Interview de TV on the radio |
|
TV on the radio
|
| |
|
| "Je me fous de ce que les gens penseront." |
| |
|
| Vous avez l’air d’êtes de bonne humeur pourtant vous avez des choses qui approchent, des challenges… |
| Et bien, c’était super d’enregistrer le dernier album, c’était beaucoup plus rapide cette fois. Moins douloureux... On est un groupe, et quant on a la chance de faire ce qu’on aime, de la musique, de l’art... je pense qu’on peut dire qu’on va plus que bien, on est vraiment excité par le nouvel album, par la tournée... On est toujours là, on continue à faire des trucs ! |
| Moins douloureux ? |
| C'était moins douloureux parce qu’il se passait pas mal d’autres choses, des influences extérieures. On a plus d’expérience, je pense aussi... On avait un peu du mal à assimiler le fait d’être payé et encouragé à faire des albums ! On avait tellement l’habitude de faire de la musique pour nous, entre nous, et l’on n’avait jamais pensé que quelqu’un s'intéresserait à nous... « Est ce qu’on a changé, ou le monde a changé ?” Je ne sais pas.... Et puis, on a changé de label à cette époque, et c’était assez stressant, une sorte de stress qu’on avait jamais vécu avant. On a eu plus confiance en nous, on savait qu’on avait les capacités de faire l’album. Et c’était le retour du plaisir aussi. Avant c’était loin d’être fun de faire un album... et puis la tournée qui a suivi a permis de se réconcilier un peu, de se faire plaisir, de se dire que c’était pas si horrible et qu’on n’avait pas gaspillé quelques années de nos vies à faire ça. C’était une étape importante d’arriver à un point où l’on peut se sentir créatif. C’est une bonne nouvelle. Si je continue à pouvoir faire ça, même si tout se casse la gueule, ça roule. Et toutes les choses désagréables de l’industrie musicale deviennent juste un peu ennuyeuses au lieu de te faire paniquer complètement. On se dit “ouais, c’est bon ça va rouler, le reste c’est du détail”.... |
| Maintenant que le stress est parti, ça s’entend sur l’album, il est plus smooth, plus funky, plus drôle même, vous l’avez dit vous-même, moins douloureux... vous êtes d’accord? |
| Smooth, ouais, mais il est même plus chhmooooth ! (...) Mais tu as raison, il est plus léger, je ne sais pas, c’est comme si tous nos mauvais sentiments s’étaient épuisés, qu’ils ne sont plus d’actualité et qu’ils n’apportent plus rien... On a passé beaucoup de temps à explorer ça, mais après je pense que c’est notre inconscient. Après la tournée de l’album précédent, on se disait tous qu’on allait faire un truc différent. Ca vient aussi du fait que tous les jours, tous les ans, on vieilli, on change un peu et l’on perd un peu nos vieux questionnements, même si je pense qu’on en a de nouveaux ! Mais nos vielles questions du genre , “Je ne pense pas qu’on devrait faire ça, ça va sonner trop comme ça” , à mesure que le temps passe, ça vient plus des tripes et si on veut faire ça, on le fait. Je me fous de ce que les gens penseront. On travaille mieux grâce à ça. |
| C’est pour ça que vous avez choisi ce titre “Dear Science”? Vous vous moquez un peu de la science en valorisant les émotions, les tripes, etc ? |
| Peut-être que oui, un peu ! Je pense que ça parle de l’expertise aussi. Parfois, tu passes beaucoup de temps dans une salle à écouter des gens qui ont toujours le dernier mot sur plein de sujets, genre “il y a eu des recherches là-dessus, on a travaillé là-dessus, on a fait ça pour aller comme ça, on sait maintenant que ça se passe comme ça”. Et la vérité là-dessus, c’est qu’à force de démystifier, on tue tout. Mais d’autres fois, tu te dis que c’est la réponse, mais on se demande si c’est vraiment nécessaire d’avoir ces réponses. Le titre s’applique donc à pas mal de trucs différents, et je pense que cet album est notre contribution à un monde qui nous a amené internet, des enregistreurs, des fleurs en plastique dans des gobelets en plastique... tous ces vrais faux trucs. Mais des vraies fleurs dans un gobelet en plastique, c’est quant même déjà un peu mieux ! Des fleurs issues d’études génétiques... et des scientifiques qui trouvent que c’est une bonne idée de recréer les conditions de la formation des trous noirs… comme ça tu peux en mettre un à côté de ta cheminée, un petit trou noir, la force la plus destructive... c’est notre présent ! Notre musique est un cadeau en quelque sorte, “pour toutes les avancées et les questionnements. Voilà ce que nous apportons...” |
| Musicalement, vous avez exploré des nouvelles pistes. Je pense à “Crying” qui pour moi sonne un peu comme une chanson de Prince, un peu plus funky, mais aussi assez triste, ou encore “Golden Age”, qui sonne très funk des années 80... Ce sont de nouvelles explorations? |
| Ouais, je suppose que c’est nouveau, un condensé de ce qu’on joue..., mais tous ces styles, ce sont tous des styles avec lesquels nous avons grandi, et c’est pas vraiment surprenant que ça apparaisse dans notre musique. On sait tous ce que les autres membres écoutent, et ça paraît naturel que cela ressorte un peu ... Ouais, ces influences musicales ont toujours été là, et c’est marrant de vivre et de voyager avec et comment elles ont été digérées par nous tous. C’est la première fois que ces influences ont une vraie place. Avant elles étaient plus discrètes, mais je pense que ça va avec notre prise de confiance et notre expérience, des ponts qu’on a besoin de franchir, alors on se dit “allez viens, on fait ça, donnons la voix à ça”. On connaît nos goûts respectifs et c’est bien. |
