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Interview de Trivium
Trivium
   
" Nous rêvons de passer à l’échelle supérieure pour avoir les moyens de voir les choses en grand"
   
Pour ce nouvel album, le travail du groupe semble être allé bien au-delà de la musique, notamment en ce qui concerne le visuel... Doit-on parler de concept pour In Waves?
Matt Heafy : L'idée majeure derrière les titres, les paroles, le graphisme, la pochette ou autre, reste que nous voulons laisser la libre interprétation à chacun. Il n'y a pas de réponse bonne ou mauvaise, mais nous voulons vraiment développer la vidéo sur un puis deux puis trois puis cinq ou dix clips. Nous voulons que ce soit artistique, mais que cela reste divertissant. Il y a de quoi faire. Ce qui m'a le plus influencé pour cet album, c'est le travail de certains réalisateurs: David Lynch, Lars Von Trier, Paul Thomas Anderson, Christopher Nolan. Il était plus important de regarder ce qu'ont fait ces réalisateurs que d'écouter de la musique, qui n'était pas essentielle pour moi cette fois-ci. Les seuls disques de groupes que j'ai écoutés étaient des bandes originales de films. Je considère que tous les albums que nous avons enregistrés sont comme des b.o. de films imaginaires, mais cette fois nous voulons réaliser le film qui va avec. Donc tout est étroitement lié. Nous avons un nouveau site, un nouveau logo, un nouveau Trivium, un nouveau look, un nouveau spectacle? Nous avons soigneusement réfléchi sur tous les détails tout au long de l'année dernière, et sur la musique depuis deux ans. Cela a représenté un énorme boulot et tout est presque terminé. Tout ça a été à la fois angoissant et amusant.
Alors que beaucoup de groupes reviennent aux basse ?party et filles?, vous vous orientez vers des choses plus cérébrales?
Matt Heafy : Oui, dans la majorité des vidéos de metal, on voit une bande de mecs jouant dans un bar ou un club de strip-tease, ou avec des gamins qui passent en l'air en BMX au-dessus de la tête du batteur. Cela ne nécessite pas beaucoup de réflexion. C'est sympa si c'est ce qui vous plaît, mais je préfère ce que d'autres genres de musique réalisent artistiquement. J'apprécie ce que font les groupes de rock indé ou autre. Ils ont fait certaines des meilleures vidéos, notamment des groupes comme My Chemical Romance ou Rammstein, un groupe qui est à la fois metal et différent. Ils ont réalisé des vidéos qui sont des mini films et je veux nous diriger vers cette direction. J'en ai marre de ces clips où on nous fait jouer en play-back la même chose vingt fois. Nous voulons changer la routine du metal. La première question de la première interview que nous avons donnée pour cet album était:?Qu'as-tu fait de tes cheveux?? C'est comme pour le reste, nous voulons changer les règles du jeu, nous éloigner des normes de ce qu'on peut faire dans le metal. Alors pour répondre à la question, j'ai donné mes cheveux à une association qui s'occupe de gamins atteints de leucémie. Ils ont pu faire des perruques avec. Mais les super fanatiques de metal me demandentavant tout: ?Qu'as-tu fait de tes cheveux? Cela veut dire que la musique va être plus modérée?? Non, en réalité, notre musique est plus heavy aujourd'hui. Certains morceaux ne sont peut-être plus aussi techniques, le morceau ?In Waves? possède le refrain le plus simple qu'on a jamais écrit. Il se joue sur une corde. Je vous montre? Deux notes, c'est tout. Nous n'avons jamais eu de choses aussi simples. D'habitude, nous sommes beaucoup plus ambitieux. Mais cela montre que nous voulions changer et faire comme on le sentait.
Comment vois-tu l'évolution du groupe, notamment au niveau du chant, depuis vos débuts où votre metal était assez complexe, allant au-delà de quelques riffs, avec ce mélange de passages hardcore et mélodiques, jusqu'à ce nouvel album où les morceaux sont plus ramassés, mais avec des parties vocales encore plus poussées dans les deux directions?
