Interview de Primal Scream |
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Primal Scream
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| "Si on avait continué à ce rythme, on serait morts depuis longtemps." |
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| Screamdelica fête ses vingt ans cette année. Quand vous l'avez enregistré, est-ce que vous vous attendiez à durer aussi longtemps et qu'on parle encore de cet album vingt ans plus tard ? |
| Bobby Gillespie : On était très fiers de l'album quand on l'a sorti. On était très excités d'avoir fait un super album, on allait partir en tournée, beaucoup de gens sont venus nous voir, on a eu des super chroniques? Tout ça c'était cool. C'était tout ce qu'on rêvait d'être depuis qu'on était ados : être dans un groupe qui vient de faire un super disque qui marche. On en était vraiment fiers. Mais le matin quand tu te lèves, tu n'as pas trop le temps d'y penser non plus. Une fois le disque sorti, bam ! : t'es en tournée au Japon, et puis tu reviens directement pour faire une tournée britannique, puis tu pars directement à Memphis pour faire un autre disque. Tu reviens pour trois semaines, bam ! : tournée européenne. Tu reviens encore trois semaines et bam ! : tournée américaine? Tu es pris dans le tourbillon de tout ça. Tu ne peux pas être une star du rock et penser à long terme (rires). |
| Et maintenant que vous avez eu vingt sans pour y penser, que représente ce disque pour vous? |
Martin Duffy : C'est arrivé il y a vingt ans, mais on n'a jamais vraiment pris le temps pour y repenser. Jusqu'à maintenant. Disons que c'est l'album par lequel tout est arrivé pour nous. Je ne sais pas? C'est juste des bonnes chansons.
Bobby : La chanson "Loaded" et l'album Screamadelica sont vraiment ce qui a lancé les choses pour nous. Tout ce qui nous est arrivé ces vingt dernières années vient de là. On a pu travailler avec des héros comme George Clinton, Augustus Pablo, The Memphis Horns. On a bossé avec Jimmy Miller, c'était un héros pour nous : il a produit les Stones. On a vendu deux ou trois millions exemplaires de cet album, on n'a jamais su exactement parce que Creation n'a jamais vraiment tenu le compte (rires). Le chiffre est plutôt vague mais l'album est bien implanté dans la culture. On a tourné à travers le monde, on a pu faire d'autres disques, rester créatifs ; si cet album n'avait pas marché, Dieu sait ce qu'on aurait pu faire après?
Martin : Ils ont même fait un timbre avec la pochette de l'album au Royaume-Uni. On l'avait pas vue venir, celle-là? (rires) Mais oui, c'était de bons moments. Comme c'est bon de le rejouer en intégralité ces temps-ci, devant de grandes foules? |
| Les Pixies avaient aussi tourné pour les vingt ans de Doolittle. Qu'est-ce que ça fait de voir que votre musique est encore pertinente vingt ans plus tard, notamment auprès de jeunes générations ? |
| Bobby : On a joué en Australie il y a deux semaines, et le public était vraiment jeune. Ils devaient avoir entre 15 et 20 ans, c'était plutôt cool. Ils ne devaient même pas être nés quand l'album a été fait (rires). |
| Le son de Screamadelica était très novateur pour 1991, est-ce que vous diriez qu'il a été le dernier clou dans le cercueil des années 80 et de la new wave ? |
| Bobby : J'espère bien, oui. |
| Est-ce qu'à travers le temps vous avez pu voir des groupes directement inspirés par cet album ? |
