Interview de Rockin Squat |
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Rockin Squat
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| « J'ai toujours vu le hip-hop pour ce qu'il est vraiment. C'est-à-dire une ouverture totale sur le monde et donc sur toutes les musiques. » |
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| Ca fait deux ans que l’on ne t’avait interviewé, chez Waxx. Qu’est-ce que t’as fait pendant ces deux années-là ? |
| On avait fait une interview ensemble en 2008, pour le volume 1. J’ai fait deux autres volumes, en deux ans. J’ai terminé la trilogie Confessions d’un enfant du siècle. Donc ça fait à peu prés 60 morceaux. Plus une quarantaine de morceaux que j’ai dégagés donc ça fait une centaine de morceaux. Entre temps, on a sorti aussi un DVD et un double CD sur le concert de l’Olympia. J’ai fait une cinquantaine de dates en tournée. Plus une vie de famille et plein d’autres choses… |
| Avec plus de 100 morceaux, donc, ta confession, elle est terminée ? |
| En tout cas, pour ce qui est du concept des Confessions d’un enfant du siècle, oui, j’ai mis un terme à la trilogie. C’est pas un terme à mes sorties d’albums. Mais oui, c’est un terme à ma trilogie. Là, j’ai amené un panel assez large de ce que je pouvais développer. Y’avait des grosses thématiques comme ce que tu pouvais trouver chez Assassin. Et, en même temps, y’a des trucs plus personnels, des délires que j’avais envie de faire. Même dans le son, j’ai exploité pas mal d’horizons dans lesquels je tripe. Ca, j’ai pas fini. Je pense que je vais continuer à exploiter le côté musical. Et j’ai envie de triper de plus en plus dans la musicalité que je suis. Donc ça a été la porte d’ouverture vers ça. |
| Justement, dans cette ouverture-là, on a l’impression que le volume 3 est peut-être le plus abouti de la trilogie… |
| Moi j’aime bien les trois. Et en plus, ça a un sens pour moi parce que les trois se complètent. Maintenant, c’est sûr que le troisième est beaucoup plus poussé musicalement. C'est-à-dire que tu trouves de la samba, de la bossa nova, de l’afro beat, ce que je n’avais pas fait sur les autres. Et je pense qu’en ayant tripé comme j’ai tripé sur mes trois albums, oui, le trois, je sais pas s’il est plus abouti mais il commence à aller vers le chemin qui sera celui de mes prochains albums. |
| Tu débutes ce volume 3 avec un morceau en feat avec Seu Jorge. C’est pas anodin, non ? |
| C’est surtout que c’est un ami. Quand je vais au Brésil, je le vois, on fait des concerts ensemble. Beaucoup de gens dans son staff, quand il tourne, sont les mêmes personnes qui tournent avec nous, Assassin, quand on tourne. Donc, ça c’est fait aussi naturellement que tu peux trouver Cheick Tidiane Seck sur mon album parce que c’est quelqu’un avec qui je fais énormément de musique et avec qui je tripe beaucoup. Maintenant, oui, pour Seu Jorge, le personnage en lui-même, s’il est aussi accessible en étant aussi connu, c’est qu’il me ressemble beaucoup, sur beaucoup de points. C’est quelqu’un qui arrive des favelas de Rio et qui n’a pas pété un câble malgré qu’il soit devenu le numéro 1 de la musique brésilienne d’aujourd’hui. |
| C’est aussi quelqu’un qui transforme la musique traditionnelle brésilienne comme toi tu as transformé ton hip-hop sur cette trilogie-là… |
| Oui c’est vrai. Mais c’est aussi pour ça que lui, il est aussi connu en dehors du Brésil. Parce qu’il a vraiment amené une mutation dans la musique brésilienne, dans ce qui se faisait avant. Un peu comme des gens comme Chico Science avant lui. C’est d’ailleurs pour ça que la dernière tournée qu’il fait, là, c’est avec Nation Zombie (Nação Zumbi), le groupe de Chico Science. Et moi, j’ai toujours vu le hip-hop pour ce qu’il est vraiment. C’est-à-dire une ouverture totale sur le monde et donc sur toutes les musiques. Donc, c’est un peu normal qu’on trouve cette musicalité dans mon son. |
| Petit retour en arrière sur le volume 2. Pourquoi avoir invité Oxmo Puccino, toi qui n’invite que peu de rappeurs français ? |
| J’ai invité Oxmo, déjà, parce qu’il est aussi proche de moi. Je le croise souvent, on a des amis en commun. C’est un ami. Et en plus de ça, il a du talent. J’avais envie de faire une musique sur la musique. En parlant de l’amour qu’on a pour les notes, pour la musicalité. Et donc, je me suis retrouvé à l’inviter. On a fait un très beau morceau que j’adore, qui s’appelle Prés des notes. Après, y’a beaucoup de gens avec qui je pourrais faire des featurings dans le rap français. Je suis pas du tout anti-rap français. Je pense qu’il y a énormément de choses de qualité. Et ne soyez pas surpris de me voir en featuring avec des gens qui, dans la tête du public, pourrait être l’opposé de ce que je fais. Parce que, dans la mienne, ça l’est pas du tout. |
