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Interview de Professor Green
Professor Green
   
"J'ai ensuite sorti un premier single... Juste après je me suis fait poignarder, ce qui a été une embûche supplémentaire."
   
Avant toute chose, on aimerait te connaître un peu plus, peux-tu te présenter ?
Je suis né à East London, j'ai grandi à East London, j'ai été élevé par ma grand-mère. Ma mère n'a fait que des passages dans ma vie, mais mon père pas du tout. Plus tard, j'ai commencé à faire de la musique, vers 18 ans. Avant ça, j'ai fait quelques bêtises, je me suis retrouvé mêlé à des trucs auxquels je n'aurais pas dû, mais je suis tombé dans la musique à 18 ans. J'ai signé mon premier contrat d'enregistrement en 2005 avec The Beats, le label de Mike Skinner (The Streets). Il a pris fin en 2007, juste avant que mon premier album ne sorte. J'ai ensuite sorti un premier single en indépendant en 2009. Juste après je me suis fait poignarder, ce qui a été une embûche supplémentaire. Enfin, j'ai signé avec Virgin en novembre 2009 et nous voilà.
Comment as-tu rencontré Mike Skinner ?
Il m'a vu en battle – c'est par ce biais que j'ai commencé à me faire un nom à mes débuts. Il m'a vu dans une des salles londoniennes les plus célèbres, la Brixton Academy, et il m'a passé un coup de fil pour me proposer de partir avec lui en tournée, faire des battles à chaque date de sa tournée des grandes salles. Ce que j'ai fait. Après ça nous sommes restés en contact et il m'a envoyé un beat qui a donné la chanson "Stereotypical Man", qui est une des premières chansons que j'ai enregistrées, et dans la foulée j'ai signé avec son label. Malheureusement, le deal a foiré avant qu'il sorte mon premier disque. Mais on a quand même fait une chanson ensemble pour la version iTunes de l'album : "Crying Game".
Pourquoi en avoir fait un bonus alors qu'il s'agit d'un featuring assez prestigieux ?
Le morceau s'insérait mal dans l'album, le label souhaitait que le disque n'excède pas les douze titres et j'étais assez d'accord avec eux. Je n'aime pas les longs albums, je voulais quelque chose de court, concis et solide. Et comme de toute façon je n'arrivais pas à lui trouver une place dans l'album qui me convienne, je l'ai mis en bonus dans la version iTunes de l'album.
Comment as-tu travaillé sur cet album ?
C'est toujours différent. Je change ma façon de travailler en fonction des différentes personnes. Parfois, je suis à la maison et je commence à siffler une idée de mélodie, j'écris quelques paroles et je vais voir un de mes producteurs pour qu'il travaille à partir de ça. D'autres fois, on m'enverra juste un beat et je commencerai à écrire dessus. Ou quelqu'un qui va me proposer une idée de refrain… Ça change tout le temps. J'avais déjà quatre morceaux avant de signer. J'en avais encore plus, mais on tellement enregistré de nouveaux titres qu'on a dû en mettre une bonne partie de côté. Mais "Where Do We Go", "Goodnight", "Just Be Good To Green" et "I need you tonight" existaient déjà avant la signature, il ne me restait donc plus que huit titres à faire.
Quel est le fil rouge qui lie ces douze chansons ? Pourquoi avoir choisi celles-ci ?
Moi. Je suis clairement le dénominateur commun. Il y a beaucoup d'influences différentes dans cet album, dues au fait que j'ai travaillé avec autant de producteurs différents, sans compter les vocalistes. J'écrivais moi-même les refrains mais comme je ne suis pas très bon chanteur, plutôt que d'agresser l'auditeur avec mes capacités limitées, j'ai préféré prendre d'autres personnes pour les chanter (rires). Mais avec toutes ces influences différentes, j'avais un peu peur que l'album ne prenne pas. Je voulais vraiment faire un album, un projet complet. Ça ne m'intéresse pas d'être un artiste à singles. Je viens d'une génération qui écoute encore des albums : quand j'achetais un CD, je l'écoutais d'un bout à l'autre jusqu'à ce que je connaisse les paroles par cœur. J'ai voulu faire pareil avec mon propre disque.
