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Interview de Soulkast
Soulkast
   
« Le discours d’Assassin, les textes, ça m’a grave influencé ! Dans mes dissertes de philo, je n’hésitais pas, de temps en temps, à citer Rockin’ Squat, sans dire que c’était lui ! Je pense que j’ai été à la bonne école, vraiment ! »
   
Pour commencer, pourquoi Soulkast? Ça vient d'où ce nom?
Soulkast: Y'a pas de signification particulière. Je crois que c'était un délire quand, dans ma chambre, j'ai cherché un nom de rappeur. Je crois qu'il y avait un CD d'Outkast et un truc de jeu vidéo à côté. J'ai fait un mix des deux, ça a donné Soulkast. Ça n'a pas vraiment de signification.
-Est-ce que tu te rappelles comment le Hip-Hop est venu à toi?
Soulkast: Ouais. Ma 1ère découverte avec le Hip-Hop et plus précisément le rap, c'est 93-94, quand j'ai découvert l'album d'NTM, J'appuie sur la gâchette. C'était un de mes grands frères qui écoutait ça. Et ça a été une gifle, ça m'a parlé tout de suite en fait. Parce qu'à la base, je ne m'intéressais pas vraiment à la musique. Mais quand j'ai découvert NTM, je ne sais pas, c'est devenu une maladie, pour moi, le rap. Vraiment! Le son me parlait, l'univers des clips aussi. Le 1er clip de J'appuie sur la gâchette est super marquant. En plus, il racontait des choses que moi, même si j'étais de Lille, je vivais un peu. Tu vois, je viens d'un quartier populaire? On vit un peu tous les mêmes réalités donc ça m'a parlé direct! Et de là, je me suis intéressé à différents groupes. Puisque NTM était proche d'Assassin, j'ai découvert Assassin. Après, ça a été Public Enemy, etc.
Donc, tu découvres le rap avec NTM. Et quand est-ce que tu passes au micro?
Soulkast: Je pense que je commence à rapper en 96-97. Le groupe qui m'a donné envie de rapper, c'est Assassin. C'est vraiment Rockin' Squat qui m'a donné envie de prendre le micro. Je pense que les premiers textes, c'était vraiment dans ma chambre, tout seul. T'essayes, tu te dis: vas-y, pourquoi pas? Et là, ça devient maladif. A l'époque, j'avais créé un groupe avec 3-4 potes de mon quartier. Après on s'est un peu embrouillé, le groupe, il s'est scindé en deux. Et en fait, on a créé officiellement le group Da Hypnotik en 1998. Avec mon collègue. Et puis, de là, on a vraiment pris le truc au sérieux. Beaucoup de répètes, on a fait nos premiers concerts. A l'époque, on faisait pas mal de concerts avec le groupe M.A.P. C'était des mecs de mon quartier, on faisait pas mal de scènes avec eux. C'est eux qui nous ont vraiment mis le pied à l'étrier. Et puis après, on a eu envie de faire un disque. Au début, c'était de l'auto-production. On a sorti un premier maxi à 1000 exemplaires qu'on allait déposer nous-mêmes dans les Fnac, les Virgin. On faisait des dépôts-ventes, on collait nos stickers partout. Et ça nous a ouvert pas mal de portes. Très rapidement, on a participé à plein de tremplins. Sur scène on était assez bons. Donc, d'abord on a été sélectionnés au Printemps de Bourges pour représenter la région. Dans la foulée, on a remporté le tremplin organisé par la chaîne MCM, qui nous a permis de vraiment faire parler de nous. Et de là, on a décroché une signature, chez Wagram Music. Un album qui est sorti en 2004. L'album, par un manque d'exposition et, je pense aussi, un manque de maturité artistique, n'a pas trop marché. Et puis le groupe, il s'est arrêté.
Mais avant que le groupe ne s'arrête, vous avez rencontré Assassin, Rockin' Squat. Comment ça se passe quand tu rencontres LA personne qui t'a fait aimer le rap?
