| "L’image et l’apparence sont importantes mais cela me rend vraiment triste de voir des groupes de jeunes, super bien habillées et lookées, mais qui ne savent même pas bien jouer de leur instrument." |
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| Votre dernier s’album s’appelle «Bitchin’» (=râler). Est-ce votre passe-temps favori ? |
| C’est vrai qu’on aime bien râler. « Bitchin’ » est aussi de l’argot californien qui veut aussi dire « mortel ». |
| C’est le premier disque que vous ne sortez pas sur un gros label. En quoi cela a t-il changé votre manière de travailler ? |
| Quand nous avons enregistré l’album, nous étions encore chez Atlantic. Après avoir quitté cette maison de disques, nous avons exploré d’autres chemins et nous sommes mises à écrire de nouveaux morceaux très rapidement. C’était comme un flot incessant et c’était vraiment génial. Jay Ruston, qui a co-produit l’album, avait un studio à l’arrière de sa maison, ce qui a rendu l’ambiance d’enregistrement très décontractée. Je trouve qu’il a très bien travaillé et nous nous sommes beaucoup amusées à faire ce disque. Nous ne faisions qu’enregistrer, rire, jouer avec des chiens et manger. Jay avait beaucoup de chiots chez lui ce qui était très sympa. |
| Cet album sonne très métal et dévoile une puissance vocale jusque-là inexplorée. En avez-vous eu conscience pendant l’enregistrement ? |
| Nous voulions vraiment être extrêmement directes dans nos messages et dans le titre des chansons. Nous n’avons pas écrit des paroles qui riment juste pour faire joli. C’est quelque chose qui nous a toujours préoccuppé sur les disques précédents mais cela a pris une plus grande dimension sur « Bitchin’ ». Nous avons essayé d’être plus concises et d’aller directement à l’essentiel.
Nous avons passé beaucoup de temps à nous assurer que chaque texte collait avec le thème de la chanson. Nos titres parlent de faire la fête et de sortir en soirée et on peut s’arrêter là mais ce n’est que la surface. Il y a d’autres couches de lecture. Nous parlons du fait d’être amoureux de quelqu’un qui ne vous aime pas, ou de l’impression d’être invisible qui vous mène à faire la fête et à boire de manière extrême alors que vous êtres en train de mourir à l’intérieur. Nous abordons beaucoup de thèmes assez sombres sur cet album. Mais les refrains sont joyeux et emmenés. Quels que soient vos problèmes, il y a une échappatoire ou un moyen de les gérer. Je trouve cela très puissant. |
| Les paroles de« Like An Animal » auraient pu êtres écrites par Led Zeppelin… |
| Cette chanson est clairement sexuelle. Le texte n’est pas très profond mais c’est difficile d’être des dures sans tomber dans la vulgarité, la grossièreté et la manque de classe. Ce titre est humoristique et parle des filles qui n’osent pas assumer leur sexualité librement et s’amuser en « chassant ».
Dans ce texte, nous aimons nous faire désirer. Tout le monde a déjà fait ça et s’est déjà retrouvé dans la position du chasseur. |
| Vous avez parcouru un long chemin depuis votre premier album. Vous êtes-vous senti grandir sous les yeux du public ? |
| Je trouve cela drôle quand les gens demandent d’écouter les chansons que nous faisions quand nous avions seize ans. Nous avons travaillé dur pour réussir à évoluer musicalement et en tant qu’auteurs. Nous avons beaucoup répété seules et ensemble et avons essayé de faire du mieux de nous-mêmes.
Tous les jours, des gens nous disent « je t’ai vu sur cette pochette, tu avais une coupe de cheveux affreuse à l’époque ». Cela ne nous gêne pas. Je ne veux pas recréer cette époque, mais je l’assume. On n’a envie pas d’être celles qu’on était au lycée. Lors de la sotie du dernier album, le thème récurrent dans les interviews était « vous avez vraiment mûri ». Mais nous sommes un groupe de rock, nous ne grandissons jamais vraiment. En plus, je ne trouve même pas que notre son soit plus mature, il est juste différent. Cet album sonne aussi beaucoup plus solide et abouti que les précédents mais je ne dirais pas qu’il est mature non plus.
