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Interview de Poney Express
Poney Express
   
Anna Berthe ex-chanteuse de Têtard et Robin Feix bassiste du groupe Louise Attaque.
   
Comment est née l’envie de Poney Express ?
Anna : Comme tu sais, on s’est rencontrés parce que je faisais partie de Têtard et qu’on a fait pas mal de premières parties de Louise Attaque. Ensuite, Gaëtan (Roussel) et Robin ont produit le 3ème album de Têtard. On s’est donc retrouvés en studio, il y a deux ans. Et d’avoir commencé à travailler ensemble, ça nous a tout de suite donné envie de faire Poney Express. Robin : Le truc, c’est aussi qu’Anna avait déjà commencé à faire quelques maquettes de chansons et moi j’avais commencé au premier break de Louise à faire quelque chose tout seul. Et la rencontre de cette maquette avec mes idées, ça a donné Poney Express.
Quelles images vous aviez quand vous aviez quand vous avez commencé ce projet, qui est un peu un album concept ?
A. : Déjà, on a fait toutes les maquettes en bas de cet appartement. On a passé tout l’hiver dernier dans une cave sombre. Donc, forcément, la nuit, l’ambiance est assez propice aux divagations et aux fantasmes. Alors oui, les Etats-Unis, l’Angleterre, ce sont ces images-là qu’on a vu. R. : Oui mais tu ne réponds pas du tout à la deuxième partie de la question. Tu es un peu à côté de la plaque [rires]. Donc, pour le côté concept, il y a deux groupes qu’on aime beaucoup : les américains de Violent Femmes et les anglais de Belle & Sebastian. Le concept était simple. On voulait juste mélanger ces deux trucs-là, au niveau du son qu’ils ont, eux et qu’on a piqué comme des salops… Et à partir de là, on a divagué, on a pensé aux indiens d’Amérique, on a beaucoup fantasmé.
Pour ceux qui n’auraient pas la chance de connaître Violent Femmes et Belle & Sebastian, qu’est-ce qui vous a touché et parlé dans ces groupes ?
R : Violent Femmes, ils ne sont que trois, en acoustique, sans perdre une attitude un peu punk. Ils ont quelque chose de très anguleux au niveau des textes. Un trio qui joue donc en acoustique un peu n’importe où et n’importe quand. C’est ça qu’on voulait prendre de ce groupe. Et Belle & Sebastian, c’est plutôt un travail pop. C’est une espèce de créativité, de liberté… C’est une espèce de bible pour nous, une manière de partager de manière différente.
Qu’est-ce que vous vous êtes apporté l’un à l’autre ?
A : Robin était beaucoup plus pop anglaise que moi, au départ. Dans la création des morceaux, je faisais partie d’un groupe avant mais je faisais rien dedans dons évidement, il m’a apporté plein de choses. R : Je dirais de la décomplexion. Je ne sais pas si ça se dit… A : Et puis de la confiance aussi. Parce que, quand je lui ai fait écouter mes maquettes qui étaient toutes pourries, il m’a quand même dit qu’il y avait quelque chose à faire avec ! R : Après avoir fait 15 ans de groupe masculin et rock’n roll, ce que m’a apporté Poney Express, c’est la decomplexion devant ce qu’il faut créer. Il y a des choses qui vont très vite à deux. Par exemple, le cinéma est venu s’immiscer dans ce qu’on faisait parce qu’à deux, on peut se dire : « j’ai vu un film super hier, on a qu’à en parler dans le prochain morceau. » Et ça fonctionne. Mais avec trois autres potes d’enfance, on ne peut pas arriver à une répet’ et dire « les gars, il faut absolument qu’on parle du film que j’ai vu hier ! »
Et au niveau de l’écriture, ça se passe comment à deux ?
R : C’est Anna qui écrit tous les textes. A : Mais dans un cadre que Robin me donne. J’aime bien faire ça, écrire dans un thème. Qu’il corrige après. R : Je lui donne un sujet, elle fait la rédaction et après je corrige…
C’est Charles Francis qui a mixé tout votre album. Quel ton a-t’il donné à une musique qui était déjà bien écrite ?
A : Les maquettes qu’on avait faites, elles étaient assez poussées, il y avait plein d’indices. Lui a compris ça tout de suite. D’ailleurs, il y a plein de petites choses qu’on a gardées. Evidemment, lui c’est un vieux gallois plein d’’expèrience et il a produit, joué plein d’instruments. C’est son album aussi.
Sur Daisy Street, il y a un son très brut, acoustique. Est-ce que vous avez aussi imaginé cet album sur scène en l’écrivant ?
R : Oui, en fait. Pas sur scène mais en live oui. Tous ces morceaux sont nés comme ça, en live. C’est comme ça qu’on compose. On se met l’un en face de l’autre, guitare et basse acoustiques. Et on essaie de pondre un truc de cette façon. A : Pour l’acoustique, c’est évident que, comme nos instruments ne sont pas électriques, ça se ressent dans nos compositions comme sur les live. R : On a pris les instruments « de maison. »
Et c’est de là d’où vient cette ambiance folk ?
