| « Je connais toutes les musiques du monde. Je suis pas limité. La seule erreur à ne pas faire, c'est que le morceau, il ne déchire pas ! » |
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| Pourquoi avoir appelé ce nouvel album La Cuenta ? |
| Parce que ça veut dire l’addition. Et que c’est l’adition de mes jours vécus, de mes expériences artistiques et personnelles. Donc, voilà, je mets tout ça au service du sixième album. On va dire que tous les albums d’avant ont beaucoup apporté à ce sixième album. |
| On a l’impression que t’as fermé une page avec Le code de l’horreur et que là, tu en ouvres une nouvelle… |
| Oui, on va dire que là, c’est un nouveau début ! Ce qui s’est passé avant, c’est derrière maintenant. Donc là, on ouvre une nouvelle page, c’est la rohff-volution, la rohff-évolution. |
| Qu’est-ce qu’il n’y a plus dans La Cuenta qu’il y avait dans les cinq albums précédents ? |
| Je pense à des morceaux longs, sans refrain. Peut-être qu’un jour, j’en referai un mais avant, j’avais coutume de le faire. Et comme j’ai vu que je n’étais plus le seul à le faire, ça a un peu cassé le mythe. Et j’aime bien être original. Donc je me suis passé de le faire sur cet album. |
| Du coup, t’as pas peur que les fans de morceaux comme Testament ou Regretté ne vont pas, justement, regretter ce genre de titre ? |
| Oui, peut-être. Mais je pense que le fait de couper un morceau en deux et de faire d’un morceau de huit minutes deux morceaux de quatre minutes, tout en réussissant à tenir la même émotion, ça le fait aussi. Ils savent très bien que je sais ce que je fais. Un artiste doit pouvoir imposer sa musique, c’est le jeu ! |
| Y’aurait plus de longs morceaux mais qu’est-ce qu’il y a de nouveau alors ? |
| Déjà, je m’ouvre plus, je me livre plus, je parle plus de moi-même. Je trouve qu’au niveau de l’interprétation, du flow, on est encore passé à autre chose. L’écriture, c’est de plus en plus précis. Donc je suis pas obligé de faire un morceau de huit minutes. Parce que dans l’écriture, on arrive à abréger maintenant. C’est l’évolution, toujours ! |
| Dans Tu pardonneras, tu t’adresses directement à des membres de ta famille. C’est quelque chose de nouveau pour toi ? |
| Oui. Bon, je compte pas le faire à chaque album. Mais là, le thème s’y prêtait bien. Et puis, c’est des choses que je vis et que je garde au fond de mon cœur. Le rap, c’et un exutoire pour moi. Donc ça me fait du bien d’évacuer, de dire ces mots-là. En plus, je sais que ça parle à beaucoup de gens parce qu’il n’y a pas que moi qui vive ce genre de choses-là. |
| Ouvrir ton cœur comme ça, c’est pas compliqué pour toi ? |
| Non. C’est après, quand j’ai écouté l’album, que j’ai réalisé ça. A la limite de faire un bad trip. Un soir où j’étais trop pensif, j’étais à Miami, ça faisait un moment que j’y étais et ça commençait à me saouler. Je pensais à tout ce qui m’attendait. J’écoutais ce morceau-là, qui défilait. Et j’ai réalisé que c’est vrai, quand même, je me suis livré. Que les gens allaient connaitre davantage mes soucis. En même temps, si je raconte pas ça, je vais raconter ça. Ce que j’ai dit dans l’album, c’est ce que j’avais vraiment à dire. Et j’ai encore plein de trucs à raconter. |
| Et quand, par exemple, tu dédies tout un couplet à ta maman, elle le prend comment, elle ? |
| Elle l’a pas encore écouté [ndlr : l’interview s’est faite une semaine après la sortie de l’album] ! Je préfère que ça arrive comme ça dans ses oreilles. Je veux pas lui dire : « maman, assieds-toi, écoute ça. » |
| Sur ce titre, tu as choisi Jena Lee. Pourquoi elle ? |
| Je trouve qu’elle est dans sa werss, dans son univers à elle. Elle est arrivée avec ses clips mangas et j’ai trouvé qu’elle avait un petit truc à part, un petit truc à elle. Et puis moi, il me fallait un refrain populaire sur ce titre. J’hésite pas à mélanger les deux mondes parce que de toute façon mon rap, maintenant, il se popularise. Et puis, je suis éclectique. Le but, c’était de surprendre aussi. On peut mélanger deux univers différents, à condition qu’il y ait de l’âme. Et ça l’a fait, elle a accepté, elle est venue. Au début, elle paniquait un peu parce que c’était nouveau pour elle. Mais, au final, on a réussi à s’accorder. En plus, y’a une grosse prod d’X-Plosive, un piano, de grosses guitares électriques. Moi, je suis pas complexé, je suis un peu comme les américains. Ca me dérange pas de mélanger pop, rock et rap tant que je morceau, il tue, à la Rihanna-Eminem. Ou les Lil Wayne, Jay-Z quand ils font du rock. Moi, avant le rap, j’étais à fond dans le top 50. Je connais toutes les musiques du monde. Je suis pas limité. La seule erreur à ne pas faire, c’est que le morceau, il ne déchire pas ! |
| Y’a des artistes rock ou pop avec lesquels tu aimerais bien poser ? |