Matt Heafy : Mes parties vocales poussées ont été influencées par Chuck Billy (Testament), Phil Anselmo (Pantera), ou ce que faisait Chuck Schuldiner (Death) en plus grave, sauf à ses débuts? Ensuite il y a eu les groupes suédois de Gothenburg qui m'ont influencé pour les hurlements. Mais aujourd'hui, avec tous les différents courants, on ne peut plus dire d'où vient telle ou telle chose. On peut entendre tellement d'influences. Dans le milieu de ?Inception Of The End?, on joue à cent à l'heure, avec un chant poussé et un jeu de guitare à la black metal, mais on y a rajouté des harmonies à quatre voix, comme dans un orchestre, avec du chant en falsetto. Je n'ai jamais vraiment entendu ça avant. Nous avons fait tout ce que nous voulions cette fois et même bien plus.
Au départ la comparaison avec Metallica revenait souvent, mais il ne reste plus le moindre indice d'une quelconque parenté sur ?In Waves??
Matt Heafy : Oui, je ne sais pas à quoi ressemblaient les premières chroniques de Metallica, mais je suis certain que l'on disait qu'il voulait ressembler à tel ou tel groupe. On a dû les critiquer pas mal pour ressembler à un groupe punk alors que c'était un groupe de metal qui avait pas mal écouté de punk. J'étais le seul dans le groupe à être influencé par le hardcore ou le metalcore de la fin des années 90, début des années 2000. Mais nous n'avons jamais été un groupe de metalcore ou de hardcore, même si ça m'a imprégné. J'étais à fond dans Underoath, As I Lay Dying, qui étaient plus metal qu'aujourd'hui, ou encore les albums Tear From The Red de Poison The Well et Perseverance de Hatebreed? C'étaient les groupes que j'écoutais au lycée. Quand je me suis intéressé au metal, j'ai commencé avec Metallica, Pantera, Iron Maiden, Judas Priest, Black Sabbath? Ce qui m'a touché ensuite, c'était le death metal mélodique. Pour moi, The Jester Race de In Flames a vraiment changé la musique. Le Black Album m'a introduit au metal, mais The Jester Race m'a montré jusqu'où le metal pouvait aller et Alive Or Just Breathing de Killswitch Engage a fait le lien entre tout ça. J'ai toujours été influencé jusqu'à la préparation de In Waves. Cette fois, nous nous sommes repliés sur nous-mêmes, sans chercher à appartenir à un genre. Même sur Shogun, on pouvait encore dire que tel ou tel titre aurait pu être d'un autre groupe. Je me souviens quand Paulo (basse) nous a montré le riff de ?In Waves?, je me demandais d'où ça venait. C'était étrange, mais on s'est dit: ?Essayons, c'est un plan bizarre?? On n'avait même pas encore le titre. ?Dans les vagues? s'est imposé tout seul. L'album est si différent de tout ce qu'on a fait. Avant tout était monumental et metal, Ember To Inferno, Ascendancy, The Crusade, Shogun. Après ces titres épiques, on se demande pourquoi ce In Waves. Tout le monde va nous poser la question et j'en suis ravi.
Tu ne vas donc pas vraiment répondre et expliquer la signification de In Waves?
