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Interview de Renan Luce
Renan Luce
   
"C'est la scène surtout qui a forgé ma manière de travailler sur la musique..."
   
Pourquoi avoir appelé l'album la Communauté des Miros ?
Déjà parce que c'est la première chanson, qui ouvre l'album, et c'est une chanson qui parle de la non-clairvoyance autour des choses qui nous entourent, et de ce sentiment d'être un peu ballotés dans nos vies. Il y a le mot « clan » aussi, parce que c'est important dans ma manière de travailler, avec des musiciens que je connais bien maintenant aussi, Jean-Louis Pierrot avec qui j'avais travaillé sur le premier album. Toute l'équipe... en tournée aussi, alors je trouvais important qu'il y ait ce mot dans le titre de l'album. Mais c'est vraiment pour la chanson.
Pourquoi ne pas avoir changé de musiciens, pour un second album différent ?
Ce ne sont pas les mêmes musiciens que sur le premier album, ce sont ceux de la tournée. Je crois que maintenant on se connaît tellement bien qu'ils connaissent mes goûts, je connais leurs sons, il y a une manière assez directe de dialoguer musicalement ensemble, et de trouver des idées. Ils comprennent bien ce que je veux exprimer. Il y a aussi la dimension d'amitié, qui pour moi est importante, même dans la créativité, moi au contraire ça m'importe.
C'est quoi ton processus de création ?
J'avais écrit quelques chansons en tournée, mais assez peu alors je les ai retravaillé par la suite. Il y a eu une période de feuille blanche, un peu angoissante, mais c'est inévitable. Au final la musique a été un déclic sur cet album. Les envies de son que je voulais avoir, les mélodies, les arrangements, ça m'a guidé dans ma façon de travailler. Il y avait plein de thèmes que j'avais envie d'aborder, que j'avais en tête, alors j'ai mis des paroles sur les mélodies, et passée cette période un peu difficile ça s'est fait tout seul.
Il y a beaucoup d'images d'enfance, comme l'album de Mickey 3D. Ca vient d'où cette nostalgie ?
J'ai toujours été nostalgique de cette période-là. Et je crois que ça ne s'arrange pas en grandissant. Il y a plein de souvenirs liés à cette période, comme le premier rapport à la musique. Il y a un univers enfantin pour moi dans la musique. Même l'écriture, les textes. Beaucoup de choses me ramènent à cette période. Le plaisir de raconter des histoires aussi, comme les enfants qui jouent dans un coin en s'inventant des histoires.
Il y a la chanson « On n'est pas à une bêtise près » sur le film Le Petit Nicolas. Comment ça s'est mis en place ? Et quel était ton rapport au Petit Nicolas ?
C’est une lecture qui m'a beaucoup accompagné enfant, alors que ce n'est pas du tout de ma génération. C'est de faire des bêtises, ça parle à beaucoup d'enfants. Revenir à cette époque où on se construit, c'est venu assez naturellement. Alors quand on m'a proposé ça j'étais très content.
Et le clip est dans l'esprit...
Oui, le réalisateur a aussi fait le clip... C'était marrant de faire ça et c'était une bonne journée.
Et tu as vu le film ? Tu as un avis dessus ?
Oui je l'ai vu. J'étais assez inquiet parce que c'est assez difficile de mettre en image un livr epour lequel chacun s'est forgé des choses précises en tête, avec les dessins de Sempé surtout. Mais ils ont bien réussi à retranscrire ça.
Tu peux me parler des chansons « Grand-père 1 » et « Grand-père 2 » ?
L'idée de départ c'était d'avoir une petite bulle au milieu de l'album, un truc différent. J'avais envie de partager un moment ludique, et j'ai cherché quelque chose dans une espèce d'humour noir, un truc assez cruel. Je voulais déshumaniser un peu Frère Jacques, alors j'ai pensé à ces enfants qui venaient quémander à leur grand-père. Ca fait peut-être appel à des lectures sur la vieillesse que j'ai eues il n'y a pas longtemps. Et comme c'était assez cruel j'ai imaginé une suite où le grand-père pourrait se venger.
Quelles sont tes influences en cinéma ou littérature ?
Je suis très attaché à la fiction, d'être emporté dans un univers, dans des péripéties. C'est quelque chose que je retrouve dans mes goûts entre les livres et les films, il y a cette dimension romanesque qui est importante. Je suis très attaché à la sonorité de la langue, même dans les lectures, et pour le cinéma j'aime bien une certaine noirceur, quelque chose dans lequel je vais être plus happé que par des choses plus légères. J'ai des goûts assez vastes j'ai l'impression en lecture.
