| "On préfère capter l'attention de notre public pendant une courte période plutôt que de les laisser vagabonder" |
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| Commençons par faire connaissance : comment le groupe est-il né ? |
| Freddie (guitare) : On a commencé le groupe fin 2009 avec Justin. Un ami commun nous a présentés, et on a commencé à jouer ensemble. C'était très excitant. À l'époque on jouait avec d'autres personnes qui ont décidé de partir pour faire autre chose. Justin connaissait Arni (basse) et Arni connaissait Pete (batterie). Ça nous amène à mai/juin 2010, où Pete nous a définitivement rejoints, et c'est ça ce moment que nous sommes devenus The Vaccines. |
| Comment sont nées les premières chansons du groupe ? |
| Freddie : À nos débuts, nos chansons étaient un peu plus expérimentales, on s'intéressait plus à l'aspect sonique. Ça ressemblait à une sorte de wall of sound plein de réverb'. Un jour, Justin a eu l'idée de combiner deux chansons qu'on avait écrites, le refrain de l'une et les couplets de l'autre, et ça a donné "If You Wanna". C'est ce qui a donné l'orientation de toutes les autres chansons. C'était de loin ce qu'on avait fait de plus excitant : une pop song ! Après ça, c'était clair pour nous qu'il nous fallait continuer dans cette voie, et les autres chansons sont arrivées très vites à partir de là. |
| À votre concert au Nouveau Casino, j'ai surpris quelqu'un derrière moi dire "ça rappelle quelque chose", et je rajouterais même "ça rappelle quelqueS choseS". Quelles sont ces influences qui font l'essence des Vaccines ? |
Freddie : Entre Pete et moi, il y a beaucoup de différences, et entre nous quatre c'est encore plus disparate. On est juste de grands fans de musique, et je pense que c'est ce qui donne à notre musique cette "familiarité".
Pete : Mes premiers groupes préférés étaient Blur et Nirvana, ensuite j'ai évolué à partir de là. Nos backgrounds musicaux sont très différents. Arni vient d'Islande, et il a grandi avec des groupes plutôt obscurs de punk islandais (rires). Ses influences sont peut-être un peu moins familières que les nôtres. On est des élèves studieux de la grande Histoire de la pop music, et certainement que dans le processus d'écriture, ça a pu avoir une certaine influence. |
| Il y a cette phrase célèbre qui dit qu'on a vingt ans pour écrire son premier album, six mois pour écrire le deuxième. Est-ce que ça s'applique à vous, du coup ? |
Freddie : Dans un premier album, je pense que tes influences sont moins pertinentes, ou alors au contraire, plus pertinentes. C'est une combinaison de tout ce que tu as aimé en musique, et qui te marque de façon indélébile. Quand tu prends une guitare et que tu joues de telle manière, tu ne te dis jamais "je vais jouer comme un tel ou un tel", c'est juste dans ton sang.
Pete : Je pense qu'on a quand même fait les choses différemment de beaucoup de groupes. Souvent, les premiers albums résultent de quelques années d'écriture, d'affinage, de tournées?
Freddie : Mais on n'est pas différents?
Pete : Non, ce que je veux dire, c'est qu'une fois ensemble, on s'est enfermés pendant deux/trois mois et on a écrit toutes nos chansons d'un coup. C'est quelque chose que tu fais généralement pour un deuxième album, pas pour un premier, où tu te traînes des idées de projet en projet pendant des années? |
| Quel est le laps de temps qui sépare la plus vieille chanson de la plus jeune ? |
Pete : C'est même une des premières qu'on a écrites.
Freddie : C'est une face B tout simplement parce qu'elle n'était pas assez bonne. On a dû faire des choix au moment de finaliser l'album, et celle-ci n'était pas mauvaise en soi, mais on a préféré en faire une face B. On a aussi deux-trois nouvelles chansons qui ne vont pas tarder à sortir sous une forme ou une autre?
Pete : Pendant toute la période d'enregistrement et de mixage, on a continué à travailler et ces chansons en sont sorties, mais un peu tard. C'est toute histoire de timing et d'emploi du temps. |
| Votre concert au Nouveau Casino a duré 35 minutes. Est-ce que vous comptez faire des concerts plus longs à l'avenir ? |
Freddie : Il n'y a rien de mal à jouer 35 minutes. On est un nouveau groupe, c'est notre premier album?
Pete : Notre album FAIT 35 minutes (rires).
Freddie : Après, je dis ça mais je ne pense pas qu'on jouera pas beaucoup plus à l'avenir. Peut-être une chanson supplémentaire dans le set, mais pas plus.
Pete : On est tous de grands fans de musique, mais notre attention a toujours tendance à vagabonder un peu. On préfère capter l'attention de notre public pendant une courte période plutôt que de les laisser aussi vagabonder au milieu du concert.
Freddie : Ça nous a valu des problèmes, d'ailleurs. À Bruxelles, les gens étaient vraiment en rogne et nous attendaient à la fin du concert en disant "quoi, c'est tout ? Mais c'est la moitié d'un concert, là !!! Remontez sur scène et continuez". On leur disait qu'on n'avait pas plus de chansons, alors ils nous disaient d'aller rejouer les mêmes?