Matt Heafy : Pour moi, la signification change tous les jours. C'est la grande qualité de l'album. Tout y est propice à toutes sortes d'interprétations. Quand on va dans un musée comme le Centre Georges Pompidou, on ne te donne pas d'explication. Parfois on va avoir un conservateur qui va faire des commentaires: ?Ceci est l'expression de la colère et de la sexualité?? Mais c'est la vision d'un autre qui prétend que c'est ce que c'est censé vouloir dire. J'adore les arts plastiques, surtout parce que c'est un domaine dans lequel je suis incapable de faire quoi que ce soit. Je peux seulement donner des indications. C'est pour cette raison que nous avons une excellente équipe de graphistes. Quand je contemple une ?uvre d'art, je ne veux pas en connaître la signification. Je ne veux pas que quelqu'un m'aide à comprendre ce qu'elle est c'est censée signifier. Je veux la contempler et sentir au plus profond de moi ce qu'elle me transmet. Ce sont donc les arts plastiques qui m'inspirent plus que le reste, dans la mesure où je ne les maîtrise pas et qu'ils m'effraient autant qu'ils me lancent un défi. J'adore venir à Paris et y rester un peu plus longtemps pour visiter les musées et aussi observer l'architecture des bâtiments. C'est pareil avec le Japon. Paris et Tokyo sont deux de mes villes préférées, avec leurs arts, leur cuisine, les gens qu'on y rencontre, l'architecture? Il y a quelques autres endroits qui me plaisent aussi et j'ai vu des musées fantastiques un peu partout dans le monde. Mais la cuisine et les musées sont mes deux centres d'intérêts principaux. Pour la cuisine, j'ai toujours le temps, mais les musées, ce n'est pas toujours facile. Toutes ces expériences, ajoutées au travail de certains metteurs en scènes, c'est ce qui a nourri In Waves.
Avec les avancées technologiques, et pas seulement Internet, tout est interconnecté et on ne peut plus aborder la musique simplement en jouant avec un instrument, ou l'apprécier, comme au temps du vinyle, simplement en mettant un disque et en fermant les yeux?
Matt Heafy : Oui. Nous essayons de préserver une partie de ça. Je comprends que tout soit devenu numérique? La dernière fois que j'ai acheté un album ?physique?, il y a un mois, c'est parce que je n'arrivais pas à le trouver sur iTunes. D'habitude, je m'achète tout sur iTunes. Cela va paraître prétentieux, mais les seuls Cds que j'ai conservés sont les nôtres. J'ai toutes les versions de nos Cds. Ce qui est sympa, c'est qu'il y aura un tirage spécial-collector de In Waves, une édition vinyle, une autre avec un Cd et un DVD, avec à chaque fois un emballage différent? Plus tard, il y aura une autre avec un album photo. On a besoin d'un support physique cette fois.
Vous pensez pouvoir rester dans la continuité avec un décors et des effets sur scène?
Matt Heafy : Tout à fait, nous ne sommes pas un groupe célèbre, nous sommes moyennement connus. Mais nous rêvons de passer à l'échelle supérieure pour avoir les moyens de voir les choses en grand. Je suis très jaloux de Lady Gaga et de sa House Of Gaga. Elle bénéficie d'une équipe remarquable. C'est presque ce que nous avons aujourd'hui, avec le créateur qui a réalisé la pochette et le site, le photographe qui a réalisé le documentaire, les clichés du groupe et les bande annonces, le styliste qui a conçu nos vêtements, le vidéaste qui a filmé le groupe sur scène pour le DVD? Nous avons notre petite équipe et c'est vraiment exaltant. Quand les choses avanceront, nous pourrons recréer le monde de In Waves sur scène, tel que vous l'avez vu sur la vidéo. Voilà notre objectif. J'adorerais construire les paysages de In Waves sur notre scène. Mais pour ça il faut un budget. Donc on se contera au départ d'un simple décor. Et dès que nos moyens le permettront, nous commencerons à incorporer les visuels de l'album. Je voudrais quelque chose qui en mette plein la vue sur scène et pour ça, il va falloir qu'on vende quand même pas mal d'albums. Avec un peu de chance, ce sera le cas.
Trivium était l'un des groupes les plus stables, mais vous avez récemment changé de batteur, Nick Augusto remplaçant Travis Smith, ça n'a pas changé l'ambiance fraternelle qui vous caractérisait?
