| "Caraïbes, c'est un magnifique mot, car il résume dans la création et dans le contenu de l'album ce que je suis, il résume tout" |
| |
|
| Votre nouvel album s’intitule « Caraïbes ». Est-ce un retour vers vos origines guadeloupéennes ? |
| Un retour pas vraiment, puisque je faisais exclusivement du Zouk dans mes précédents albums. Mais cet album reflète un peu plus les influences caribéennes notamment. Il reflète un peu plus ce que j’ai pu écouter, Bob Marley, Bobby Mac Ferrin. Je trouvais qu’il était parfaitement à propos, car il défini ce que je suis. Et puis, c’est un magnifique mot, car il résume dans la création et dans le contenu de l’album ce que je suis, il résume tout. |
| Comme avez-vous construit le titre éponyme, qui est un morceau tout acoustique ? |
| En fait, il y a sept rythmes traditionnels dans le Gwoqua, qui est la musique traditionnelle guadeloupéenne. J’ai choisi pour ce morceau le rythme mendé, parce que déjà des sept rythmes c’est celui que j’aime le plus. J’ai fait appel à un spécialiste, Dominique Tolliot, qui est vraiment un spécialiste des rythmes traditionnels. Je lui ai demandé un rythme mendé, qui est un rythme profond. Il est venu avec un djembéka. On a enregistré dans un studio particulier de manière à conserver la profondeur du tambour. A l’origine, je voulais que les gens aient l’impression d’être dans la région de Basse-Terre en Guadeloupe, un cadre très boisé. Je voulais qu’ils ressentent les racines quelque part. On est partis sur ce rythme, il y a quelques improvisations, de ce qu’on appelle nous le Conalambi, qui est une grosse coquille d’un gastéropode marin. J’ai donné les directives, notamment sur le Conalambi, en disant à Dominique de se lâcher. Ça a donné un univers profond, assez traditionnel. Il me fallait ça sur cet album. C’est un clin d’œil à toute la musique guadeloupéenne et antillaise en particulier. J’ai écouté des artistes comme Ti Céleste, des artistes qui s’expriment uniquement par le Gwoqua. |
| C’est un album d’ouverture, puisqu’il y a plein de rythmes différents. Comment innove-t-on dans cette musique qui est le Zouk love ? |
| On peut innover facilement, puisque le Zouk est à la base une musique très métissée, donc elle absorbe très bien beaucoup d’influences. La dernière influence en date qu’elle a absorbé, c’est l’influence R’n’B. Les sonorités sont devenues plus lourdes, plus urbaines. Mais c’est juste une question générationnelle, puisque la dernière génération a écouté énormément de R’n’B, donc elle la retranscrit dans ses créations zouk. Ça se renouvelle surtout par les sonorités, je pense que c’est une musique adolescente qui peut absorber et qui se renouvelle aux contacts d’autres musiques en fonction d’un état d’esprit, en fonction d’une actualité. Pour l’instant, elle a la tendance très Zouk love. De mon côté, je l’imaginais un peu plus urbaine, enrichie de violons, chose que l’on retrouve sur cet album, avec d’ailleurs un très bon violoniste polonais, Dimitri Artmenko. Pour la petite histoire, c’est une amie qui l’avait vu dans le métro et avec qui elle avait échangé ses coordonnées. Je voulais une musique urbaine mais avec des sonorités très pures, violon, gwoqua, trompette, harmonica. Le genre peut se renouveler en l’enrichissant de sonorités un peu plus pures, comme la guitare que l’on entend sur le titre « Leçon particulière ». |
| Il y a aussi beaucoup de reggae, notamment sur « Je marche libre »… |
| Je suis parti de la mélodie. Une fois que j’avais la mélodie, on a testé une ligne de basse, jouée avec un vrai bassiste. On a trouvé que c’était assez logique d’inclure le reggae. Tous les ingrédients que l’on a pu ajouter comme les trompettes ou le sax sont venus pratiquement tout naturellement compléter ce titre. Il n’y a pas eu de réflexion. Je n’ai pas essayé de faire plus jamaïcain que le jamaïcain, ni de faire le reggae de Bob Marley. J’ai surtout essayé d’être moi-même. J’ai fait ce titre à partir de mes influences personnelles, ce qui donne le côté fusionnel, parce que je suis moi. |
