| Soha, c’est un voyage entre l’Algérie et Cuba avec un soupçon marseillais. Rencontre à l’occasion de la sortie de son premier album « D’ici d’ailleurs ». |
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| Comment es-tu devenue chanteuse ? |
| Au départ, je voulais être danseuse. En intégrant des groupes et en participant à des festivals, je me suis retrouvée sur le devant de la scène. |
| Tu as commencé avec du reggae ? |
| Non, j’ai commencé avec du hip hop à l’époque de l’âge d’or du rap français. Scéniquement parlant, j’ai commencé il y a douze ans avec du reggae dancehall. |
| A un moment, tu as eu besoin d’apaisement et de changer de registre. Que s’est-il passé ? |
| A une période, j’écumais les sound systems parisiens. C’était très urbain avec une atmosphère très bouillante. J’ai voulu me remettre en question artistiquement. Me poser et me demander ce que j’avais vraiment envie de faire. J’avais besoin de douceur, de choses beaucoup plus simples. Scéniquement, j’avais besoin de donner des choses plus fluides. |
| Très tôt tu as dit que tu ne voulais pas être choriste. Comment as–tu réussi à t’imposer ? |
| Dans le reggae, les femmes sont souvent cantonnées au rôle de choriste. Moi, je me voyais devant la scène à donner énormément et non par petits bouts. Quand on me sollicitait, soit j’étais devant la scène soit rien du tout. Je ne donnais pas vraiment le choix. |
| Tu cites Tanya Stephens comme influence. En quoi t’a t’elle inspiré ? |
| J’aimais déjà beaucoup le reggae dancehall et j’étais prête pour les sound systems. Mais je me sentais assez isolée car il n’y avait pas beaucoup de femmes présentes sur cette scène musicale. Quand j’ai découvert Tanya Stephens, je me suis rendue compte que j’avais raison d’être tenace. Elle avait réussi quelque chose que très peu de femmes ont réussi à faire dans le raggamuffin jamaïcain. Elle a imposé des textes conscients et militants. Je me retrouvais dans cette « sœur musicale ». |
| Quelles sont tes références soul ? |
| Le patrimoine nord américain et afro-américain est énorme. Le jazz vocal m’a apporté de la précision et des règles qui permettent d’aller loin. Billie Holiday, Sarah Vaughan, et Dina Washington m’ont beaucoup influencé. Elles donnent beaucoup d’émotion tout en dosant et en étant techniques. Je ne me conforte pas dans la technique vocale. Ce n’est pas mon univers. Je suis spontanée. |
| Comment s’est passée ta rencontre avec Celia Cruz ? |
| C’est une rencontre purement musicale. J’étais déjà avancée dans ce que je voulais faire. J’avais des bases très jazzy sans vouloir appartenir au monde du jazz. Je voulais sortir des limites et des cadres. Je connaissais la musique latino mais j’avais envie de découvrir ce qu’il y avait derrière la danse salsa. Celia Cruz est un personnage, une bête de scène. C’est l’une des seules femmes dans le milieu très fermé des afro-cubains qui s’impose avec beaucoup de brio et de beauté. Vocalement, ça rejoignait ce qui se passait en moi. J’aime tout ce qu’elle véhicule. |
| Tu parles aussi beaucoup de ta mère et de ses chants algériens. |
| Ma mère a une voix pleine de volupté et d’émotion. Physiquement, elle ressemble à Celia Cruz et a un timbre très grave et africain avec une vraie douceur dans les mots. Elle chantait des chants populaires pour les cérémonies religieuses du village. C’était naturel et normal pour elle. Les chants traditionnels algériens sont très simples et poétiques. Cette simplicité m’a influencé. Dans la musique afro-cubaine, j’aime cette spontanéité.
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| Ton nom de scène signifie « Et alors » en patois jamaïcain. Pourquoi ? |
| C’est mon entourage qui a choisi ce nom. Il n’y a pas que des machos dans ce milieu et j’étais entouré d’amis DJs qui me soutenaient. J’étais toujours dans une sorte de lutte. « Soha » est une expression très courante dans le reggae jamaïcain. J’étais toujours en train de le répéter. « Je veux faire du reggae et alors ? Je suis une femme et alors ? » C’est l’équivalent de « so what ? » en anglais. |
| Dans ton dernier album, tu chantes en français en anglais et en espagnol. Pourquoi ce mélange ? |
| Je suis très gourmande. Lorsque j’ai fait ces chansons, je voulais tout. Je trouvais qu’au niveau des accents ça balançait bien dans différentes langues. De là est né « On Ne Saura Jamais » qui est une chanson en trois langues. Je trouvais que c’était un challenge de chanter et de danser avec les mots. L’espagnol s’y prête très bien. |
| Les chansons ont été écrites par François Welgryn et Antoine Essertier. Comment peut-on chanter les chansons des autres ? |
| J’ai rencontré Antoine Essertier et lui ai présenté mon projet très dense. Je voulais quelque chose de nouveau. Antoine Essertier créait une ligne mélodique à la guitare, spontanément en attrapant l’instant qui passait. J’enchaînais avec mes mélodies et on enregistrait tout de suite après, sans aucune préméditation. François discutait avec moi sur la chanson que je venais de créer. Tout allait tourner autour de cette mélodie. Les mots étaient très importants. Je lui disais ce que je souhaitais avoir et il rassemblait les mots qui exprimaient ce que je ressentais. |
| Le mot « rêve » revient souvent. Comment vis-tu cette atmosphère de songe ? |
| Quand on est enfant, on se base toujours sur notre place à l’école. J’ai essayé d’être au premier rang pendant des années mais je me suis souvent retrouvée assise au fond à côté de la fenêtre. Je rêve souvent d’être ailleurs. Je crois que ce sera toujours une partie de moi. Mes chansons sont des voyages que je fais dans ma tête. On ne peut pas mélanger tous les styles musicaux car la musique n’est pas une marmite. Je consacrais beaucoup de passion à différents styles de musiques. Après avoir absorbé le style dancehall pendant douze ans, le fait de changer d’horizon fait peur. Avec un peu de courage, tu sautes le pas et tu découvres un autre monde. Le morceau « Tourbillon », qui est aussi mon single, résume vraiment tout ce que je suis. Ce ne sont pas de musiques que j’ai prises et rassemblées, c’est juste ce que je suis. |
| Comment réussis-tu à être aussi spontanée ? |
| Je me lâche. Je me demande souvent à quoi l’on sert sur terre. Mieux vaut apprécier la vie et être bien avec les autres. Plus le temps passe, plus je réalise que j’aime les gens. C’est très naïf mais c’est vrai. C’est très naturel chez moi et ça vient de l’intérieur. |
| Tu es en concert le 12 décembre prochain. Comment prépares-tu la scène ? |
| Je ne veux pas que les gens se sentent trop dépayser mais qu’ils trouvent quelque chose qu’on ne peut pas entendre dans l’album. On ressent des touches urbaines et des nuances très subtiles qui ne sont pas identifiables sur disque. En fait, la musique est une marmite mais il faut savoir doser les ingrédients. C’est ce que j’ai fait dans cet album mais sur scène je vais beaucoup moins doser et donner davantage d’épices et de piment. Quand on écoute un album chez soi, on n’a pas forcément envie d’entendre des choses trop fortes ou trop balancées. En concert, il y aura plus de signaux urbains et de dancehall. |
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| Propos recueillis par Lajoinie Adeline
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