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Interview de Underworld
Underworld
   
Vous vous souvenez de ce morceau electro extrait de la BO du film « Transpotting » ? Et bien les responsables de cette tuerie sont de retour. On avait logiquement quelques questions à leur poser…
   
Pourquoi s’est-il écoulé cinq ans entre votre précédent album et celui-ci ?
Karl Hyde : Il y a affectivement eu cinq ans entre les deux derniers albums mais nous avons fait d’autres chose entre temps. Nous avons mis des morceaux à télécharger en ligne à la disposition du public, la version japonaise de notre précédent album, des 12 inches, notre télévision sur Internet, et des émissions de radio en direct de nos concerts. Nous avons été très productifs mais c’est le premier disque que l’on sort de manière plus traditionnelle depuis quelque temps. Nous avons eu besoin d’expérimenter de nouvelles choses pour éviter d’être piégés dans notre propre monde. Cela devenait ennuyeux de travailler toujours de la même façon. Nous n’y voyions pas d’avenir intéressant. Il nous fallait changer certains aspects de nos vies et de notre création.
Dans quel état d’esprit étiez-vous à la fin de votre dernière tournée ?
Nous étions en tournée en Australie et nous avons réalisé que ce n’était pas très intéressant de continuer à fonctionner ainsi. Nous voulions être plus polyvalents plus excitants et nous mettre d’avantage en danger.
Vous avez sorti une anthologie. Quel sentiment avez-vous éprouvé en vous replongeant dans votre propre musique ?
C’était assez étrange. Je n’aime pas revenir en arrière mais heureusement Steve a fait tout le travail ce qui m’a évité de trop m’impliquer dans le projet. J’avoue que faire des disques n’est pas mon point fort. Des gens avec plus de talent que moi se sont chargés d’assembler les morceaux.
Vous avez réalisé des bandes originales de films. Etait-ce quelque chose de planifié ?
Nous aimons les musiques de film depuis que nous sommes petits. Cela fait partie des sonorités Underworld depuis toujours. Le nom « Underworld » vient de la bande originale d’une œuvre cinématographique du même titre sortie en 1986, utrès mauvais film de science-fiction basé sur un roman de Clive Barker. Nous avons enregistré l’album pour cet opus et pour des émissions de télévision. Plus tard dans les années 1990, nous avons composé beaucoup de musiques pour des publicités. C’était quelque chose que nous avions toujours voulu faire. Puis nous avons écrit la musique de Trainspotting de Danny Boyle. C’était la cinquième fois que l’on travaillait sur un projet avec lui. La musique de film est une facette permanente de notre épopée musicale. Ces deux dernières années ont été très intenses, nous avons été très productifs.
Quelle était votre musique de film préférée quand vous étiez plus jeune ?
2001 : L’Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick. La musique qu’il a choisie portait véritablement le film. C’était typique des sonorités de science-fiction et cela m’a beaucoup influencé.
Comment en êtes-vous arrivé à réaliser la bande originale de Breaking and Entering ?
Le réalisateur, Anthony Minghella, nous a contactés. Il avait écrit ce film en écoutant notre musique et avait adoré le côté ésotérique d’Underworld, en particulier sur un titre. Il nous a demandé si nous étions intéressés par une collaboration avec Gabriel Yared en délaissant les rythmes et les refrains soutenus. Nous avons rencontré Gabriel et avons sympathisé immédiatement. Ce trio improvisé s’est rendu en studio et nous avons commencé à bœufer et à élaborer des idées qui sont devenues des thèmes du film. C’était remarquable de travailler avec Gabriel. Il est très tolérant et en studio nous avons découvert des côtés inexplorés de sa personnalité. D’habitude, c’est lui le chef d’orchestre, celui qui dirige les autres musiciens mais là, il s’asseyait au piano et jouait du jazz. Il a une grande connaissance du rythme qu’il a étudié au Brésil quand il était jeune. Il a apporté cette touche et encouragé Rick Smith et moi-même à jouer des instruments traditionnels. Nous avons beaucoup improvisé et ses musiciens habituels étaient un peu choqués de cette pratique. On aurait pu lui donner un accordéon et lui dire « Vas-y joue » et il aurait accepté. Comme il habite la moitié de l’année à Paris, nous travaillions beaucoup par Internet. C’est devenu une habitude pour Rick et moi de composer ainsi toutes les bandes originales.
Gabriel connaissait-il votre musique ?