| Après Médine et Immortal Technique, on trouve ici Wise Intelligent sur Démocratie fasciste (acte 5). Tu peux nous le présenter ? |
| Wise Intelligent, c’est une des légendes du rap américain pour ceux qui connaissent Poor Righteous Teachers, qui était un groupe du début des années 90 très militant, très talentueux aussi. Ils ont fait des featurings avec KRS-One, les Fugees, Junior Reed. Moi, j’avais déjà fait un morceau avec lui en 1998, Wake Up. Et moi, je perds pas vraiment les contacts. Quand je fais des morceaux avec les gens, c’est rare que je fasse des featurings comme ça. Y’a toujours des connexions, du vécu, des gens que je connais qui connaissent. Et c’est surtout des artistes que j’apprécie énormément. Donc j’ai jamais vraiment perdu le contact avec lui. Et je pense que c’est l’un des rappeurs qui avait le plus le talent et l’intelligence pour poser sur un titre comme ça. Parce que c’est quelqu’un qui parle du nouvel ordre mondial depuis belle lurette. |
| Sur cet album, y’a quelques références à ton parcours rappologique comme sur Shoota Babylone 2 ou Livin’ Astro. Est-ce que c’était parce que c’était sur le dernier volume que tu reviens à ces références-là ? |
| Pas vraiment, non. Livin’ Astro, c’est vraiment un trip dans lequel on est parti en utilisant un vocabulaire d’astronome. Donc c’est vraiment un trip qu’on avait envie de faire parce que c’est ce qu’on fait, du rap cosmique. Et Shoota Babylone 2, c’est parce que j’avais envie de faire depuis longtemps la suite de Shoota Babylone. C’était bien. J’ai invité Lyricson qui a fait toute la tournée avec moi, qui est dans l’équipe Assassin depuis longtemps. Et je trouve que c’est une grande réussite, un gros morceau du volume 3. |
| Revenons sur la tournée Assassin 2009. Tu l’as vécu comment ? Comme si Assassin fera toujours partie de la mémoire collective ? |
| Déjà, la tournée, elle vient de s’arrêter. On prend un break et ça va continuer jusqu’à fin 2011. La tournée 2009, elle s’est prolongée sur 2010. Et oui, je pense qu’Assassin fait partie du patrimoine musical en France. Ca, on peut pas le renier. On a fait beaucoup de choses. Le fait que moi, je continue une carrière solo comme je la continue, ça ne peut que continuer à faire vivre Assassin. Parce qu’une grande partie d’Assassin, c’est moi. Et vu l’identité et les prises de position qu’on a prises dans le hip-hop français, c’est normal que ça ait touché. Y’a des gens qui ont grandi avec nous, en fin de compte. Tu t’en rends compte quand tu vas à nos concerts. Notre public, c’est plusieurs générations. C’est autant les grands frères qui amènent leurs petits frères ou petites sœurs que les parents qui amènent leurs enfants. C’est tombé dans le patrimoine. C’est comme un bon vieux vin qui s’apprécie avec le temps… |
| Du coup, quel souvenir tu gardes de l’Olympia ? Vous avez quand même faire remonter Solo sur scène… |
| Oui, c’est bien ! De toute façon, c’est ce que je dis dans le DVD et à l’Olympia quand j’étais en live, Solo, c’est quelqu’un avec qui je me suis jamais clashé. Il a toujours été proche de moi. Il a juste choisi de faire autre chose, de pas spécialement continuer à rapper. Mais il est toujours là et on a tellement des gros classiques ensemble, qui ne passent pas inaperçus, qui ont marqué l’histoire du hip-hop français, que c’était un vrai plaisir de le faire remonter sur scène. En plus, il est toujours frais. C’était une bonne ambiance. Après, c’est vrai que c’est toujours mortel de faire l’Olympia. C’est le troisième Olympia qu’on faisait. Moi, je trouve que c’est une des meilleures salles à Paris. Au niveau de l’acoustique. Au niveau de ce que ça représente, c’est sûr que c’est une salle mythique. Le seul problème pour moi avec l’Olympia, c’est que c’est une salle chère. Quand t’es producteur et que tu mets un pied à l’Olympia, t’as déjà dépensé 20 000 euros. C’est chaud ! Vaut mieux le remplir et bien exploiter tes images derrière. |
| Tu as un morceau qui s’appelle Triste Paris, assez dur. Tu reproches quoi , exactement, à Paris ? |