Soulkast: Moi, la première fois que je l'ai rencontré, c'était en 2000. Il faut savoir que j'arrêtais pas d'envoyer des démos au bureau d'Assassin Production, qui était dans le 18ème. J'arrivais souvent à avoir Madj, l'ancien manager, au téléphone. Ils me voyaient souvent aux concerts parce que je faisais tous les concerts d'Assassin. Donc ils savaient qui j'étais. Et ce qui est quand même vachement respectueux de leur part, c'est qu'à chaque fois que tu leur envoyais une démo, ils répondaient. Donc, pendant longtemps, c'était "niet" pour un featuring. Et puis un jour, je suis tombé sur Squat en appelant les bureaux. Il se rappelait de la démo, une cassette qu'on avait envoyée, à l'ancienne: "ouais, je m'en rappelle. Béh, je viens à Lille, là, pour un concert. Viens on se rencontre!" Et en fait, on s'est rencontrés là. La connexion, elle s'est faire super rapidement, très bon feeling. Et dans la foulée, un mois plus tard, on enregistrait le titre, qui s'appelait L'art de la guerre, qui est un titre qui a beaucoup marqué les fans d'Assassin. Quand t'as un mec, comme ça, que t'as kiffé en étant ado, que tu rencontres et que t'arrives à faire un morceau avec, c'est mortel! C'est un accomplissement!
Squat, qu'est-ce qu'il t'a appris sur le rap?
Soulkast: Au-delà de ça, être fan d'un groupe comme Assassin, ça t'apprend à être sérieux. Sérieux dans tes affaires! Parce que c'est un groupe qui, très tôt, a pensé à développer du merchandising. Très tôt, ils ont développé de vraies relations avec les fans. Avant internet! Ils étaient pionniers aussi sur le street-marketing. En 93, pour l'album, Le futur que nous réserve-t-il?, ils avaient été les premiers à placarder, dans les villes, des affiches partout. Y'a personne qui faisait ça. Je voyais comment ils travaillaient l'image du groupe. Le fait que Rockin' Squat soit resté pendant des années dans l'ombre. On ne voyait jamais son visage. Ça a entretenu une sorte de mythe autour du groupe! Ouais, ça m'a façonné! Et même le discours d'Assassin, les textes, ça m'a grave influencé! Dans mes dissertes de philo, j'hésitais pas, de temps en temps, à citer Rockin' Squat, sans dire que c'était lui! Je pense que j'ai été à la bonne école, vraiment!
Donc, les années passent et arrive le projet Honoris Causa. C'est quand la première fois où tu te dis: je vais monter ce projet-là?
Soulkast: Je regarde un DVD d'IAM, celui de la genèse de l'album Revoir un printemps. Et leur séance de studio avec Method Man et Redman m'a vraiment marquée. Je n'avais pas vraiment prévu de faire un disque. Vraiment pas. Je continuais à rapper, mais que pour moi. Et, je ne sais pas, j'ai eu un coup de folie. J'ai vu qu'il y avait Onyx qui venait, je suis rentré en contact avec les promoteurs de la date. J'ai demandé à faire un featuring. Mais vraiment sans y croire. Et ça s'est fait tellement facilement, ça s'est tellement bien passé que je me suis dit: y'a un truc à faire! Y'avait un truc à faire avec ce concept: inviter tous les rappeurs qui m'ont marqués. J'avais envie de faire un album un peu retour aux sources au niveau des sonorités. Donc je me suis lancé. Et, à partit du moment où j'ai fait Onyx, après, c'était parti.
Mais comment on fait concrètement pour rencontrer ces grands artistes? T'avais le bon studio? Les bons contacts?
Soulkast: Je pense qu'il faut les contacts, mais surtout, c'est important d'aller discuter avec les artistes. Et puis, à partir du moment où ils ont bien cerné le projet, le concept et que le son va leur plaire, les américains, ils se posent pas beaucoup de questions. Ils vivent le Hip-Hop différemment des français. De toute façon, il suffit de les voir en studio, poser en cabine? Ouais, j'allais les voir avant les concerts ou après. Je discutais un peu avec, eux, je leur faisais écouter le son et puis après, on les emmenait en studio. De toute façon, les américains, tu les mets une heure en cabine et il est fini, le morceau! Donc voilà, je pense que c'est beaucoup de culot et avoir deux-trois contacts, forcément!
L'album, avec tous ces feats prestigieux, a créé le buzz. Et pas mal de mecs se demandent, sur le net, comment t'as fait: tu les as payés? T'as gagné au loto?