| Dans le morceau « Dejavu », il y a une grosse influence hip-hop. Y’a-t-il des artistes qui t’ont plus ou moins influencé ? |
| Dans le registre hip-hop, il y a eu NTM, même si cela peut sembler pas si proche que ça dans les propos. Iam, Fab, qui est un artiste que l’on n’entend plus trop mais qui m’a beaucoup influencé. Je me tiens au courant de ce qui se fait. Le hip-hop américain, également. En ce qui concerne, le morceau « Dejavu », je tiens à préciser que c’est un titre 100% a capella. Il y a un artiste que j’ai toujours apprécié, Bobby Mac Ferrin. J’ai fait ce titre en pensant beaucoup à lui et à Texis, qui est un groupe vocal américain. Il me fallait un titre 100% a capella. J’ai travaillé avec un ingénieur du son, Alias LJ, qui est un spécialiste dans ce domaine, donc il m’a dirigé. De toute façon, je pense que tout ce que j’ai pu exprimé dans cet album est assez fusionnel. J’ai reçu beaucoup d’influences, donc tout ce que je sors est teinté, après le dosage il est ce qu’il est. A la base, c’est métissé. |
| Parle nous de Alias LJ et de Luc et Swing… |
| Ce sont des artistes qui évolue dans le milieu urbain. Par exemple, Alias LJ a été artiste lui-même, il était multi instrumentiste et l’un des premiers à se lancer dans le R’n’B en France. Luc et Swing ont fait leurs armes avec Tribal Jam. Ce sont des gars qui maîtrisent, qui sont très rigoureux. Le challenge était de confronter mon univers avec leurs expériences. On a beaucoup communiqué au départ pour qu’on puisse parler le même langage et pour qu’ils puissent s’imprégner de ce que je fais. Le but n’état pas d’être quelqu’un d’autre, je voulais que cet album me reflète. Même si on fait les titres « Dis-lui » ou « Je marche libre », il fallait que tous ces titres puissent me ressembler, donc on a pris le temps de se connaître. |
| Qu’ont-ils apporté par rapport aux albums précédents ? |
| Une certaine fraîcheur et un certain point de vue que je n’avais pas. J’ai du mal à déléguer artistiquement. Quand on est auteur-compositeur, on a du mal à lâcher la bride. Et j’ai du faire un effort sur moi-même pour travailler avec eux. Ils m’ont apporté une rigueur vis-à-vis des sons, parce qu’ils sont très calés à ce niveau-là. Et puis, ça m’a encouragé à aller plus loin, plus loin que je n’avais jamais été auparavant. Et puis le travail d’équipe, je ne le faisais pas non plus auparavant. Ça a été une très bonne expérience. |
| On se sent ailleurs durant l’écoute de l’album. C’était le but de faire voyager ? |
| Complètement, je le conçois comme ça cet album. C'est-à-dire que je m’étais dit qu’il fallait que, quand on mette l’album dans le lecteur, on puisse partir. C’est vrai peut-être à contre-courant de ce qui se fait artistiquement maintenant. Dans les propos, aujourd’hui, on est dans une ère de dénonciation, on a tendance à dénoncer beaucoup ce qui va mal dans la société. Là, j’ai voulu que cet album soit une bouffée d’oxygène, une respiration, que les auditeurs puissent voyager et respirer. D’où les interludes. D’où mes propos très imagés, d’où mes mots. Ça a été d’autant plus facile pour moi, qui possède une écriture très imagée. J’espère que tout un chacun aura des images par le biais de cet album. |
| Le Zouk love est aussi une danse… |
| Il m’arrive pour tester une mélodie de la danser. Je la chante et je la danse. Si je trouve que c’est fluide, ça m’aide à garder la mélodie. Il faut que je danse. Si je ne le sens pas, il y a un souci. C’est important. |
| Au niveau des textes, le genre discute beaucoup de la relation homme-femme. Où trouver encore l’inspiration pour en parler ? |