Comment es-tu arrivé à avoir Lily Allen sur "Just Be Good To Green" ?
C'est parti de deux gars qui jouaient dans le groupe de Mike Skinner, Eddie et Johnny Jenkins, qui tournaient – et tournent toujours – avec Lily Allen. Ils nous ont présentés, et on est devenus amis sur Facebook. Un soir, on était en train de chatter sur tout et rien, quand le sujet dérive sur la musique. Je lui dis que je venais d'obtenir les droits pour utiliser les paroles de "Dub Be Good To Me", qui est la chanson qui m'a servi de base pour le morceau. Elle me dit : "Quoi ?!? C'est une de mes chansons préférées, laisse-moi l'écouter !" Et donc je lui envoie une version demo sur laquelle quelqu'un d'autre chantait. C'est là qu'elle me propose simplement : "Et si tu me laissais la chanter, comme ça on la fera en live au Bestival". Moi je suis là : "Quoi ? Euh… OK" (rires). Je n'y croyais pas ! Je me disais "wow, ça va se faire" mais je n'étais pas encore sûr à 100%. Et puis elle est rentrée d'une tournée en Europe, elle m'a appelé, on est allés en studio, on a enregistré, ensuite on est allés la jouer au Bestival, ensuite elle m'a dit "et si tu venais en tournée avec moi", je suis parti en tournée avec elle, à la fin de la tournée au Royaume-Uni elle me dit "j'aimerais vraiment que tu fasses aussi ma tournée en Australie", donc je suis allé en Australie… C'est quelqu'un de très sincère. Même quand elle te dit quelque chose sur une impulsion, elle le pense vraiment. Elle ne parle jamais en l'air. C'est vraiment un plaisir d'avoir ce genre de relation avec elle.
As-tu l'impression qu'entre Mike Skinner et Lily Allen, des bonnes fées se sont penchées sur ton berceau ?
Carrément, oui ! Je ne pense pas que Lily se doute à quel point elle m'a aidé. Je n'allais pas vraiment bien quand on a commencé à se parler. C'était pas très longtemps après que je me sois fait poignardé, je traversais une période plutôt sombre et elle a vraiment radicalement changé la donne pour moi.
Les deux singles qui t'ont fait connaître sont très lourdement samplés sur des hits déjà existants ("Need You Tonight" d'INXS et "Dub Be Good To Me" de Beats International, donc)…
C'est marrant car il n'y a que ces deux samples dans l'album, alors que le hip-hop est né du sampling. Je pense que c'est quelque chose d'important. Mais j'ai bien fait attention à donner ma propre version de ces morceaux plutôt que d'en faire des simples reprises. Je ne sais même pas chanter de toute façon, donc faire des reprises n'aurait aucun sens.
Ce que je voulais savoir, c'est si tu as l'impression que ces titres plus "accessibles" t'ont aidé à te faire connaître du grand public ?
Je pense que ces morceaux sont plus accessibles, en effet… Ce qu'il y a vraiment de génial, c'est que grâce à eux j'ai une vaste fanbase : jeunes, vieux, hommes, femmes, hétéros… J'ai même vu des homosexuels venir à mes concerts, et c'est parfois stigmatisant dans la communauté hip-hop. Mais moi qui n'ai pas de préjugés, je trouve ce mélange de gens à mes concerts carrément terrible ! Mais ce qu'il faut voir aussi, c'est que j'ai aussi beaucoup de fans plus jeunes qui n'ont jamais entendu ces morceaux et qui les découvrent pour la première fois ; ils vont sur YouTube et ils voient les commentaires qui parlent des morceaux originaux… Ça marche dans les deux sens, si ça m'aura aidé auprès des plus vieux qui ont reconnu les samples originaux, ça aide aussi à les faire découvrir auprès d'auditeurs plus jeunes qui n'en avaient jamais entendu parler.