Soulkast: Oui, je suis milliardaire. Et tant mieux pour moi! Voilà ma réponse. Oui, forcément, j'ai eu vent de toutes ces réactions. C'est clair que, d'un point de vue extérieur, tu regardes le projet, même moi, j'aurais vu ça, je me serais dit: c'est qui ce mec? Mais moi, je l'aurais félicité! Après, l'argent, c'est tabou dans le Hip-Hop. Mais un album, ça coûte de l'argent. A un moment donné, quand tu rentres en studio, tu payes les ingés. Oui, c'est un investissement. Après, c'est un choix! Mais contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, choper un américain, c'est parfois beaucoup moins compliqué qu'un rappeur français. Comme je dis souvent, cet album-là, avec les invités qu'il y a, il aurait dû être fait il y a dix ans, en France, par un autre rappeur. Je ne comprends pas pourquoi y'a pas un mec qui s'est lancé avant moi dans un truc comme ça. Et je ne vais pas me priver, j'avais envie de e faire, je l'ai fait, j'ai été au bout, je suis content qu'il soit dans les bacs.
Tu dis que tout a été facile, mais quand on voit la vidéo avec Onyx, ça avait l'air un peu chaud. C'est quoi la séance qui a été la plus tendue?
Soulkast: Celle là! De toute façon, dans les groupes que j'ai invités, Onyx, ils sont fidèles à leurs personnages. Ils jouent même un peu un rôle, je pense. Il suffit de voir la gueule de Sticky Fingaz et t'as tout compris! Quand il te demande d'éteindre la caméra, t'éteins la caméra. Mais après, une fois que j'avais rappé mon couplet, c'était beaucoup plus détendu! De toute façon, quand les mecs arrivent en studio, t'es toujours impressionné, vachement timide. L'important, c'est de parler avec eux. Si les mecs, tu ne vas pas leur parler, ils vont rester dans leur coin, super méfiants. Ta séance, elle va être gâchée. Alors que si tu vas discuter avec eux? Moi, en tout cas, je n'ai pas un seul mauvais souvenir! Pas un seul mec qui a été relou avec moi! Ils se sont tous laissés filmer, on a pris le temps de discuter. Je me rappelle qu'on a passé, je ne sais pas, une heure à manger avec les mecs d'MOP. On parlait de leurs goûts. J'étais étonné parce que les mecs, c'est des grands fans de Bone Thugs-N-Harmony, de Ja Rule, alors que c'est des trucs super commerciaux et que, eux, ils sont hardcore! On a discuté de ça pendant une heure, c'était intéressant aussi d'avoir leur point de vue sur la musique.
Comment tu leur as présenté ton projet, à chacun?
Soulkast: Comme un album de retour aux sources. Boom-bap. Déjà, ça leur parle à tous. Parce qu'ils ont tous été dans cette mouvance. Et puis, ce qui était bien, c'était que, plus je faisais de featurings plus c'était facile de démarcher les featurings suivants. Notamment, pour avoir Primo, Premier. Là, j'ai lu une interview de lui lors d'un concert qu'il a fait à Tourcoing. Il expliquait qu'il avait accepté de faire le featuring pour moi en partie parce qu'il avait vu que j'avais réussi à avoir Ghostface et que ça l'avait impressionné! Apparemment, il a même appelé Ghostface pour lui demander: c'est qui ce mec-là? Comment ça s'est passé? Est-ce que ça vaut le coup? Donc ça me conforte vachement dans l'idée que les mecs, ils ont apprécié la collaboration. Et aujourd'hui, je garde des contacts avec les mecs de Bone. Là, j'ai reçu un mail du manager d'Onyx. Primo, je suis monté sur scène ave lui. Donc ça va vraiment au-delà du business. Y'a eu un vrai feeling avec la plupart des américains. Et puis,moi, le résultat, j'en suis content parce qu'il y a une vraie cohérence. Ce n'est pas mon couplet d'un côté et eux de l'autre. Je les ai fait intervenir dans mes couplets, dans les refrains. On a vraiment construit des vrais titres.
Mais quelle collaboration a été la plus difficile à mettre en place?
Soulkast: Ghostface, c'était compliqué! Il nous a fait galérer à l'hôtel. Ça a été une bataille toute l'après-midi. En plus, quand on est partis au studio, on était dans des voitures séparées. Nous, on s'est perdus. Le mec, il nous a appelés pour nous dire: désolé, les gars, c'est trop tard! Et puis, au final, ça s'est fait, pour un résultat vraiment mortel.
La collaboration pour laquelle il y a eu le plus d'interconnexions?