Matt Heafy : Non, au contraire, Nick a vraiment sauvé le groupe. S'il n'était pas arrivé dans Trivium, nous ne serions plus là et je ne serais pas là à donner cette interview. Nous nous serions probablement séparés. Après The Crusade, nous étions au bord de la rupture. Shogun nous a un peu ressoudés. Mais ça restait fragile. Je ne dis pas que c'était la faute de Travis ou de quelqu'un en particulier. L'alchimie entre nous quatre ne fonctionnait plus. Nous n'arrivions plus à progresser. Ce n'était la faute de personne, mais nous n'avancions plus ensemble. Nous étions encore capables de faire des choses. Mais ça valait mieux pour tout le monde. Travis est bien mieux là où il est et nous aussi. Nous ne nous sommes plus parlés depuis, mais je lui souhaite le meilleur. En ce qui nous concerne, je sais que le meilleur est à venir avec le travail que nous avons fourni. Avec Nick, tout a été merveilleux. Nous nous comprenons parfaitement. Nous partageons tous la même vision, désormais.
Il n'y a plus la moindre tension?
Matt Heafy : Non, pour cet album, chacun a pris sur soi. Si quelqu'un apporte une chanson qui ne fait pas l'unanimité, même s'il y a mis des mois, on lui dit que ça ne colle pas et on la met au panier, même s'il sera peut-être un peu vexé. En studio, je travaillais sur les parties vocales et Paulo me disait: ?Non, essaie autrement?? Sur le moment ça énerve, mais nous restons comme une famille, pas comme des meilleurs amis, une vraie famille. Quelques fois, on se bagarre et on se fait la gueule, mais, au final, on peut toujours compter les uns sur les autres.
Quelle est ta vision de Trivium dans le metal actuel? Nous ne sommes plus vraiment à l'époque où les groupes rivalisaient, où les genres étaient soigneusement délimités, où il y avait des rites, ce qu'on devait faire ou ne pas faire pour rester metal, mais vous ne faîtes toujours pas l'unanimité, non?
Matt Heafy : L'élitisme est toujours aussi impitoyable aux USA ou en Grande-Bretagne, avec tous ses courants et ces catégories. Nous sommes le genre de groupe que l'on adore ou que l'on déteste franchement. Et c'est peut-être vrai aussi dans le reste du monde. C'est une bonne chose. Ce serait terrible si on se contentait d'un accueil indifférent, même si cela doit exister aussi. C'est principalement ou l'amour ou la haine, avec une plus forte proportion de gens qui nous aiment. C'est cet élitisme qui empêche les groupes de devenir énormes. Vos groupes préférés n'arrivent plus à se sortir du lot, parce qu'on a des réactions du genre: ?Mon groupe préféré ouvre pour un groupe de merde, je n'irai plus les voir?? C'est décourageant pour beaucoup de groupes qui ne peuvent plus tourner. Le plus étrange c'est qu'il n'y a plus de nouveaux groupes de metal. Je n'en vois plus. Tout ce qui marche c'est le deathcore. J'en suis ravi pour les groupes de ce style, mais ce n'est pas ce que je préfère. Je suis un fan de metal, ils viennent plus du hardcore et du punk. C'est cool, on a le droit d'aimer. Mais ils restent tous dans la même scène. Personne n'essaie de franchir les frontières. Il n'y a plus de groupes de metal novateurs. Quand nous avons été signés, rien qu'aux États-Unis, il y avait Killswitch Engage, Shadows Fall, Lamb Of God, God Forbid... Ils étaient à l'avant poste du metal américain. Je ne dis pas qu'ils n'y sont plus, mais ils sont isolés et font chacun leur truc de leur côté. Et nous, je ne crois pas que nous ayons vraiment collé au genre. Nous avons toujours développé notre propre style. Pour tous ceux qui nous détestent depuis toujours, quoi que l'on fasse, l'insulte suprême estque Trivium ne fait rien d'autre que du metalcore et maintenant on parle même de deathcore. C'est ridicule. Ce genre de scènes disparaît au bout de deux ans. Alors que nous avons notre propre style. C'est toujours du metal, mais on va souvent au-delà. Nous faisons surtout de la musique. Nous faisons du Trivium. Il y a quelques groupes de metal révolutionnaires. Je pense à Gojira. C'est un groupe qui devrait devenir gigantesque dans le monde entier. Il le mérite, ce qu'il fait est formidable. Je sais qu'il marche bien en France. Mais il n'est pas totalement novateur. Personne aujourd'hui ne vient complètement changer les règles. Nous faisons partie de ceux qui ont cette responsabilité et qui doivent reprendre le flambeau du metal. Les groupes suédois sont encore là. Ils font des trucs sympas, mais rien de révolutionnaire non plus.