| Je ne sais pas du tout. Je ne peux pas dire que mes expériences dans ce domaine soient si énormes que ça. Je n’ai pas eu plus d’expériences que n’importe qui d’autre. C’est simplement que ma sensibilité pour ce type de propos est très affirmée. Au départ, je m’étais dit que je voulais écrire sur telle ou telle chose et je me suis vite retrouvé face à un dilemme. Par exemple, je voulais parler de ce qui s’était passé après Katrina, mais mon inspiration m’emmenait ailleurs. J’avais pris le parti de ne pas tricher, donc j’ai suivi mon inspiration. J’avais encore des choses à exprimer sur la séduction, les conflits qui peuvent arriver en couple. Sur l’intimité et sur la complexité des rapports homme-femme. |
| Est-ce qu’il y a d’autres choses qui t’inspirent à part tes propres expériences ? |
| Un peu tout. Je me nourri de ce que j’ai pu ressentir, de ce que j’ai traversé, mais aussi par ce que traversent mes proches. J’ai un côté contemplateur, très observateur, donc j’absorbe des choses et je les retranscris. Il y a des situations que je n’ai pas vécues, mais que j’aurais voulu vivre et que donc j’imagine. Il y a 19 tracks qui parlent de ces rapports, à l’exception de « Je marche libre », qui a une lecture un peu plus spirituelle. |
| Vous avez eu beaucoup de succès avec vos précédents albums. Qu’est-ce que vous avez appris avec cette expérience ? |
| Le principal enseignement est d’être vrai. C’est une chose qui m’a été confirmée au travers l’expérience des concerts. Parce que les gens le ressentent vraiment. Ils aiment être concernés et qu’on leur parle vrai. C’était important de rester vrai et de ne pas partir dans des choses que je fantasme pour de vrai. Sinon, l’autre enseignement, c’est que le temps d’une chanson on peut donner du bonheur aux gens. Que les gens s’accaparent les titres. C’est surtout ce que j’ai retenu : cette interactivité. Et c’est ce que je veux retrouver sur « Caraïbes ». Il y a un autre aspect, j’ai beaucoup été dans l’Océan Indien et en Afrique de l’Ouest. Ces différentes places m’ont mis sur la piste du voyage que je voulais pour cet album. Ce sont des images que j’ai emmenées avec moi. Mayotte, l’île Maurice, Ouagadougou. |
| Tu parles de la notion de bonheur. N’est-ce pas ce qui empêche de faire un titre sur Katrina en Zouk ? |
| Peut-être. Quand je disais que je voulais traiter ce thème, je me disais que ça ne serait pas forcément sur du Zouk. Ou il serait tellement dépouillé qua ça n’en serait plus. J’estime qu’en musique on peut tout exploser. La musique c’est quelque chose que l’on ne contient pas, qu’on ne régule pas. Elle vit, elle évolue, même si il y a des règles rythmiques et même s’il y a des ambiances que l’on retrouve. Je pense que tout est possible, c’est le dosage qui est différent. Il faut trouver le dosage. A partir du moment où on trouve les mots, pourquoi pas ? |
| La sortie de l’album était prévue pour le 21 Juillet. Etait-ce important qu’il sorte durant l’été ? |
| Pour le milieu c’est important. Beaucoup de gens considèrent encore le Zouk, comme une musique de saison, celle de l’été. Je ne le crois pas, on peut écouter du Zouk en carême ou en hivernage. C’est juste vu comme ça. Ça m’embête un peu, parce que ça fait cliché. C’est un petit peu ma bataille, le challenge est de prouver que cette musique peut être écoutée à la rentrée. Quand bien même il y ait une feuille d’impôt sur la table, qu’il y ait des dépenses pour les enfants au niveau scolaire, qu’on continue à payer les emprunts, que les feuilles des arbres tombent ici, c’est faisable, d’ailleurs il y a un titre « A l’abri » qui correspond beaucoup aux Antilles à la saison de l’hivernage, la saison des cyclones et qui pourrait correspondre ici à l’automne. |
| Quels sont tes projets, prévois-tu une tournée ? |
| C’est la grosse réflexion du moment. La priorité c’est le live, car les différents publics que j’ai découverts me manquent énormément. Il me tarde de retrouver les salles de concerts. Parce que c’est là que les titres poursuivent leurs vies. Il faut rassembler la formation, trouver le financement et puis partir. |
| |
|
| Propos recueillis par Lajoinie Adeline
|
|
|