleurs. A l’époque, il n’y avait pas vraiment de soirées hip hop mais beaucoup de jams où toutes les disciplines du hip hop étaient représentées : le break (la danse), le graffiti, le DJIng et le MCing. On se rendait à ces jams avec Jérôme surtout en Allemagne et en Suisse. On allait vivre de vrais moments. Jérômes breakait à l’époque et moi je faisais un peu de graff. Ensuite, on s’est concentré sur la musique. En 1999, nous avons monté le festival Summer Session avec Rising Suns, association franco-allemande qui vise à promouvoir le hip hop en Alsace. On a invité des graffeurs et Jay1 est devenu résident à la Summer Session et le père spirituel du graff en France et en Europe. En se mettant à la musique, on a voulu porter un soin particulier à l’aspect graphique et à l’image. Avec Jay1, le groupe est alors devenu un trio. Avant Outlines, j’ai produit quelques albums de rap français et américain.
Gilles Peterson vous a aidé dans votre parcours. Comment cela s’est-il passé ?
A la fin du lycée, je suis parti faire mes études aux Etats-Unis et Jérôme à Paris mais on est resté proches. J’ai fait un semestre d’échange à Berlin. J’y ai emmené quelques démos faites sur mon sampleur et les ai données à un pote qui était animateur d’une émission de radio sur Jazzonova. A l’époque, Jazzonova sortaient leur premier album. Il leur a fait écouter ce bootleg et ils l’ont joué pendant toute leur tournée. Un soir, je suis allé dans un club avec un ami et j’ai entendu ma musique passer. Je suis allé voir Jazzanova et je leur ai dit que c’était mon morceau. C’est là qu’ils m’ont dit qu’ils l’avaient passé pendant toute leur tournée. Gilles Peterson était aussi présent et m’a dit qu’il voulait avoir ce titre. Ils m’ont donné rendez-vous deux semaines plus tard à Berlin. Jérôme est venu me rejoindre, on leur a proposé notre concept d’album et on a signé sur leur label, Sonar Kollektiv. Le morceau a été élu quatrième meilleur morceau de l’année dans l’émission de Gilles Peterson.
Vous semblez très proches de Ed banger…
Jérôme était l’assistant de Pedro Winter pendant deux ans, à l’époque de la création du label. C’est avec eux que nous avons commencé quand je suis arrivé à Paris en 2003. Jérôme habite au-dessus de leurs bureaux. On est très proche de DJ Mehdi pour qui on a fait un remix. Ed Banger, c’est comme la famille.
L’album contient d’autres influences que le hip hop. Comment travaillez-vous les productions ?
Je suis boulimique de vinyls. Le hip hop est la colonne vertébrale de notre travail. Au cœur de notre création, se trouve le sampleur Akai MPC que tout le monde a dans le hip hop, de Dr. Dre à DJ Premier. On essaie de faire le plus possible avec peu. On trouve un sample, on y ajoute un break, une basse, des variations et un texte.
Tu es producteur, quel est le rôle de Jérôme ?
Il est plus en retrait sur le plan musical mais aussi important dans le groupe car il s’occupe de l’aspect marketing et business. Il est assez visionnaire et c’est lui qui a intégré Jay dans le projet.
L’album comporte des featurings prestigieux : RZA de Wu-Tang Clan, Beat Assaillant, Abd Al Malik. Comment les avez-vous rencontrés ?
On a rencontré Malik à Strasbourg et une histoire d’amitié s’est nouée avec Jérôme en 2002. On a rencontré Beat Assaillant par le biais de Jay qui nous emmené à l’un de ses premiers showcases. Quand tu fais de la musique, c’est impressionnant de rencontrer des gens nouveaux et d’avoir l’impression qu’ils vont dans la même direction que toi. Beat Assaillant est puriste mais a aussi un côté très soul et funk qui nous a plu. On a enregistré des sons avec lui chez Twin Fizz, son studio de l’époque. En 2000, Jérôme a reçu l’appel d’une amie allemande lui disant que RZA allait sortir un album en Europe et elle lui a proposé de s’occuper de la coordination du projet. Il voulait faire un album avec des rappeurs européens. C’est devenu un ami qui nous a aussi fait l’immense honneur d’être sur l’album. Je viens de rentrer de Californie où j’ai travaillé avec lui sur la BO de Babylon A.D, le prochain film de Kassovitz.