Quel sera ton prochain single, alors ?
Le prochain single sera "Monster", qui sortira en Angleterre un peu avant la France, mais pour le moment il a été très bien reçu. On tourne un clip la semaine prochaine, ça va se passer dans un train fantôme. Je croise les doigts pour qu'une fois terminé, ça fasse sens (rires). Je travaille déjà sur un nouvel album et j'ai aussi des morceaux déjà prêts pour la ressortie du premier. Je vais aussi avoir ma première tournée en tant que tête d'affiche en octobre ; je suis sur la route depuis mars dernier, mais ça ce sera l'officielle. Et j'enchaîne en novembre sur ma première grosse tournée européenne, qui passera par Paris. Je ne fais que travailler en ce moment. Je dors peu, mais c'est un petit prix à payer.
On t'a beaucoup comparé à Eminem. C'est un raccourci un peu facile, mais est-ce que tu te sens quand même des points communs avec lui ?
Je ne sais pas trop. Il met aussi beaucoup d'humour dans sa musique, mais je ne suis pas aussi malveillant que lui (rires). Je ne suis pas aussi méchant avec les gens. Mais mon rappeur préféré reste Biggie, et après lui vient Jay-Z, donc je ne pense pas être influencé musicalement par Eminem. Après, je pense que c'est un rappeur incroyable et techniquement, c'est indiscutablement le meilleur. Personne ne pourra lui enlever ça. C'est juste qu'il ne fait pas la musique que je préfère. Je vois bien les raisons évidentes d'une telle comparaison : je suis blanc et je rappe. Mieux vaut être comparé à lui qu'à Vanilla Ice (rires).
Le titre de ton album sonne un peu "évident" ("Vivant jusqu'à ce que je meure"), que signifie-t-il ?
Je ne suis pas juste là à citer une évidence. Ça vient d'abord d'un tatouage que j'ai sur la nuque, ce n'était même pas destiné à devenir un titre d'album. J'ai toujours été quelqu'un de très pessimiste et je me suis retrouvé dans des embrouilles où je n'aurais pas dû être. Cette phrase est une ode à vivre sa vie tant qu'on est… ben… vivant ; mais vivant dans le sens où tu fais quelque chose de ta vie. La mort de mon père a été un moment charnière, je me suis dit "je vais faire quelque chose de ma vie, je vais arrêter de resté planter là à attendre que les choses m'arrivent, je vais plutôt les provoquer". Voilà d'où ça vient : vivre la vie au maximum.
Tu disais que tu travaillais déjà sur un deuxième album, mais le premier vient à peine de sortir…
Je ne veux pas m'arrêter. Je ne vois aucune raison pour. La plupart des gens s'arrêtent d'écrire entre deux albums, puis ils retournent en studio et commencent à se dire "alors, ce truc-là a marché dans le passé, peut-être que c'est ça que les gens veulent entendre…". Leur musique est dictée par ce qu'ils pensent que les gens pourraient aimer au lieu de faire simplement la musique qu'ils voudraient faire. Ou alors c'est "oh mon Dieu, je suis sur la route depuis deux ans, comment je vais pouvoir faire un album, je n'ai pas d'inspiration". Moi, j'ai déjà vécu vingt-six ans, un album ne suffira pas pour venir à bout de mon inspiration. Je veux continuer à faire de la musique, continuer à être créatif, garder les choses en mouvement… J'aurais peur d'arrêter.
   
Propos recueillis par Michael Rochette
     
     
     
     
 Artiste
 Professor Green


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Professor Green" 01/09/2010


 Chronique(s) Date publication
 Professor Green : Alive Till I’m Dead 20/09/2010



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