A : Oui, ça vient des instruments. R : Moi, je dirais l’inverse. Je dirais que c’est l’envie de faire du folk qui nous a poussés à utiliser ces instruments. Non, en fait je dis ça juste pour faire chier… Mais je vois bien qu’on ne peut pas trop savoir… D’où vient cet amour de ce son-là ? Des instruments ? Des Violent Femmes ? A : Moi je dirais que, quand on a fait les maquettes, on a fait ça sur Pro-Tools. Et comme on n’est pas des pros, il y a plein de limites techniques qui ont défini après le son de Poney Express.
Il y a dans les textes un côté à la fois intime et général…
A : Je ne pourrais pas plus écrire en anglais que parler exclusivement de moi. Forcément ça parle un peu de nous. Mais il n’est question ici que de fantasmes.
Vous avez un morceau, Nobody, inspiré par le film Dead Man. Comment est-ce qu’on créé ça ?
R : Là, en l’occurrence, il a fallut le voir dix fois pour penser pouvoir oser en faire une musique inspirée. On se trimballe l’amour pour Jim Jarmush depuis longtemps. Moi, ça remonte à mes dix-huit ans. A : Au début, on avait fait un morceau qui s’appelait William Blake, sur le personnage joué par Johnny Depp. Et, finalement, on a laissé tomber ce morceau mais on n’avait pas envie de laisser tomber le thème. Du coup, on a fait son pendant avec Nobody ? On a voulu donné une chance à l’indien de s’exprimer.
Il y a également le titre Une Actrice qui s’inspire de Blow Up. Pareil, comment est né ce morceau-là ?
A : Alors là, j’avais la moitié du morceau dans mes maquettes pourries. Robin voulait qu’on le refasse. Il y a injecté les atmosphères de ce film-là. Et puis c’est né.
Sur La Loire, vous parlez en même temps, comme pour un dialogue de sourds. Pourquoi ?
R : Je suis né à côté de la Loire. C’est quelque chose qui a compté beaucoup pour moi quand j’étais enfant et qui continue à compter pas mal. J’ai fait découvrir le coin à Anna. Quand j’étais petit, ça me faisait penser à Tom Sawyer, au Mississipi, les bords de Loire. Ca me faisait marrer de montrer que, dans un album concept sur les Etats-Unis, quand on fantasme, toutes les bases sont bonnes. Même la Loire. Pareil pour le morceau Saint Malo. Pour moi, le mot Saint-Malo est aussi beau que Bâton Rouge. A : Et là, c’est Robin qui a écrit le texte ! C’est son poème à lui !
Sur cet album, on voyage beaucoup, entre l’Angleterre et les Etats-Unis. Est-ce que vos rapports à ces pays sont véritables ou fantasmés ?
A : La seconde réponse bien sûr ! Pour le coup, s’il y a un concept, c’est bien celui-là. R : C’est quand même des fantasmes uniquement musicaux. Nous, même si on y a été, dans ces pays, ce dont on s’inspire c’est uniquement le son. Et là, pour le coup, c’est un terrain très connu pour nous.
Sur scène, comment avez-vous vécu la transmission de cet album.
A : On n’avait fait aucun concert avant de faire l’album. Moi, pas lui, je débute vachement. Donc on essaie de retranscrire sur scène une espèce de décontraction. R : Une décomplexion ? A : Oui ! Une décomplexion ! Même si on a une violoniste et un batteur, le centre ça reste guitare et basse acoustiques. On se rend compte que, quand on est sur scène, les gens voient comment la musique se fait. Du coup, on a un rapport beaucoup plus simple avec les gens. On parle beaucoup et ce n’est pas grave. On dédramatise la scène avec ces gros moyens… R : Je crois que ce qu’on cherche, c’est d’essayer de continuer ce qui nous a fait marrer pendant la création de l’album. Comment on a fait ce truc-là, c’est ça qui est important. Je pense que c’est une manière assez instinctive, joyeuse et decomplexée de travailler. Quelque chose de vivant et de présent. Les grosses machines ont du mal à vivre au présent ce qu’ils font. Parce qu’il y a tout un tas de pression extérieure. On aime bien recentrer la musique sur le moment où ça se passe exactement.
Justement, toi, Robin, qui a fait beaucoup de gros concerts avec Louis Attaque, quelle est la différence ?
R : Oui, pour moi, Louise était une grosse machine. Et je n’ai de cesse de m’en éloigner pour essaye de voir ce qu’elle peut faire, la petite machine. Quand on joue acoustique à deux, on est un peu tout nus. Et les gens, avant qu’on ne commence, on de la compassion pour le courage qu’il fat pour arriver tout nus. Du coup, je trouve que ça se passe super bien. On est très proche du public. La grosse machine, elle empêche les gens de comprendre ce qu’ils voient, ce qui se passe sur scène. Toutes les ficelles sont cachées. Nous, c’est exactement l’inverse. On arrive et on montre tout. Du coup, on a une belle proximité. A : Et puis quelque que soit le public. Dans un bar ou dans une salle de concert, l’acoustique ça touche tout le monde.
   
Propos recueillis par Lajoinie Adeline
     
     
     
     
 Artiste
 Poney Express


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Poney Express" 05/05/2008


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