Avant l’album vous avez sorti des maxis qui ont été beaucoup diffusés sur les ondes ou par des DJs. Cela vous a-t-il aidé dans la construction de l’album ?
Le morceau qui nous a donné le plus de visibilité est « Just a Lil’ Lovin’ ». On savait ce qu’on voulait faire comme album. On savait que ce ne serait pas un album de house onirique. On voulait un disque assez vrai et hip hop. L’album reflète tous les genres de musiques que l’on aime : rap, soul, funk, jazz, electro (avec « Listen To The Drums » qui était le deuxième maxi). Quand les maxis sont sortis, le disque était déjà presque fini.
Avez-vous l’impression d’être plus reconnus ailleurs qu’en France ?
Grâce à Gilles Peterson, nous avons explosé en Angleterre où il y a eu un buzz avant la France. Par ailleurs, une fois qu’on a sorti des maxis, on a bénéficié du soutien de Radio Nova. L’Allemagne et le Japon ont aussi eu accès à notre musique un peu pus tôt, mais aujourd’hui cela s’est stabilisé.
En ce moment, vous réalisez la BO de Babylon A.D à Los Angeles. Comment travaillez-vous sur ce projet ?
Jérôme a été à l’origine du casting. C’est lui qui a fait le lien entre Vin Diesel et Mathieu Kassovitz. Mathieu lui a fait confiance et l’a nommé « Music Supervisor » sur le film. C’est compliqué car il s’agit d’un film d’action. Quand on travaille sur un film, on prend toutes les scènes et on les divise en ce qu’on appelle des « cues », c’est-à-dire des moments où il faut de la musique. Elle peut être orchestrale. Un compositeur de musique classique, Atli, travaille dessus mais Mathieu voulait aussi un côté plus hip hop. C’est pour cela qu’il a fait appel à RZA et à Shavo, bassiste de System Of A Down. Tous les deux ont monté le groupe Achozen qui s’est inspiré du film mais place aussi de la musique dans le film pour certaines scènes. Sur cinquante musiques, il y en aura une dizaine de Shavo et RZA et une quarantaine d’Atli. J’étais à L.A et j’étais assistant de RZA et Shavo. Il fallait coordonner beaucoup de choses : les images, la production, etc. Je n’ai pas vraiment composé mais j’ai fait un travail d’ingénieur du son et d’arrangeur. C’est le prolongement du travail que l’on fait avec Jay. Sur un film, la musique représente 50% du travail. Elle ajoute à l’émotion que l’on peut ressentir. Je commence à me sentir à l’aise dans ce domaine.
Comment intégrez-vous cette image dans les live et dans le groupe ?
La touche de Jay est présente dans les clips. Il a réalisé la vidéo de « Just A Lil’ Lovin’ ». Sur scène, on ne l’a pas encore intégrée à fond. Le live reste une réflexion de l’album avec une base sampleur et des instruments autour. Cela donne un côté jam proche des musiques que l’on sample. Les structures sont plus fluides. Intégrer le visuel sur scène est la prochaine étape.
A part le live et la BO, quels sont vos projets ?
Un deuxième album, différent. Quand on fait un premier disque, on se tourne vers le passé. C’est un peu un hommage et une façon de se situer en tant qu’artiste, de dire « on vient de là ». Le second disque sera plus dans la veine de « Lucky Boy », le titre que nous avons fait avec Mehdi. Quand on était à Los Angeles, George Clinton nous a fait l’immense honneur de passer en studio et d’écouter quelques titres. Il nous a dit : « that’s futuristic Motown ». C’est ce qu’on a essayé de faire : oublier les samples, se concentrer sur les compositions et les arrangements, utiliser des breaks et essayer de retrouver la musique qui nous a bercée : Stevie Wonder, The Supremes, The Four Tops, Gladys Knight et tout l’esprit Motown.
   
Propos recueillis par Lajoinie Adeline
     
     
     
     
 Interview(s) Date publication
 Interview de "Outlines" 24/12/2007


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