Soulkast: C'est Das EFX. C'est le deuxième featuring que je faisais. Et parfois, dans les séances de studio, il se passe vraiment une magie. Y'a notamment un des membres, Drayzy, qui a papoté avec les gens. Il sautillait dans tous les sens tout le temps. Pendant qu'on rappait, je me rappelle qu'il se mettait à la vitre. Quand moi et Brahi, on rappait en cabine. Il kiffait, c'était vraiment agréable!
Y'a aussi des collaborations françaises: Brahi, Médine, Kery James, Eklips et IAM. Pourquoi pas Rockin' Squat?
Soulkast: On n'a pas eu le temps de le faire. Et surtout, on avait déjà fait deux titres ensemble, à l'époque de Da Hypnotik. Et on ne trouvait pas le bon timing parce qu'il bouge beaucoup. En tout cas, il big up le projet et pourquoi pas dans le deuxième volume de mon album?
Pourquoi, donc, avoir choisi ces français-là?
Soulkast: Alors, dans l'ordre, Kery James parce que d'une, c'est une légende du rap français. A travers Idéal J et ses albums solos, il a marqué l'histoire. Et puis, je suis assez proche de Kery. J'ai beaucoup travaillé avec Kery sur différents projets. Donc c'était évident pour moi de lui demander. Médine, parce qu'il fallait quand même quelqu'un de la nouvelle génération et que pour moi, aujourd'hui, c'est juste le meilleur rappeur français! Parce qu'il a vraiment le fond et la forme. Et puis il a ce respect pour ses aînés. Ce qui est vraiment très rare aujourd'hui, dans le rap français. IAM parce que c'est IAM. Parce qu'Akhenaton et Shurik'n, c'est des monuments, des légendes, tout ce que tu veux. Passer du temps avec ces mecs-là en studio, c'est vraiment une grande leçon! IAM parce que c'est une des trois plus grands groupes de rap français, avec Assassin et NTM, pour moi. Et puis, quand je vois tout ce que AKH a construit, autour de La Cosca, pour moi, c'est la plus belle réussite du rap français, artistiquement, en termes de structure, financièrement aussi! Il suffit de voir, le mec il a plus de quarante ans et il fait encore des projets où il se fait plaisir. Et puis quand tu le rencontres, t'as juste envie de t'asseoir et d'écouter. Ensuite, Eklips, ça s'est fait sur la fin. C'est lui qui m'a contacté et je me suis dit que ce serait bien de le faire intervenir parce que c'est un mec qui, techniquement, est monstrueux. Et, par contre, je l'ai fait rapper sur mon morceau, avec des petites imitations et des scratchs faits à la bouche, qui sont juste incroyables. Ensuite y'a Brahi, qui est présent sur quatre titres de mon album. C'est un artiste que j'apprécie beaucoup. Pour ceux qui connaissent, il faisait partie du groupe Harcèlement Textuel. Et vu que c'est un ami, j'avais vraiment envie de lui faire partager ce projet. Et y'a aussi Stefan Filey, qui est un chanteur de soul. Ils sont pas beaucoup, en France, à vraiment déchirer. Et quand tu l'écoutes, ce mec-là, t'as juste l'impression d'entendre un américain. Ça a été des supers rencontres, humainement!
Pour toi, le grand nostalgique, est-ce que le rap, c'était mieux avant?
Soulkast: En tout cas, la phrase, elle me parle. L'esprit du rap était mieux avant, ça c'est sûr. Pour ce qui est de la musique, je suis un trentenaire donc je vais réagir comme un vieux con et dire que j'ai du mal à me retrouver dans ce qui se fait aujourd'hui. En tout cas, là, j'ai l'impression qu'il y a un renouveau dans le rap français, depuis Sexion d'Assaut. Je trouve qu'ils ont amené du frais. Ils ont ramené le flow au goût du jour, les freestyles. Et le fait que le rap, commercialement, n'est plus ce qu'il était, ça va vraiment faire beaucoup de nettoyage vers une musique beaucoup plus mature, je pense. En tout cas, oui, moi, je reste un nostalgique des années 90! Les disques que j'écoute, ils vont de 1995 à 2002. Au-delà, c'est compliqué pour moi!
   
Propos recueillis par Adeline Lajoinie
     
     
     
     
 Artiste
 Soulkast


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Soulkast" 09/09/2011



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