| Avant, je voulais faire un morceau, c’est plus electro, avec Cerrone. J’ai repris un son à lui sur Rap Info pour le deuxième album, la vie avant la mort. Je l’ai rencontré, d’ailleurs. Pour le contrat. Et puis j’aimerais bien faire des morceaux avec des artistes US plutôt populaires. Comme Phil Collins. Ca pourrait déchirer. Limp Bizkit, j’aime bien. C’est vraiment de la pop alternative. T’as d’autres gens, comme Stevie Wonder. |
| Et un feat avec Michaël, ça aurait été un rêve pour toi ? |
| Bien sûr. Ca aurait déchiré ! Mais j’aurais voulu qu’il y ait Michaël et, surtout, Quincy Jones à la prod. Avec tous les gens qui ont mixé Thriller. Parce que c’est vraiment le Michaël de Thriller que j’ai apprécié. D’ailleurs, j’ai découvert vraiment la musique sur l’album Thriller. Quand je suis arrivé en France, j’ai écouté cette cassette en boucle. Encore aujourd’hui, je l’achète dés que je le perds, cet album. J’ai du l’acheter vingt fois, Thiller ! |
| Tu as passé une grande partie de ton été à mixer ton album à Miami. Qu’est-ce qui reste de ça dans La Cuenta ? |
| La sonorité. La lourdeur du son. La texture. C’est l’alchimie entre le travail américain et le travail français. On a réussi à trouver un juste milieu. Parce que nous, quand on mixe en France, on met les voix devant. Eux, c’est des brutes au niveau du son. Et on a réussi à trouver un entre deux, je pense. |
| Bosser avec le grand mixeur Lu Diaz, ça t’a appris quoi ? |
| Qu’il n’y a pas de règles. Si tu veux mettre le son fort, mets-le fort ! Ici, quand on sort du mix, on dirait qu’ils ont peur de faire bobo aux enceintes. Parce qu’il y a un mix juste après donc faut pas casser les enceintes. Là-bas, ils n’en ont rien à foutre. Ils peuvent casser les LS 10, les petites enceintes. J’ai déjà mixé avec l’ingénieur de Dr Dre, Richard Siegel, sur La fierté des nôtres, Au-delà de mes limites et Le code de l’horreur. Et lui, il a pas rigolé. Il a cassé dix LS 10 au moins ! Et puis, il m’a expliqué : y’a pas de règles, tu mixes à l’oreille. Des fois, t’as des ingés qui te sortent des livres, tu sais, ici… Mais je pense qu’il y a des ingés français qui se débrouillent pas mal aussi. |
| Là-bas, tu as rencontré deux filles, pour le côté professionnel : Wynter Gordon et Lumidee. Pourquoi elle ? |
| Lumidee, c’est parce que le titre de l’album c’est La Cuenta et elle est sur le morceau même. La Cuenta, ça reste un mot hispanique et elle est porto-ricaine. Je trouve que le jeu s’y prêtait bien. Quand elle arrive au début, avec une attitude un peu caillera, qu’elle crie, ça défonce. Ca rappelle un peu Les princes de la ville, le film. Je voulais ça : une vraie meuf du ghetto, du Bronx, qui vient représenter. Wynter Gordon, c’est parce que j’avais kiffé le refrain de Suga avec Flo-rida, sa voix. Je l’ai même vu sur Dirty Talk, un morceau avec David Guetta. Et je l voyais bien sur ce genre de morceau. Parce que le son s’y prêtait bien, une grosse boucle electro, un beat hip-hop, produit par Wealstarr. Ca le fait ! |
| De ce que t’as fait à Miami, y’a des morceaux qu’on entendra plus tard ? |
| Oui. Un feat US entre autres, un rappeur. J’ai pas voulu le mettre là parce que je le voyais bien venir après. La Cuenta, c’est la première addition, donc on commence par là et après je vous emmène ailleurs encore, on développe le concept, le délire. Maintenant, c’est l’heure de l’ouverture. C’est fini de faire du rap français tout simple, traditionnel, classique, pour les petits rageux des forums. Ca m’intéresse pas de faire du rap pour eux. J’ai fait beaucoup de morceaux super ghettos et j’ai pas envie de me répéter. Et puis je pense que j’ai rien à prouver à ce niveau-là. J’ai pas envie de crier haut et fort que je suis de la rue, à chaque morceau, pour dire que je suis encore dans le coup, que j’ai la street credibility. J’ai pas de complexe, moi, à ce niveau-là. Je vais laisser ça aux nouveaux qui arrivent. C’est logique. |
| Donc tu as un morceau qui s’appelle Rien à prouver… |
| Parce que RAP, dans mon sens, ça veut dire Rien à prouver ! Maintenant, on fait de la musique… |
| Au niveau des feats français, y’a La Fouine. Le plus étonnant dans ce duo c’est que vous n’ayez jamais rien fait ensemble avant ! |
| Oui mais c’est parce que c’était pas le moment. Chaque chose en son temps. Lui, il est dans sa vibe, moi dans la mienne. C’était intéressant de mélanger les deux werss. Il est plus jene que moi au niveau carrière Je pense que c’était à moi de solliciter. Et je lui ai rendu la pareille. C’était normal. Le morceau qu’on a fait ensemble sur cet album, il est bien hardcore ! |
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| Propos recueillis par Lajoinie Adeline
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