| "Quand tu grandis en écoutant autant de musique classique, je pense que la seule chose à faire est d'aller dans une direction complètement opposée, comme de commencer à faire de la musique rock." |
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| Votre père est un producteur de musique classique et il a une collection de quelque chose comme 3 000 vinyles. En quoi cela vous a aidé à te mettre à la musique ? |
| Quand tu grandis en écoutant autant de musique classique, je pense que la seule chose à faire est de devenir un musicien classique soi-même ou alors d’aller dans une direction complètement opposée, comme de commencer à faire de la musique rock. C’est comme ça que tout a commencé. A la maison, avec mon père, on avait l’habitude de mettre deux grands pianos l’un en face de l’autre. Il jouait quelque chose. Et, alors que je n’avais que 3-4 ans, je me mettais en face de lui et je répétais sur mon piano ce qu’il jouait. C’est comme ça que j’ai développé mon oreille. Il y avait cette musique constante chez moi. Je me levais pour aller à l’école et lui, allait se coucher parce qu’il avait passé toute la nuit à créer de la musique classique. |
| Donc, pour vous, faire de la musique c’était naturel. Rien à voir avec un « vrai » travail ? |
| Oui. C’était vraiment naturel. C’est la seule chose que j’ai jamais pensé pouvoir faire dans ma vie. |
| Ce sont vos deux grandes sœurs qui vont ont initié au rock. Comment ? Vous écoutiez des disques dans leurs chambres ? |
| Y’a un peu de ça. Je n’y avais pas repensé depuis longtemps. Mes sœurs ont écouté beaucoup de musiques avec leurs petits copains. Elles fermaient la porte de leurs chambres. Et moi je passais devant avec mon post sur lequel je passais James Brown, le volume à fond et je restais devant leurs portes. Et elles me criaient : « Robert, va t’en ! » Elles avaient probablement envie de plus d’intimité. Mais moi, je restais là comme tout sale gosse qui se respecte, essayant de les impressionner en passant ces disques qu’elles m’avaient donné. Mais ce sont elles, oui, qui m’ont permis de m’intéresser à ce genre de musique. |
| Et il y a aussi votre mère, qui vous a poussé à jouer à la guitare et chanter des chansons ranchero avec elle et ses sœurs… |
| Il est presque impossible de suivre et de jouer ce genre de chanson, en vérité. Ce qui se passait c’est qu’elles étaient neuf sœurs. Et elles se mettaient toutes autour de la grande table de la salle à manger, on mangeait du Tamali, il y avait des immenses saladiers de semoule de maïs. Et tout le monde buvait de la Corona avec de la Tequila. Et tout le monde était tellement saoul que ça criait très fort tout en chantant tous ensemble des chansons folks tous ensemble. Il n’y avait pas vraiment de rimes ni de rythmes. C’était la folie et personne ne pouvait les suivre. Alors j’ai décidé d’apprendre la guitare par moi-même, histoire d’essayer de les accompagner, elle et ses sœurs. C’est comme ça que ça a commencé. |
| C’est Ry Cooder, votre beau-frère, qui vous a donné votre 1ère guitare. Mais vous a-t’il apprit à en jouer ? |
| Oui. Il a toujours été un mentor pour moi, une figure importante tout au long de ma vie. Il a toujours été là, à chaque fois que j’ai eu besoin de lui. Il n’a remis dans les bonnes directions quand je m’en éloignais, m’a donné une idée claire de ce qui était bon-mauvais, bien-mal, ce qu’est la vraie musique folk, la mauvaise musique folk, la vraie musique blues, la fausse musique blues, ce qu’est la fausse ou la vraie musique soul. Il m’a montré deux-trois choses pendant toute mon enfance. |
| Vous vous rendiez compte que vivre dans une famille aussi musicale, ce n’était pas vraiment anodin ? |
| Ca me parait très naturel mais, en même temps, quand je regarde en arrière, même si je leur suis reconnaissant pour m’avoir donné une enfance aussi unique, je sais que mes autres amis avaient des familles bien différentes. Je ne mangeais jamais avant neuf heures du soir parce que mes parents faisaient de grands diners, même les jours où il y avait école le lendemain. Donc je mangeais tard, je me levais tard, j’étais jamais à l’heure. Et puis c’était bizarre, ma maison était toujours en bordel, avec des centaines de livres qui trainaient un peu partout. Rien n’avait beaucoup depuis les années 60 ou 70 dont tout était exactement comme à l’époque où ils l’avaient achetée. Donc c’était un peu étrange de grandir comme ça au regard de mes amis, qui avait une maison normale, une famille normale. Parfois, je voulais avoir une vie et une maison comme la leur. L’herbe est plus verte chez les autres. Mais maintenant, avec du recul, je suis reconnaissant envers mes parents. |
