| Depuis son départ de Depeche Mode en 1995, Alan Wilder s'est uniquement consacré à assouvir ses fantasmes sonores avec Recoil... |
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| “Selected” est une collection de chansons de Recoil. Était-ce difficile de faire un choix et, par conséquent, d’éliminer certains travaux ? |
| Alan Wilder : Ce n’était pas si difficile, mais nous devions faire attention à ce que tout tienne sur un seul CD, même s’il y a un CD bonus incluant des remixes. Bref, sur un CD tu as 75 mn et c’est tout. Le choix était simple : avoir moins de titres ou en avoir un peu plus en coupant certaines compositions. C’est ce que j’ai choisi, parce que j’ai toujours pensé qu’en réécoutant d’anciens travaux, tu pouvais les améliorer. Et ma musique est pleine de très longs morceaux. J’ai pensé que ce serait un bon exercice d’épurer certaines compositions et voir si elles marchent encore, et parfois le résultat était même meilleur. C’était comme être le réalisateur d’un film qui ajoute et enlève certaines scènes pour le rendre meilleur. C’était un sacré défi, mais je crois que nous avons réuni là une belle collection. |
| J’aimerais revenir sur l’histoire de ces chansons qui reviennent sur toute la carrière de Recoil. Tout d’abord “Faith Healer” avec Douglas McCarthy de Nitzer Ebb... |
| C’est une reprise (du groupe The Sensational Alex Harvey Band), la seule jamais enregistrée par Recoil. C’est une chanson que j’aimais beaucoup à l’adolescence, Alex Harvey avait quelque chose de très théâtral, je l’ai vu plusieurs fois en concert. Ce n’était pas ma chanson préférée, mais je pensais qu’elle collerait bien à Recoil, notre version était bien plus électronique et la voix de Douglas va parfaitement, c’est pour ça que je l’ai retenue. |
| Un an avant la sortie de cette chanson, tu as travaillé en studio avec Nitzer Ebb sur l’album “Ebbhead”. Cette session a-t-elle eu un impact sur Recoil et pourrait-elle expliquer l’évolution de ton approche sonore, moins ambiante et plus directe ? |
| Je ne sais pas si “Ebbhead” a eu une influence, je dirais que chaque fois que tu travailles en studio avec qui que ce soit, tu apprends forcément des choses et ça change ta façon de travailler, ça aide à trouver de nouvelles méthodes. Sur “Ebbhead”, j’ai aussi travaillé avec Flood, avec qui j’avais déjà bossé sur “Violator” et certaines chansons de “Songs Of Faith And Devotion”. C’était donc le troisième album avec Flood, et nous avons très bien travaillé ensemble. Nous avons mis au point de nouvelles techniques. Il y avait aussi Bon, le compositeur principal de Nitzer Ebb, à qui je pense avoir piqué quelques idées. Comme je le disais, tu apprends de nouvelles choses à chaque fois que tu travailles avec quelqu’un. |
| Une autre chanson que j’aime beaucoup, “Strange Hours”, avec Diamanda Galas. Comment était-ce de travailler avec la diva ? |
| Les gens utilisent le mot « diva », mais je ne pense pas qu’elle ait beaucoup à voir avec une diva. Elle a une forte personnalité, très dynamique, mais elle est aussi très intelligente contrairement à beaucoup de divas, ce qui a tendance à les rendre insupportables. Diamanda est très intelligente et très talentueuse, pour cela je pense qu’elle a le droit d’avoir une grosse personnalité. Notre collaboration était très simple, je lui ai donné une musique en lui demandant de « faire quelque chose », et elle l’a bien fait ! Ça m’allait parce que je voulais enregistrer tout ce qu’elle produisait et elle était très arrangeante. Ça lui rendait la vie plus simple, je ne voulais pas trop parler de là où on allait, je lui ai simplement demandé de chanter et de faire une autre prise, puis une autre prise… J’ai tout enregistré, et voilà ! C’était agréable de travailler avec elle. |
| Nicole Blackman et Diamanda Galas sont toutes deux des icônes de la scène gothique. Étais-tu intéressé par cette scène à l’époque ? |
| Non, j’ai même toujours voulu éviter la scène gothique, même si j’ai parfois trouvé Recoil dans des magazines de ce genre aux côtés de Slipknot ou d’autres groupes heavy goth. Je n’ai jamais trouvé que ça collait. Bien sûr, il y a un côté ténébreux dans Recoil, mais je ne pense pas que ce soit gothique. Il y a une atmosphère certaine, mais le goth m’apparaît comme quelque chose de totalement différent. Ça me fait penser à des films d’horreur, du sang... des choses plus dures. |