| Est ce que vous avez des limites ? |
| Et bien non, pas de frontière ! Le prochain album fera 8 heures, de country, et sera disponible en DVD et Blue Ray... C’est marrant de dire ça, des limites.... ce sont justes de trucs....Au bout d’un moment les mauvaises idées, on se dit qu’elles sont tellement horribles qu’elles pourraient être géniales ! Mais bon d’autre fois, tu t’arraches le cerveau en faisant des trucs, et tu as plein d’alarmes qui se mettent en route et qui te disent de faire demi-tour... alors peut être que les limites sont déjà inscrites dans nos têtes... mais les limites sont aussi fixées sur d’autres choses, si tu écris un truc qui ressemble à du Sherryl Crow, tu fais demi-tour et tu t’éloignes....Pas spécifiquement Sherryl Crow, je n’ai rien contre elle, mais c’est une sorte de truc qui n’arrivera pas... et même, un truc un peu jungle, techno... on pourrait... je ne sais pas, ça serait dur... mais on pourrait sûrement faire une chanson jungle, mais après on aurait affaire aux junglistes, qui nous diraient qu’on n’est pas assez authentiques ! |
| C’est le problème de coller des étiquettes sur de la musique... |
| Je pense qu’en France, tu peux plus facilement jouer pour un public ou des journalistes qui se diront juste que c’est de la musique, plus qu’aux USA. Ils n’ont pas besoin de cataloguer tout ça... |
| En parlant de ça, vous avez un super label aux USA, Interscope, c’est quoi votre deal avec eux ? |
| Je pense qu’ils se rendent compte de l’état du monde musical et qu’ils se disent , “il est temps de faire couler le navire ! “, et nous, on est les capitaines du bateau qui coule.. “Il faut absolument mettre des gens qui vont tout faire couler ! “ Je ne sais pas, à leur grand honneur, ils se sont investis dans nos expériences musicales d’une manière très bizarre, et je pense qu’ils savent que... bref, on est sur le même label que les Pussy Cat Dolls ! On est 5 aussi, mais on n’est pas aussi sexy en mini jupes, alors on vendra jamais autant d’albums qu’eux... probablement ! Mais ils ont l’habitude de soutenir de la musique qui est, soit marquetée à fond, soit qui fait appel à l’imagination, de la pop en gros, et nous est un peu une mauvaise analogie là-dedans...Tu vois dans “L’empire contre-attaque” quand le Faucon Millenium essaye de distancer le destroyer interstellaire, il se retourne et va se poser dessus. Il se cache dessus et essaye de passer inaperçu... nous on est un peu comme le Faucon Millenium... ce n’est pas qu’Interscope soit un empire maléfique, ou que Jimmy Irvin soit en fait mon père, mais bon... je veux juste dire que c’est une analogie bizarre. |
| Pas de trop de pression pendant l’enregistrement ? |
| Non, ça faisait partie du contrat. Dès le départ, on leur a expliqué comment on fonctionnait, qu’on apprécierait d’être seul pour travailler en studio : "vous aurez tout à temps". Et ils n’ont pas seulement été super là-dessus, mais tous les gens que j’ai rencontrés là-bas étaient super excités à l’idée de nous aider, pour envoyer dans le monde un truc très différent des autres musiques. En même temps c’est leur boulot d’être sympa avec nous... donc j’ai quelques doutes... c’est pour ça que je ne sors pas beaucoup... |
| Vous êtes politiquement engagés, contre Georges Bush notamment, mais vous parlez aussi de nouveaux politiciens noirs. Vous en avez un maintenant… |
| Mouais....en tout cas moi je n’ai pas la nouvelle fibre d’un politicien noir en moi, mais je suis très excité que cette fibre existe chez quelqu’un d’autre qui est dans une position d’être dans le bureau du Président... Mais cela dit, couleur de peau ou sexe mis à part, en tant que politicien, sa mentalité est assez intéressante, et pour la première fois, je me suis dit que c’est quelqu’un qui me représente vraiment, et donc ça c’est plus important que sa couleur, tu vois... Ca serait travestir ses idées de se bloquer sur le fait qu’il est noir. C’est bien de se dire que tu vas peut-être élire quelqu’un qui est plus malin que toi... J’apprécie ça dans un dirigeant mondial, un gars qui ne va pas juste lire un bouquin, mais qui est capable d’en écrire un... Je ne pense pas que Georges Bush soit capable d’écrire un livre... Je ne sais même pas s’il est capable de se débrouiller à travers une bande dessinée... |
| J’ai une petite question sur ton style vocal, super style en général, mais dans cet album tu as une nouvelle manière de chanter, plus agressive, plus rap, hip hop… |
| Tu parles de “Dancing Shoes ? Je sais pas, c’est une sorte de combinaison de pas mal de trucs, ça fait partie des choses que j’ai toujours écoutés, et je pense que sur celle-là particulièrement, tous les rappeurs qu’on a écoutés ressortent, de la vieille école. Mais je ne suis pas un rappeur, je serai très mauvais dans une batte de rappeur... |
| L’ influence, elle est bien là ! |
| Ouais, c’est sûr, et aussi ma mauvaise manière de le faire, mais bon comme je l’ai dit, des trucs du genre Public Enemy, Run DMC, etc... ce sont des choses appropriées à cette chanson, alors si quelque chose est bien pour une chanson, on s’en fout de savoir si ça ira avec le reste de l’album, la logique se débrouillera, et c’est bien d’avoir de la variété dans un album. |
| |
|
| Propos recueillis par Michael Rochette
|
|
|