| Bobby : Je ne sais pas, tu sais, nous on s'est contentés de faire l'album et de faire des concerts. Quand on les a rencontrés, des groupes comme Oasis ou les Chemical Brothers nous ont dit qu'ils avaient adoré l'album et les singles : Noel et Liam Gallagher, Tom et Ed, les mecs de Death In Vegas (Richard Fearless et Tim Holmes), Kasabian? Tous ces gens qui te disent qu'ils ont aimé ton album, c'est vraiment génial, ça nous fait très plaisir. Pour nous musiciens, qu'on nous dise qu'on a inspiré d'autres musiciens, c'est vraiment cool. C'est la chose la plus gentille que tu puisses dire à un musicien. |
| Inversement, est-ce qu'il y a des groupes qui se réclament de votre influence et que vous détestez ? |
| Bobby : Non, franchement je m'en fous. Ça me fait toujours plaisir que quelqu'un aime un de nos albums. Si je n'aime pas forcément leur musique, c'est peut-être des gars sympas. Ça me rappelle quand David Cameron (actuel premier ministre Britannique) avait déclaré à la télé qu'il aimait les Arctic Monkeys et les Smiths et que Johnny Marr avait tweeté "David Cameron, tu n'es pas autorisé à aimer les Smiths !" (rires). Les Smiths sont LE groupe de la classe ouvrière de Manchester et donc par définition très anti-Conservateurs. Cameron avait dit que "This joke isn't funny anymore" était sa chanson préférée, c'est pour ça que Johnny a répondu sur Tweeter. Je pense qu'il a bien fait. Cameron avait fait pareil avec The Jam, en disant qu'il adorait "The Eton Rifle" et Paul Weller avait répondu "pourquoi tu écouterais pas plutôt Wham!, espèce de gros con ?" et quand il joue la chanson sur scène maintenant, c'est une version maléfique, pleine de haine et de pure colère? (rires). C'est dingue, quand même, non ? |
| Chacun de vos albums est très différent des autres. Est-ce que vous n'avez jamais eu envie de continuer à explorer une formule en particulier qui vous avait vraiment plu ? |
Bobby : Non, on ne fait pas dans la formule. Quand tu fais de la musique, chaque album représente ce que tu es à un moment donné. Quand tu as fini un album, que tu as fait la tournée et que tu commences à assembler des morceaux pour faire un autre album et écrire de nouvelles chansons, si tu fais la même chose que la fois d'avant, tu as une impression d'échec, que tu n'as pas avancé. Il faut aller ailleurs et faire quelque chose que tu n'as pas encore fait.
Martin : Quand tu es musicien, il y a des choses auxquelles tu t'accroches et d'autres qu'il te faut abandonner. Les règles musicales doivent être constamment brisées. Quand on commence un nouvel album, il n'y a pas aucune règle. Si on commence à faire dans la formule, on va vite étouffer.
Bobby : D'un autre côté, j'admire énormément les "usines à hits" comme la Motown ou des trucs de disco du genre Chic, qui ont toujours ce son incroyable et qui te font tubes sur tubes sur tubes? Mais l'écriture était de première qualité, le travail artisanal, la maîtrise de la musique, là c'est cool. C'est presque du pop-art. Ça transcende la formule. Mais appliquer une formule, la plupart du temps ça équivaut à la mort de l'esprit (rires). |
| Je ne disais pas ça comme si c'était une mauvaise chose, mais simplement si vous aviez bien aimé faire quelque chose d'une certaine façon, vous auriez pu avoir envie de recommencer? |
Bobby : Notre principale source d'inspiration, c'est de chercher de nouvelles façons d'écrire des chansons. Les choses peuvent être rapidement ennuyeuses, à jouer de la guitare, tout ça.