L'histoire se répète aussi, comme avec ce rassemblement du Big 4 du thrash metal, derrière Metallica, avec Slayer, Megadeth et Anthrax?
Matt Heafy : C'est un truc sympa, mais où est le nouveau Big 4? Voilà la question que je me pose en tant que fan de metal. Je crois qu'il faut que nous nous y collions. On y compte bien.
Metallica a besoin d'une vraie rivalité. Ce serait mieux pour eux comme pour nous?
Matt Heafy : Nous arrivons, ils n'ont qu'à bien se tenir. Nous sommes là à cause d'eux. Ils ont montré ce qu'un groupe qui veut dominer la planète peut obtenir. Et nous voulons aussi dominer le monde. Nous voulons jouer partout et aussi longtemps que nous le désirons. Nous voulons jouer trois ou quatre soirs de suite à Paris et visiter dans toutes les villes du Japon, du Moyen-Orient, d'Afrique du Sud, d'Amérique du Sud? Il fallait une musique qui peut surmonter la barrière de la langue. Nous sommes persuadés que notre musique peut accomplir ça. Shogun était assez ambitieux. Ceux qui ne maîtrisent pas l'Anglais devaient aller chercher dans le dictionnaire pour comprendre le sens de Charybdis (Charybde) ou de quoi parle cette chanson sur l'anxiété... Sans renier ça, nous nous exprimons aujourd'hui plus directement à partir du cerveau et du c?ur. J'avais dû pousser un peu ma réflexion. Mais pour ce nouvel album, j'ai laissé l'instinct s'exprimer beaucoup plus. Les paroles de ?Built To Fall? sont du premier jet. Je l'ai remanié dix fois, avant de revenir à la première version. Pour ?Forsake Not The Dream?, je n'arrêtais pas de réécrire, j'employais le mot ?chérie? dans le refrain et Corey et Nick détestaient. ?Mec, ça fait lavette, tu ne peux pas mettre ce mot?? Alors j'ai changé. Et j'ai aussi changé le son de ?Capsizing The Sea?? Je m'y suis repris à plusieurs reprises et je suis heureux qu'ils m'aient fait changer. Cela m'a fait comprendre ce que j'aimais vraiment, avant de revenir à la version initiale. On y réfléchit toujours à deux fois et on se remet toujours en question, pour faire ressortir ce qui vient du c?ur, ce qui s'exprime naturellement, et ne pas tout intellectualiser inutilement. Juste pour paraître intelligent. Nous tenions à ce que ça nous ressemble avant tout.
Un grand pas a encore été franchi au niveau des parties vocales. Comment vous êtes-vous répartis le chant?