| Martin L. Gore a déjà parlé de ses penchants pour la musique industrielle. Doit-on y voir une passion commune à l’époque de Depeche Mode ? |
| Je suis surpris que Martin ait parlé de ses influences gothiques, je ne pense pas qu’il soit goth en tout cas. Ses principales influences seraient plutôt des choses gospel très religieuses. Ses goûts musicaux sont très larges et il aime des choses surprenantes comme Jonathan Richman, basées sur les paroles et le songwriting. |
| “Selected” sort en version double agrémentée de remixes. Comment s’est fait le choix des collaborateurs, je pense par exemple à Pan Sonic ? |
| Je ne me souviens pas très bien pour Pan Sonic, je crois que l’idée a été suggérée par quelqu’un de Mute. Mais j’aime beaucoup de groupes, tout comme l’electro minimal. J’ai une admiration secrète pour ceux qui arrivent à faire de la musique avec autant d’espace, parce que c’est quelque chose que j’ai beaucoup de mal à faire moi-même. J’aime le sentiment d’espace dans la musique, mais j’ai toujours besoin de rajouter plus d’effets. Les gars de Pan Sonic ont tout enlevé, c’était difficile à faire fonctionner, mais ils l’ont fait à merveille. Concernant les autres remixes, mes préférés sont ceux que nous avons fait nous-mêmes, Paul (Kendall) et moi, sur “Drifting”, “Stalker”, “Strange Hours”… Nitzer Ebb ont aussi fait un bon remixe et quelques autres personnes dont mon ami Davide Rossi que j’ai récemment rencontré, il joue avec Goldfrapp. Il a fait une version au violon d’un des titres. Pour moi, c’est une approche inhabituelle mais intéressante, uniquement utiliser des cordes, c’est mieux qu’en faire un simple mix dance. J’ai essayé d’éviter les remixes dance. |
| Qu’as-tu pensé des derniers albums de Goldfrapp et Nitzer Ebb ? |
| Eh bien, je dois avouer avoir été déconcerté par le Goldfrapp, tout comme plein d’autres personnes. Je n’ai pas vraiment vu là où ils voulaient aller. Enfin, ils voulaient faire de la pop mais… L’album précédent était un excellent album pop dans le sens où il montrait une façon différente de faire de la pop. Cette fois, je n’ai pas compris cette approche 80’s mielleuse. Comme s’il s’agissait d’une blague ironique. |
| Ils m’ont dit qu’il s’agissait d’italo-disco. |
| Eh bien, tout ce que j’ai toujours détesté ! C’est comme si ça devenait cool d’être ironique, mais ça ne me parle pas vraiment… Mais je dois dire que j’ai adoré le précédent Goldfrapp. Concernant Nitzer Ebb, je ne connais pas encore très bien l’album. J’ai juste écouté quelques titres, ceux qu’ils jouent en live, comme “Payroll” qui est très bien, et une chanson que j’ai remixée et que j’aime beaucoup (“I Am Undone”). J’ai besoin d’approfondir le reste pour donner un jugement, mais je n’ai pas encore eu le temps. |
| Tu as récemment retrouvé Depeche Mode sur la scène du Royal Albert Hall à Londres le temps d’une chanson pour un concert de charité. Comment était-ce ? |
| J’ai déjà dû beaucoup répondre à cette question. Que puis-je dire d’autre ? C’était très amusant à faire et c’était aussi une sensation familière d’être de retour sur scène. C’était excitant aussi. Le public était excellent. J’ai reçu plein de messages et mails de félicitations. |
| Qui a eu l’idée de ces retrouvailles ? |
| Je pense que c’est Dave. Il m’a écrit et soumis l’idée en me disant que le groupe était partant. |
| Dave a toujours été très positif au sujet de ton rôle dans Depeche Mode… |
| Oui. J’ai toujours été plus proche de Dave et Dave était peut-être plus proche de moi que des autres. Je pense qu’il a apprécié ce que j’ai essayé de faire… |
| Pourquoi avoir choisi la chanson “Somebody” ? |
| Tout simplement parce que c’était le plus simple. Il n’y avait pas besoin de répéter et nous n’avions pas beaucoup de temps ce jour-là. C’était logique d’aller au plus simple. |
| Était-ce un one-shot ou y aura-t-il d’autres événements de ce genre ? |
| On ne peut pas savoir, tu sais… Il y a toujours une possibilité, mais il n’y a aucun plan en ce moment. |
| Quelle est la prochaine étape avec Recoil ? |
| Finir la tournée, regarder la Coupe du Monde de foot et revenir aux travaux que j’avais déjà mis en chantier avant “Selected” pour les terminer. |
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| Propos recueillis par Thomas Mafrouche
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