Est-ce qu'il y a un livre ou un film qui t'a suivi pendant la création de cet album ?
Hum... Non je sais pas. Il y a une inspiration qui est prise dans une chose ou une autre. Pour le personnage du grand-père il y a cette image d'une grand-mère toute seule, dans un livre de quand j'étais ado, qui m'est revenue. Pour le cinéma, contrairement à l'album d'avant où j'avais fait un clin d'oeil aux films de mafia, là je ne suis pas allé puiser quelque chose en particulier. A part pour le clip de « La Fille De La Bande », je voulais faire un clin d'oeil aux films d'évasion. Je suis assez fan de ça, genre Les Evadés.
Qu'est-ce qui te lie à Alexis HK et Benoît Dorémus, qui apparaissent sur l'album?
Il y a des références en commun, mais aussi une conception du métier, qui passe par la scène, les mots le travail du rythme, les sonorités, une certaine vision de mettre la vie en scène dans les chansons, avec des personnages un peu décalés.
Il y a plus d'instruments sur cet album, de musicalité et de mélodie aussi. C'était voulu ?
C'est la scène surtout qui a forgé ma manière de travailler sur la musique. Sur Repenti, l'album d'avant, je faisais mes concerts guitare-voix et je faisais mes maquettes tout seul sur mon ordinateur Là j'ai travaillé avec mes musiciens, donc ça se ressent j'imagine, et mes goûts ont évolué aussi.
Est-ce que quand tu écris ton texte tu as la musique qui vient dans ta tête ?
Pour les arrangements ça vient plutôt après. Mais j'essaie toujours de trouver des textures de son qui vont bien aller avec. Le banjo, le piano, tout ça, ce sont des choses qui peuvent venir naturellement pour aller dans le sens du texte.
On a l'impression que tu ne veux jamais faire de textes trop intimes. Ca vient d'une pudeur ?
Non c'est tout simplement une envie d'aller plus loin que la réalité. Ca s'appuie sur des états d'âme, sur des choses personnelles, mais avec la volonté d'aller plus loin, d'endosser un costume plus grand que moi, d'être dans le registre du fantasme. Ca m'amuse, c'est un plaisir de jouer avec les situations.
C'est comme sur « Chez Toi », qui parle de choses banales...
Oui voilà, c'est un peu plus banal, et du coup j'ai envie de trouver quelque chose, peut-être pas de surnaturel, mais d'inattendu. Les objets qui se mettent à parler... Quelque chose qui puisse aussi me surprendre en écrivant.
Après un album comme Repenti qui s'est très bien vendu, comment faire un second album sans pression ?
En se concentrant sur des envies vraiment profondes. En terme de sons, de musique. J'avais une idée assez précise de ce que je voulais, donc je me suis accroché à ça. Dans l'écriture aussi, d'avoir une certaine minutie. C'est assez concret pour ne pas penser aux attentes, l'idée étant de ne pas de décevoir soi-même.
Pour toi, quelle est la différence entre les deux albums ?
Une certaine musicalité en plus peut-être. Je n'ai pas trop de recul encore. Moi j'ai des émotions différentes. C'est dans la continuité du premier, avec de nouvelles envies, l'envie d'aller sur scène, de les chanter. Les envies changent, pas forcément la manière de faire.
En bossant avec tes musiciens de scène, est-ce que tu as pu faire des choses en pensant à la scène, que tu n'avais pas pu faire sur le premier album ?
Ouais je vois la question. Bah déjà on avait testé beaucoup de chansons en live, on avait testé les arrangement en amont. Les jours de prise de son on avait du recul, mais on cherche encore beaucoup d'idées pour les rendre plus dynamiques, ou au contraire pour les dénuder et les rendre plus intimistes.
Est-ce qu'il y a un morceau dans cet album qui t'a donné plus de plaisir ou qui a été plus difficile ?
J'ai beaucoup de souvenirs différents, mais je sais qu'une chanson comme « Femme A Lunettes », quand on l'a enregistré, on était tous super contents parce qu'on a réussi à le faire de manière totalement live, en une prise, et que le son qui se dégageait était celui souhaité. C'est toujours un beau petit miracle quand ça se produit en fin de journée. Et comme c'est une chanson d'amour, moi ça me touche personnellement.
   
Propos recueillis par Lajoinie Adeline
     
     
     
     
 Artiste
 Renan Luce


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Renan Luce" 12/11/2009


 News Date publication
 Renan Luce retourne à l'école 26/09/2009


 Aftershow(s) Date publication
 Renan Luce : Printemps de Bourges 2008 16/04/2008



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