| Déjà, pour moi, c’est pas un morceau dur. C’est un vrai témoignage d’amour pour cette ville. Sinon, j’en parlerai pas, je la calculerai pas. Mais, par contre, c’est sur que qui aime bien châtie bien. Je trouve que Paris n’est plus du tout la ville lumière comme on nous l’a vendu et comme on continue à nous la vendre. Et j’ai été obligé de dire que Paris, aujourd’hui, c’est mort. A plein de niveaux. Ca ne vit plus. Y’a presque plus d’artistes qui se battent pour cette ville. Les loyers sont de plus en plus chers. On essaie d’aseptiser cette ville et de rendre les artistes plastiques, au mauvais sens du terme. C’est lié à la politique, à notre maire, à toute l’organisation artistique de cette ville. Mais je suis pas le seul : j’ai sorti le clip et y’a eu les états généraux de Paris une semaine après ! C’est pas nouveau, à Paris, tu peux pas sortir si tu connais pas monsieur untel ou si t’es pas monsieur untel. Et puis moi qui ait connu Paris dans les années 80, où c’était vraiment vivant, où avec le graffiti, on niquait tout, où y’avait quand même des endroits où on pouvait se réunir, où y’avait les squats qui étaient encore d’actualité et en création permanente, c’est sûr que Paris, c’est mort. C’est devenu une ville de plus en plus bourgeoise et on essaie d’accepter que les artistes qui ne font pas de vagues. C’est pour ça que j’ai mis dans Triste Paris, le 59, rue de Rivoli comme squat, parce que c’est un squat aseptisé sous la tutelle de la mairie de Paris. |
| Un petit clin d’œil à ton look Assassin avec Capuche de Jedi. Pourquoi tu te montres, aujourd’hui ? |
| C’était une autre période. Le fait de ne pas nous montrer, ça n’a jamais été une histoire de se cacher. C’était plutôt une histoire de ce que la culture hip-hop, en France, elle n’existait pas. On l’a vu avec le 1er groupe dont je faisais partie. On s’est fait stéréotypé directement. La plupart des groupes intéressants de cette époque ont signé des contrats qui ont été de grosses bananes sur plusieurs albums. Et donc, y’avait un problème de culture hip-hop dans ce pays. On est passé de la variété, avec les Michel Sardou et Sylvie Vartan au rap français, qui était la nouvelle variété française du pays. Et moi qui aie grandi aux Etats-Unis, avec cet apport de blues, de soul, de jazz et de toute la musique afro-américaine, je savais qu’il y avait des bases, des luttes de peuples, qui font partie du hip-hop aux Etats-Unis. C’est pour ça que quand les premiers raps français sont arrivés, on prenait les gens pour des guignols. Les gens étaient largués vis-à-vis de cette musique. Alors qu’aux Etats-Unis, à la même époque, tu questionnais des Quincy Jones, des Stevie Wonder, tout le monde avait du respect pour le hip-hop. Parce que tout le monde savait d’où ça venait. Alors que les gens ici, autant les journalistes que les stars déjà en place, étaient les premiers à cracher dessus parce qu’ils ne savaient pas que c’était une musique avec un vrai message, des vraies racines et la continuité de la lutte du peuple afro-américain et de tous les opprimés. Et donc, moi je me suis protégé. Parce que je suis arrivé dans ce business-là et je me suis dit : « qu’est-ce que c’est que toutes ces baltringues ? » Donc pas de photos. Interviews, on les relit. Pas d’images et vous allez vous concentrer sur ce qu’on a à dire. Parce qu’ici, on n’a pas eu de Robert Johnson, de Gill Scott Heron, des Last Poets. On s’est contenté d’avoir la variété puis MC Solaar, IAM, NTM. Hé béh, non, y’avait Assassin aussi ! Et Assassin, c’était : ça marchera comme ça. Et je pense que ça a amené énormément d’espoir à beaucoup de gens, pour que des groupes ne se fassent pas stéréotyper et finissent comme des guignols. |
| Avoir bossé sur ces trois volumes avec tant d’artistes différents, ça a apporté quoi à ton hip-hop ? |
| Si tu retrouves tout ça sur mes albums, c’est que c’est ce que je suis. C’est moi la production. C’est pour ça qu’il y a une ligne directrice dans tous mes albums. J’essaie d’amener cette cohésion dans ce que je fais. Donc, c’est pas ce que ça m’a amené mais ce que, moi, je vous ai amené. Toutes ces parties qui sont en moi-même, c’est ce que j’ai essayé de donner dans mes albums. C’est toute la richesse que j’ai en moi, tout cet arc-en-ciel. |
| Fin de la trilogie. C’est quoi tes projets ? |
| Je suis en mode promo de cet album, déjà. Parce que je suis en auto-prod. J’ai besoin de vendre des disques pour qu’il y ait d’autres disques qui sortent. Je vais le défendre sur scène. Je repars en tournée jusqu’à fin 2011. Déjà, je vais défendre cette trilogie le mieux possible. Et puis on va continuer de faire des concerts parce que c’est là qu’on kiffe de défendre notre musique. |
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| Propos recueillis par Lajoinie Adeline
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