On nous as aussi dits que l’on avait mûri parce qu’on se fait maintenant appeler par nos vrais noms et qu’on remet en cause ce qu’on a fait auparavant tout en l’assumant. Si tu te rebelles contre un album qui vient de sortir, tu perds tout soutien du public. On change des petites choses au fur et à mesure. |
| Vous jouez ensemble depuis le collège. Comment réussissez-vous à passer tant de temps ensemble sans avoir envie de vous entre-tuer ? |
| Nous sommes amies depuis qu’on a 9 ans alors je pense que ça aide beaucoup. On se connaît très bien. On sent tout de suite si l’une d’entre nous va mal. Je pense que le fait d’être des filles est un avantage dans un groupe. Après une dispute, les hommes vont faire un tour en ruminant leur colère, se battent ou se lancent des objets à la figure. Nous, on discute du problème et on essaie de le régler.
Nous avons aussi des goûts communs : nous aimons le même humour, les mêmes films et la même musique. Je trouve que nous avons de la chance parce que beaucoup de gens ne trouvent pas cela dans un groupe. |
| Qu’est-ce qui vous a donné envie de monter un groupe ? |
| A l’école les garçons se moquaient des filles parce qu’ils disaient qu’elles ne savaient pas jouer de la musique. Ca nous énervait toutes. Torry a toujours eu un très fort caractère et n’avait pas peur de se retrouver dans un groupe. Pour son âge, elle avait déjà beaucoup de cran.
Ca ne la dérangeait pas de chanter devant toute l’école. Le fait de voir d’autres groupes de filles se former nous a aussi encouragé à continuer.
Heureusement, nos parents nous laissaient sortir en semaine. On prenait le train et on allait à des concerts. On adorait cela. C’était un moyen de s’échapper de l’école, de la vie et de tout.
Aujourd’hui, les jeunes peuvent voir des concerts partout. Mais pendant longtemps, ce n’était pas le cas. C’était difficile pour des adolescentes de voir des groupes de filles jouer sur scène. Nous avions besoin d’avoir des modèles positifs. Quand je voyais L7, je me disais que j’avais envie de leur ressembler et d’être aussi violente et impressionnante qu’elles sur scène. |
| Comment s’est passée votre tournée aux Etats-Unis avec Donita Sparks de L7 ? |
| C’était incroyable. Dee Plakas de L7 joue aussi de la batterie dans le nouveau groupe de Donita. C’était fantastique de les voir sur scène ensemble, je n’arrive toujours pas à y croire.
Oui, c’était comme un rêve. Nous écoutons encore L7 aujourd’hui et nous leur avons dit qu’elles nous ont donné envie de faire de la musique. Elles ne nous ont probablement pas cru mais c’est la pure vérité ! C’est aussi sympa de tourner avec des filles qui ont connu la même situation que nous. Nous avons tourné avec le groupe Suédois Sahara Hotnights où les filles ont les mêmes relations entre elles que notre groupe. Mais beaucoup de groupes de filles sont différents. Certains d’entre elles emmènent plein de valises, de maquillage et de vêtements en tournée. C’est différent de partir sur la route avec des filles qui ont roulé leur bosse et savent ce que c’est que d’être crade et de dormir dans un bus. Tu as envie de te sentir belle mais tu sais que ça ne va pas arriver pour le moment !
C’était génial de parler avec L7 de tournées, de musique et de la vie en général. Elles sont plus âgées que nous et nous ont apporté quelques sages conseils. |
| Quels conseils donneriez-vous aux jeunes groupes féminins ? |
| De travailler plus que tu ne penses en avoir besoin. L’image et l’apparence sont importantes mais cela me rend vraiment triste de voir des groupes de jeunes, surtout des filles, super bien habillées et lookées, mais qui ne savent même pas bien jouer de leur instrument. Cela conforte les sexistes dans leurs préjugés. Quand tu joues, tu représentes quelque chose.
Ne jamais s’arrêter de travailler et ne jamais devenir paresseux ! Il y a toujours des choses à apprendre.
Peu importe ta valeur si tu ne répètes pas avec ton groupe. Le groupe ne sonnera pas bien si une personne détonne. |
| Dans tous vos live, vous dépensez beaucoup d’énergie mais restez toujours magnifiques. Quel est votre secret ? |
| Quand je monte sur scène, j’aime le côté théâtral alors je me maquille et m’habille bien. Mais une fois que tu joues, tu dois oublier ton apparence. Il ne fait pas se soucier de ton image. Ce n’est pas grave si tu transpires ou si tu es décoiffée. Tout ce qui compte c’est la musique. Si tu es en sueur et toute rouge, ce n’est pas un problème. |
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| Propos recueillis par Isabelle Chelley
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