Martin : L'idée sur Screamadelica, c'était justement d'expérimenter. |
| Est-ce que ce n'est pas un peu dur pour un fan de Primal Scream de vous suivre d'un album à l'autre ? |
| Bobby : Il y a des fans qui vont te dire qu'ils n'ont jamais aimé le premier album. Ceux qui ont aimé le troisième n'aiment pas les deux premiers. Ceux qui ont acheté le troisième n'ont probablement jamais aimé le quatrième. Ceux qui ont aimé le quatrième album n'aimeront pas le cinquième. Mais ceux qui ont aimé le troisième pourraient aimer le cinquième. Ceux qui ont aimé le sixième n'auraient jamais aimé les quatre premiers. Ou le cinquième? (ça dure un petit moment, comme ça, il finit par s'embrouiller dans les numéros, ndlr). |
| Et donc? |
| Bobby : Et donc on s'en fout, c'est pas grave (rires). Nos fans changent constamment. Il y a des gens qui aiment Screamadelica et qui n'aiment rien d'autre de ce qu'on a fait, comme il y en a qui aiment tout. On gagne des fans, on en perd. Je pense que s'est saint pour les musiciens. On n'est pas ce genre de groupes qui font toujours le même album, encore et encore. Un peu comme les Ramones : leurs trois premiers albums sont divins, beaux, incroyables? Le quatrième est bon. Et puis après il y a eu le cinquième, sixième, septième, huitième? Je ne pense même pas les avoir écoutés (rires). Ça tourne vite à la formule, ils n'ont jamais réussi à aller de l'avant. Peut-être qu'ils avaient trop peur de perdre des fans, je ne sais pas. Le Velvet Underground est une de nos plus grandes influences : ils changeaient tout le temps. Je me rappelle, j'avais acheté leur premier album, puis leur deuxième et je me suis dit "putain, mais comment c'est arrivé ?". Au troisième, ça sonnait carrément comme un autre groupe. Et puis j'ai acheté le quatrième, et je n'en revenais toujours pas. Je sais qu'à l'époque John Cale était déjà parti, mais même, le bond entre chaque album était impressionnant ! C'est vraiment cool, ça veut dire que le groupe se développe, évolue. On n'y pense pas trop quand on le fait, c'est juste naturel pour nous. |
| Je ne disais pas ça comme si c'était une mauvaise chose, hein? |
| Bobby : Non non, bien sûr. C'est plutôt sain. C'est comme The Clash. Quand ils ont fait London Calling, ça ne ressemblait pas du tout à leurs deux premiers albums. Et puis il y a eu Sandinista! qui était complètement dingue. J'ai essayé de le réécouter il y a pas longtemps, j'ai encore halluciné. Tu vois qu'ils fumaient beaucoup d'herbe à l'époque. Après ils ont fait "This is Radio Clash", Combat Rock? J'ai écouté beaucoup de trucs du Clash dernièrement, c'est vraiment époustouflant ce spectre musical. Vraiment, je les vénère. Je trouve ça vraiment courageux : les gens ne voulaient que du "White Riot", mais ils ont fait "Train in Vain", "This is Radio Clash", "The Magnificent Seven", des trucs presque disco ! "Straight to Hell", "One More Time"? Vraiment incroyable, merde ! C'est bien de se remettre en question en temps que musiciens, mais c'est aussi bien de secouer un peu le public. Les gens aiment le confort par nature, ils n'aiment pas qu'on les secoue. Ça les réveille un peu qu'on fasse des choses différentes. C'est le contraire d'AC/DC. Bien sûr, je ne peux pas les critiquer parce qu'ils sont géniaux, mais tu sais ce que tu vas avoir quand tu achètes un de leurs albums. C'est bien que les gens ne savent pas à quoi s'attendre avec Primal Scream. On a certainement déçu pas mal de monde, mais on en a surpris pas mal aussi. Enfin, j'espère. Je ne sais pas. Si ça se trouve on n'a plus beaucoup de fans (rires). Mais tu vois, ce ne serait pas très grave, ce qui est important c'est qu'on soit restés fidèle à nous-même en traçant notre chemin. Que les gens te trouvent merdique ou génial, l'important c'est d'être sincère. Quelques années plus tard, tu peux te retourner sur ta carrière et avoir certains regrets sur le choix de telle ou telle chanson comme single, ou comme face B, ou te dire que tu n'aurais pas fait ça ou ça comme ça, mais tout ça fait partie de l'aventure. |
| Y a-t-il un autre album de votre discographie que vous aimeriez ressortir en édition 20ème Anniversaire ? |
| Bobby : XTRMNTR est plutôt bon, mais on va devoir encore attendre dix ans pour le sortir. On sera morts d'ici-là (rires) ! |
| Ce que je veux dire, c'est que vous avez bossé dur sur le coffret de Screamadelica, vous pensez que XTRMNTR est digne du même traitement ? |
Bobby : Non, je déconnais, là.