Matt Heafy : J'ai tout assuré à 100%. En live, Paolo m'aidera pour les harmonies et certains cris d'accompagnement. Nous tellement répété cette fois que je savais exactement tout ce que je devais faire. Les respirations que je devais prendre à tel ou tel endroit. Sur The Crusade, il y avait des déluges de mots qu'il m'était physiquement impossible de reproduire sur scène. C'est pour ça qu'il fallait que je partage souvent avec les autres. Je voulais voir de quoi j'étais capable cette fois-ci. En ce qui concerne les harmonies, je chante plus aigu qu'avant et il y a même des parties à la Rob Halford, elles sont un peu en retrait, comme sur ?A Gray So Dark?, un des titres mis de côté pour accompagner un single, avec un falsetto suraigu. Il y a du chant très grave à la death metal sur ?Dusk Dismantled?, ?A Skyline's Severance? ou ?Chaos Reigns?. Tout est venu sans effort. J'obtenais tout ce dont j'avais besoin. Pour les voix claires, c'était plus compliqué. Nous avions bossé cinq chansons en une semaine, huit heures par jour, et, même si les notes étaient juste, je ne chantais pas avec suffisamment d'émotion à mon goût. L'équipe a décidé de tout effacer et de reprendre de zéro. J'étais miné, ça m'avait pris du temps et beaucoup de travail. On a dit à notre label qu'il allait nous falloir deux mois de plus et ils ont répondu: ?Fuck, certainement pas, vous terminez maintenant. On vous donne deux semaines!? Robb Flynn (Machine Head) m'a appelé pour me donner certains de ses secrets au chant. Je suis retourné au studio et j'ai fait un malheur. J'ai enregistré certaines des meilleures parties vocales de ma vie. La dernière partie que nous avons enregistrée était le pré refrain de ?Built To Fall? et à ce stade, ma voix était idéale. C'était formidable. Une semaine plus tard, les autres m'ontdit: ?Tu sais quoi? C'était tellement bon, il va falloir que tu refasses les autres parties aussi bien.? J'ai dû complètement réenregistrer quatre ou cinq chansons trois fois pour cet album. Pour le chant, nous avons travaillé avec Elvis Baskette, qui a travaillé pour Ratt, Taking Dawn, il collabore sur un super nouveau projet avec Ronnie (Radke), l'ancien chanteur d'Escape The Fate. Avec Elvis, on a refait ?Built To Fall?, ?Watch The World Burn?, ?A Gray So Dark? et une ou deux autres. Certaines ont donc été refaites trois fois, nous voulions que tout soit parfait. C'était un sacré boulot.
Vous n'en avez pas profité pour enregistrer des reprises, éventuellement pour un tribute?
Matt Heafy : Nous y avons pensé. Nous avons failli reprendre ?Unchained? de Van Halen, mais ça n'a pas marché. Il y a une reprise sur la ?special edition? de In Waves, ?Slave New World? (Sepultura), que nous avions faites il y a un moment, mais que personne n'avait entendue et qui ne figurait pas sur un album. Comme ?Shattering The Skies Above?, elle fera partie des cinq bonus de l'édition spéciale. On n'en a jamais fait autant. Il y a un instrumental, deux chansons de plus prévues pour In Waves, plus ?Slave..? et ?Shattering??. Il y a de quoi faire, avec l'album normal, l'édition spéciale, le vinyle, ultimate? Mais si vous ne voulez pas vous ruiner, contentez-vous de l'album normal. Sinon, vous aurez l'embarras du choix.
Vous arrivez à projeter Trivium dans un avenir lointain, ou vous préférez vivre au jour le jour?
Matt Heafy : Cela dépend. Certains jours, nous sommes contents de ce que nous avons, mais dans une interview ou l'autre, il m'arrive d'être critiqué parce que je ne montre pas mes ambitions. Nous avons fait un showcase pour Roadrunner au cours duquel nous leur avons montré les images, les vidéos, comme à vous tout à l'heure, en leur expliquant tout. Et nous leur avons dit aussi que nous avons tourné avec tous les groupes qui nous avaient inspirés, tous nos héros: Iron Maiden, Metallica, Slipknot? Avec Slipknot, nous nous disions: ?Ces mecs sont géniaux. Voilà où nous voulons arriver d'ici trois ou quatre ans. Nous voulons atteindre ce niveau-là.? Et puis nous regardons nos héros, Maiden ou Metallica et nous visons aussi le même genre de réussite. Nous savons que cela représente du temps et des efforts. Cela représente aussi de la chance, mais c'est surtout énormément de dur labeur. Et il faut surtout d'excellentes chansons. Il ne faut pas forcément beaucoup de technique instrumentale. Ils arrivent à jouer des parties de guitares incroyables, mais c'est surtout une formidable chanson qui permet aux gens de communiquer, de surmonter la barrière des langues et de transcender les goûts musicaux. Cela ne signifie pas qu'on se dit: ?Allez, on va écrire des chansons pour le public pop.? Elles doivent rester des chansons qui nous plaisent avant tout. Et si elles touchent les gens, tant mieux. Je crois que nos nouveaux titres vont au-delà de quelques chansons de metal de plus, sans être de la pop. Ce sont des morceaux de Trivium. C'est comme pour Metallica. Quand on écoute Master Of Puppets, c'est bien plus qu'un album de thrash, de metal, de speed ou autre... C'est Master Of Puppets, point final! Pareil pour le Black Album. Je l'adore. La plupart des anciens fans de Metallica le détestent. Mais c'est celui qui m'a converti au metal. Il m'a montré tout ce qu'on pouvait se permettre de différent avec le metal. Il est accrocheur, avec une grande technicité? In Waves est aussi simple d'apparence, mais avec une certaine technicité. Il est très mélodique, mélangeant évidence et complexité? C'est comme ça que l'album nous est venu.