| A 16 ans, vous avez quitté l’école. Pour vous, il était évident que vous ne feriez pas d’études ? |
| Oui, la meilleure manière d’apprendre, c’est de prendre la route, de rencontrer des gens, de visiter des tas de lieux différents. Je pense que c’est ça qui peut inspirer, qui peut apprendre. Et non pas l’école, où tu t’attends déjà à ce que tu vas apprendre, où tu es testé dessus. Il est important de vivre l’aventure pour découvrir le côté pertinent de l’apprentissage. Et le côté amusant aussi ! Donc, oui, je n’ai jamais pensé à autre chose qu’à faire de la musique. Il y a des choses que j’aurais aimé apprendre, des faits évidents, des trucs comme les maths, l’histoire. Mais la seule chose que j’ai faite c’est écrire, lire. Je ne pouvais pas choisir un meilleur chemin, finalement. |
| Prendre la route, ça a signifié quoi pour vous, concrètement ? |
| J’ai dépense un millier de dollars dans un van convertible GMC bleu de 1993. N vieux camion. Qui m’a permis de voyager un peu partout. Je suis allé dans le Montana, prés du Canada. J’ai joué dans des bars, rencontré des filles, joué dans des bowlings. Ca me fait penser à ce film complètement dingue avec Jeff Bridges. Comme lui, j’ai juste joué pour qui était là, devant moi. J’ai joué tous les soirs. C’est un truc de musicien. Oui, j’ai énormément tracé la route. |
| Vous dites avoir vécu une vie dangereuse à ce moment-là. ca veut dire quoi ? |
| Une vie dangereuse… Les choses que j’ai faites quand j’étais jeune sont juste incroyables. Je ne peux même pas y penser. J’ai vite quitté l’école et quand je ne jouais pas de la musique, quand je n’écrivais ni ne lisais, j’ai juste eu une vie d’ado normal : l’alcool, les cauchemars. Comme prendre un acide et se réveiller deux semaines plus tard. Et n’avoir aucune idée de ce qu’on a fait pendant tout ce temps. J’ai eu quelques années de complète perdition. A conduire des voitures alors qu’on était hors de contrôle et les faire s’écraser ensuite. Ce genre de trucs un peu dingues… |
| Vous avez pris quelques leçons de guitare avec un membre des Red Hot Chili Peppers. C’était comment ? |
| J’étais à l’école avec la fille de Flea. Et il avait des liens avec le conservatoire de musique classique, une école pour les enfants qui voulaient jouer d’un instrument. Donc moi et mes parents, on lui a demandé s’il y avait quelqu’un dans cette école qui pourrait d’apprendre la guitare. Il a dit : « peut-être que John peut le faire ! » Et John m’a appelé 5 minutes après. On a eu une discussion d’une heure et demie au téléphone. Je sautais et je courrais partout dans la maison, j’étais dingue ! |
| Et c’était comment, ces leçons ? |
| Inspirantes. Aller chez lui, sur Hollywood Hill, voir sa collection de disques, de guitares, observer la manière dont il vivait. Plus que les petits trucs techniques qu’il m’a appris - ce pour quoi je n’ai jamais été très doué, de toute façon, j’ai surtout observé comment il jouait, m’allongeant sur son tapis, écoutant des disques du Velvet Underground et l’écoutant me raconter des histoires sur son enfance. Ce genre de trucs… |
| Et puis il y a eu cette relation amoureuse destructrice avec une fille pendant 5 ans. Vous avez écrit un album entier sur elle. C’est une obsession ? |
| Je pense qu’il y a des aspects de cette relation qui seront toujours en moi. Certains souvenirs, certains sentiments que je ne ressentirais probablement plus jamais. Mais je pense que quand tu es si jeune et que tu vis quelque chose de si intense, parce que c’est la seule période de ta vie om tu peux vivre quelque chose où tu te perdes autant, tu changes forcément. Quand tu es jeune, les changements sont physiques et mentaux. Et l’amour peut être quelque chose de tellement malsain. C’est ce qui m’a inspiré pour écrire et pour arrêter ensuite. Les femmes sont une source inépuisable d’inspiration. Mais ça a été un moment assez fou de ma vie. |
| Vous avez beaucoup écrit sur cette fille. C’est important pour vous de vivre les choses pour écrire dessus ? |