Martin : On est vraiment très fiers de Screamadelica, et si avec cette ressortie des gens qui ne l'avaient encore jamais entendu ont l'occasion de l'écouter, alors c'est cool.
Bobby : Pour revenir à XTRMNTR, c'est un album fantastique mais je ne pense pas qu'il ait la même résonance culturelle que Screamadelica. Je ne dirais pas que XTRMNTR compte plus pour le groupe, mais en tout cas à l'époque ça voulait dire beaucoup pour nous de faire cet album. Et s'ils sont moins nombreux, il y a des gens qui ont adoré cet album, notamment dans d'autres groupes. Par exemple, Josh Homme et les mecs de Queens Of The Stone Age? Enfin, je ne sais pas. Il est encore trop tôt pour parler de la pertinence de cet album.
Martin : On joue toujours des vieilles chansons en live, on ne peut pas y échapper (rires). Mais c'est aussi rafraîchissant pour nous de jouer des nouveaux morceaux.
Bobby : Le meilleur moyen de rester en vie créativement pour un artiste c'est d'écrire et de jouer des nouveaux morceaux. Sinon tu stagnes. Tu ne peux pas toujours jouer des vieux trucs et te reposer sur le passer, il faut en permanence renouveler son excitation. |
| Dans quelle mesure vous êtes-vous investis dans la préparation de ce coffret commémoratif ? |
| Bobby : Du début à la fin. Il y a une série de docus qui s'appelle Classic Albums : ils ont fait Paranoid de Black Sabbath, Rumours de Fleetwood Mac, Never Mind the Bollocks des Sex Pistols, Machine Head de Deep Purple, American Beauty du Grateful Dead, Hotel California des Eagles, Who's Next de The Who, Transformer de Lou Reed? et ils en ont fait un sur Screamadelica. C'est sympa de se retrouver en de telle compagnie (rires). J'en ai vu un montage basique qui est vraiment bien. Ça devrait être aussi diffusé sur la BBC et disponible en DVD. Pour ce qui est du coffret, on s'est investis dans tous les aspects : l'artwork, le contenu, l'album live, le livre de 60 pages? On voulait s'assurer que ça rendrait bien. On travaille toujours beaucoup sur nos visuels, pour être sûrs que la musique soit le mieux représentée possible. En terme d'image, et tout. C'est important pour nous d'avoir une belle pochette, un beau livret, de belles photos? |
| Le coffret contient aussi ce live incroyable? Où était-ce, déjà ? |
| Bobby : Il a été enregistré au Hollywood Palladium, en 1992, pendant notre première tournée américaine. C'était l'avant dernier concert de la tournée et on était vraiment en forme ce soir-là. Le concert est sorti comme il a été enregistré. Beaucoup de lives qui sortent ne sont pas tout à fait "live", ils sont retravaillés en studio avec les musiciens qui rejouent certaines parties, mais ici tout est live. |
| Où en est le groupe aujourd'hui ? Votre dernier album en date, Beautiful Future, a presque trois ans. Est-ce que de nouvelles choses se profilent ? |
| Bobby : Oui, on devrait sortir un nouvel album l'année prochaine. La réédition de Screamadelica nous a pris pas mal de temps : la préparation du projet, les répétitions pour les concerts, etc. On a dépensé beaucoup de temps et d'énergie pour faire ça bien. Mais oui, on a de nouvelles chansons, et on va travailler dessus dans les mois à venir, tout en en écrivant d'autres. On veut arriver à dix-huit/vingts titres, choisir les meilleurs et sortir un album courant 2012. Ça ne sonnera comme rien qu'on a fait auparavant. |
| Vous êtes connus pour avoir eu un passé assez chaotique, aujourd'hui que vous êtes plus posés, est-ce qu'il vous arrive d'y repenser avec nostalgie ? |
Martin : C'était marrant à l'époque, mais il y a un temps et un endroit pour ce genre de choses. Tout a une fin. Aujourd'hui, on a des familles, des vies plus tranquilles.
Bobby : Si on avait continué à ce rythme, on serait morts depuis longtemps. |
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| Propos recueillis par Michael Rochette
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