Pete : Je ne rejoue pas deux fois les mêmes chansons le même soir, moi? |
| Comme à son habitude, la presse britannique s'enflamme en ce moment sur The Vaccines, vous déclarant le nouveau meilleur groupe du pays? |
Freddie : Ça c'est le NME. Mais j'aime bien le NME, j'ai grandi avec. C'est le New Musical Express, c'est leur job de t'amener de la nouvelle musique toutes les semaines. Mais c'est vrai qu'ils ont cette tendance à s'emporter parfois, et à proclamer tel ou tel groupe sauveur du rock vingt fois par an.
Pete : Mais tu sais, à la fin, une chronique ou un article ce n'est rien d'autre que l'avis d'une personne. Que cette personne adore les Vaccines ou qu'elle les déteste, qu'elle n'hésite pas à le publier, mais c'est vraiment important que ça soit remis à son échelle. |
| Mais vous n'avez pas peur d'un éventuel retour de bâton ? Que les gens, après avoir été bien chauffés par les médias, finissent par être déçus par le résultat final? |
| Freddie : Il n'y aura pas forcément de retour de bâton, non. Parce qu'à la base, ce qui a provoqué tout cet engouement, c'est notre musique. Ça n'est pas parti de rien, non plus. Et si des gens sont venus nous voir par simple curiosité, j'espère qu'à la fin du concert on les aura convaincus. On retire aussi un bénéfice à tout ça. Mais on ne se laisse pas affecter par ce battage médiatique. Si tu commences à lire tout ce qu'on dit sur toi, en bien ou en mal, ça finit forcément par avoir un effet sur toi. |
| Est-ce pour ça que vous avez intitulé votre album "Qu'attendiez-vous des Vaccines ?", pour relativiser un peu ces attentes ? |
| Pete : Entre autres, oui. On a déjà vu certains aspects assez moches de l'industrie de la musique avant que notre groupe n'arrive. C'est à nous, en tant qu'individus, à apprendre à relativiser. Il faut qu'on apprenne à encaisser les coups, sinon ça peut te rendre dingue. Ça l'a fait à d'autres avant nous. Tu vas lire toutes ces gentilles choses et ça va gonfler ta confiance ; puis tu lis les trucs négatifs et ça va te briser? Ça peut être dur à vivre. Mais comme on a un peu d'expérience, on n'y fait pas attention. Encore une fois, ce sont des opinions et c'est très bien que les gens puissent les exprimer, mais de notre côté on peut les ignorer et se concentrer sur ce qui est vraiment important, c'est-à-dire essayer d'être le meilleur groupe possible. |
| Est-ce que vous appellerez le prochain "On vous l'avait bien dit !" ? |
| Freddie : Ah ah, oui, ça serait pas mal. Ou alors "C'est reparti pour un tour"? (rires). |
| Freddie, ton frère Tom est le guitariste de The Horrors, qui a connu le même genre de frénésie à la sortie de leur premier album. Est-ce qu'il t'a donné un conseil en particulier ? |
| Freddie : Non, pas vraiment. Il m'a juste beaucoup soutenu. On partage énormément de choses, il a toujours été un bon indicateur pour moi de ce qui est bon et ce qui ne l'est pas. C'est une grande inspiration d'avoir quelqu'un d'aussi proche, comme un membre de ta famille ou un très bon ami, qui a réussi à vivre de sa musique, qui te montre que c'est possible. |
| D'où vient toute l'idée de l'artwork autour de cet album, avec ces photos à la fois passées et intemporelles ? |
| Freddie : C'était quoi le nom de la boîte, déjà, La Camorra ? Quand on a commencé le groupe, on s'est envoyé plein de vidéos YouTube, de sites, de photos, des trucs qu'on trouvait visuellement beaux. C'est comme ça qu'on s'est retrouvé à donner à confier nos visuels à cette boîte de graphisme espagnole. On aimait le côté "americana" de ces photos. La première pochette qu'on a faite avec eux était "Post Break-Up Sex", avec cette grande photo, magnifique et solitaire, et on a continué à partir de là. Pour être franc, la photo de l'album devait d'abord être celle de "If You Wanna", mais on l'aimait tellement qu'on l'a prise pour l'album. |
| Le détail qui tue, c'est d'avoir mis le logo du label sur la pochette, comme on faisait dans les années 50 et 60? |
Freddie : C'est la seule raison pour laquelle on a signé avec Columbia (rires). Ce logo est tellement mythique ! Je ne pense pas qu'on l'aurait mis devant si ça avait été un autre label. Il était sur la pochette de disques tellement géniaux : Springsteen, The Clash?
Pete : Miles Davis, Johnny Cash? |
| Qu'attendez-vous de la France aujourd'hui ? |
Freddie : Hum, je ne sais pas vraiment. C'est plutôt à toi de nous dire ce que la France attend de nous (rires). Je sais qu'avec les quotas de musique française, même certains gros artistes anglo-saxons ont du mal à passer à la radio, donc je sens que ça ne sera pas évident de percer ici?
Pete : Je pense qu'on peut dire avec certitude qu'on attend de pouvoir revenir encore? deux/trois fois au moins. Et puis voir autre chose que Paris.
Freddie : J'aimerais bien voir Marseille, j'aime beaucoup leur équipe de foot? |
| Ah bon ? |
| Freddie : Non, je déconne (rires). |
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| Propos recueillis par Michael Rochette
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