Tu ne crois pas que, d'une certaine façon, le metal était un peu trop borné ces dernières années?
Matt Heafy : Tout à fait. Le problème reste tous ces sous-genres et cet élitisme dont j'ai parlé. C'est ce qui tue les groupes et les empêche de s'épanouir. Lorsque nous sommes arrivés, la majorité des fans de metal traditionnel se sont dit que nous n'étions pas leur truc parce que nous avions les cheveux trop courts. Ascendancy ou Shogun en a convaincu certains. Tout se résume souvent à l'image. J'ai l'impression que les gens ont trop peur d'avouer ce qu'ils aiment vraiment. Et ce n'est pas valable que pour la musique. Je vois des mecs qui prétendent n'aimer que les films d'art et d'essai et qui regardent en cachette South Park, Family Guy? Des trucs qui ne les mettront pas en valeur intellectuellement. Dans le metal, j'ai été un fan de black metal exigeant et je me souviens que je rejetais tout ce qui chantait trop et surtout, ce qui plaisait à tout le monde. Dans la vie, il ne faut pas se fixer de limites. On ne vit qu'une fois et il y a tant de choses à connaître? J'aime utiliser la métaphore de la cuisine, surtout à Paris, la ville qui en est probablement la capitale mondiale. N'écouter qu'un style de musique, c'est comme ne manger qu'un seul genre de cuisine. Comme tous ces groupes américains que je vois venir en Europe, surtout en France, et qui me disent: ?Je ne supporte pas la cuisine locale, je préfère aller chez McDonald ou Subway. Je ne mange que des frites ou du chili...? On gâche sa vie et c'est pareil pour la musique. Il faut élargir ses goûts à d'autres genres. Il y a tant à entendre, à raconter, à voir? Pendant qu'on enregistrait In Waves, j'écoutais Mumford & Sons, du jazz brésilien, de la bossa nova, Depeche Mode, de l'electronica? On trouve de la bonne musique partout si on l'aime vraiment. Si tu ne sais pas pourquoi, tant mieux, tant que tu aimes. J'aime David Lynch, mais j'aime aussi Dumb And Dumber. J'aime l'art et la simplicité, comme j'aime South Park et les dessins animés, tout comme j'aime découvrir des toiles dans les musées. On a le droit d'aimer ce qu'on veut. Il n'y a pas à culpabiliser.
Ne crois-tu pas qu'il faudrait réaliser une version musicale de Supersize Me, dans laquelle on irait jusqu'à ruiner sa santé à n'écouter qu'une seule musique?
Matt Heafy : Exactement. Il y aurait de quoi faire!
   
Propos recueillis par Jean-Pierre Sabouret
     
     
     
     
 Artiste
 Trivium


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Trivium" 05/08/2011


 Chronique(s) Date publication
 Trivium : In Waves 09/01/2012


 News Date publication
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