| J’ai déjà écrit des fictions. Je vis chaque chose que j’écris. J’ai essayé d’écrire un roman. Malheureusement, ce n’était basé que sur de la réalité, sur des choses qui me sont arrivées. Je pense que je suis incapable d’écrire sur les autres. Bob Down est un écrivain extraordinaire parce qu’il peut écrire ces histoires géniales à propos d’autres personnes. Il y a quelque chose de mythique dans ses personnages, les lieux qu’il invente. Moi, j’ai du mal à écrire sur d’autres choses que sur ma vie. Je suis trop impliqué. |
| Pour vous, la musique est une thérapie ? |
| Oui, bien sûr. C’est la seule chose à laquelle je sois vraiment attachée, en tant que personne. Un peu comme un photographe ou un réalisateur avec sa caméra. C’est derrière qu’ils se sentent le plus à l’aise. Moi, c’est avec ma guitare dans les mains que je m sens vraiment bien. C’est clairement une thérapie pour moi d’écrire et de jouer. |
| Vous avez été très inspiré par le musicien de country Townes Van Zandt. Pourquoi lui ? |
| A ce moment précis de ma vie, je n’ai toujours pas rencontré quelqu’un d’autre qui exprime les sentiments de la même manière que lui. Il est tellement inspiré par la nature humaine ! Et par le fait d’avoir vécu une vie tellement dangereuse. Et en même temps, il y a quelque chose de très beau chez lui. Dans cette idée de prendre sa guitare et de partir pour se perdre soi-même. Laisser juste tout derrière soi. C’est surtout ça que j’ai appris de Townes Van Zandt. J’ai essayé de toujours rester connecté avec lui. Quand j’étais plus jeune j’étais juste obsédé par lui. J’essayais toujours d’être le même état d’esprit que lui. La première personne que j’ai vraiment appréciée au niveau de la création et de l’écriture, c’est lui. |
| On parlait de votre obsession pour une fille. Etes-vous également obsédé par la musique ? |
| Oui et c’est un problème. Mon groupe adore écouter de la musique dans le van et moi, je demande toujours à ce qu’on fasse le silence. Pour que je puise jouer de la guitare. Parce que j’ai besoin de m’entrainer tout le temps. De jouer encore et encore le même accord, constamment. Je ne pensais as que j’étais obsédé mais, maintenant que je joue avec un groupe, je me rends compte que si, ça peut-être considéré comme une obsession compulsive. Là je travaille sur l’écriture de mon prochain album. J’ai 15 chansons sur mon album précédent. J’essaye de les travailler en y incorporant des bouts de jazz classique, un peu comme une bande originale de film. Quelque chose comme ça… |
| C’est votre 2nd album. Celui-là semble plus lumineux, non ? |
| Oui. Je déteste dire ça parce que ça sonne un peu gnangnan mais c’est la marque de la maturité pour moi. J’ai voulu m’éloigner de ce que j’étais quand j’étais enfant ou adolescent. Et j’ai découvert une nouvelle confiance en moi. Une manière différente de m’exprimer. Avant, tout était assez joli, tranquille et sentimental. Cet album est plus dans l’air du temps, énergique. |
| Vous l’avez enregistré très vite celui-là… |
| Oui, en 3 semaines. Une semaine d’enregistrement des sons. Une semaine pour les voix. Et une pour le mastering. Je ne voulais pas trop réfléchir dessus parce que c’est un de mes problèmes. Je peux m’asseoir dans un studio pendant 3 ans et n’en ressortir aucune chanson parce que je me serais assis par terre en pensant à un son pendant des jours et des jours. Je l’ai déjà fait, de m’asseoir par terre, boire du whisky et de réfléchir sur cette ligne de batterie encore et encore. Cet album, je l’ai travaillé avec Dave Sardy, qui est un producteur de génie. Et qui m’a bien calmé sur ce côté-là. |
| Votre album est très apprécié en France, qui n’est pas vraiment le pays de la country. Comment l’expliquez-vous ? Par votre belle gueule ? |
| Merci ! Non, je ne sais pas. C’est arrivé tellement vite ! Je ne m’y attendais pas du tout ! C tombe bien que ça ait marché en France d’abord parce qu’il n’y a pas d’endroit que je préfère en Europe. C’est flatteur pace que tout est bien fait chez les français : la cuisine, la mode, les femmes. J’espère que c’est juste parce que les français ont bon goût ! |
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| Propos recueillis par Lajoinie Adeline
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