Un petit peu. Mais cela importait peu car nous avions un terrain et un feeling communs pour la musique, comme si nous nous connaissions depuis des années. Nous avons décidé de faire un autre album ensemble avec un orchestre. Nous attendons le moment propice et il aimerait aussi jouer sur scène avec nous. Ce serait génial, c’est un grand musicien et un homme très généreux.
Vous avez également réalisé la bande originale de Sunshine. Avez-vous rencontré Danny Boyle grâce à Trainspotting ou le connaissiez-vous déjà auparavant ?
Nous avons rencontré Danny sur Trainspotting et nous sommes devenus complémentaires. Par la suite, nous avons composé la musique de A Life Less Ordinary, un morceau pour La Plage et quelques titres pour un téléfilm que Danny a écrit. Ensuite, nous avons travaillé sur Breaking and Entering avant même que le film ne soit tourné et nous avons eu la chance de participer à la production. Au même moment Danny est venu nous proposer un autre film et nous lui avons dit que nous n’avions pas le temps d’y collaborer. Il nous a quand même demandé de jeter un coup d’œil aux rushs et nous avons été fascinés. Il voulait que nous composions des morceaux très électroniques et complexes. Nous lui avons proposé quelques idées en studio qu’il a acceptées. Le film durait deux heures et il nous a laissé une grande liberté. Nous avons enregistré tous les bruits possibles : des portes qui se ferment, qui grincent, des sons de navettes spatiales, des conversations dans une pièce. Sur Breaking and Entering nous n’avions même pas vu le film avant de composer la musique. Gabriel était habitué à travailler avec Anthony alors nous nous sommes reposés sur lui. Au final, nous avons donné environ cinquante morceaux à Anthony parmi lesquels il a choisi ceux qui correspondaient le mieux à son univers. Je ne connaissais pas le travail de Gabriel auparavant. Sa performance sur la bande originale du Patient Anglais a transformé ma manière de jouer du piano. Avant j’étais un piètre pianiste et le fait d’entendre Gabriel jouer a été un déclic. Pour Rick, il a aussi été une grande influence.
Quelles musiques vous ont inspiré ?
Nous nous sommes intéressés à la réintroduction de la musique électronique qui passait alors dans les clubs allemands. C’était un retour à nos premiers amours musicaux, comme Kraftwerk ou Tangerine Dream. Nous participions à des émissions de radio en ligne en même temps avec beaucoup de labels indépendants. Cela nous a également influencé. Nous avons ralenti et simplifié un peu les rythmes car c’était la tendance en Allemagne à l’époque. Nous savions que nous allions jouer sur beaucoup de plateaux télévisés avec Gabriel alors nous avons cherché le moyen le plus harmonieux de concilier nos musiques. Nous écoutions beaucoup d’artistes différents tels que le label Cocoon ou Matthew Johnson. Larry Mullen de U2, qui joue sur « Boy Boy Boy », nous a beaucoup inspiré. Darren Price a aussi fait quelques remix qui ont contribué à changer la tonalité de l’album.
Pouvez-vous expliquer le principe de votre télévision sur Internet ?
Nous voulions faire cela depuis plus d’une vingtaine d’années : être à plusieurs endroits à la fois. Nous avons joué en direct sur la web radio de Underworld.com et avec des webcams nous ont pris quelques photographies. Mais nous voulions aller encore plus loin et filmer en proposant des séquences en haute définition. Nous avons enregistré plusieurs jams sessions qui se sont très bien déroulées. C’était fantastique. Maintenant, nous allons créer une série de vidéos sur Quicktime pour que les internautes puissent les consulter. Pendant longtemps, nous avons cherché à produire un contenu visuel pour le site Internet. C’est un rêve devenu réalité. Sur la web radio, certains morceaux de notre dernier album sont disponibles depuis deux ans. Ce qui était une version définitive à l’époque a évolué et a été finalisé différemment. Rick a exploré nos archives et sélectionné ce qui nous plaisait le plus et nous avons mis ces titres à disposition de tous sur la web radio. Sans quoi, ils seraient tombés dans l’oubli.
Allez-vous poursuivre ce projet ?
Nous avons consacré beaucoup de temps aux bandes originales de films et à ce dernier album. Cela fait maintenant plus d’un an que nous n’avons rien fait pour la web radio et nous avons envie d’y revenir. Beaucoup de labels indépendants continuent de nous envoyer des démos. Tous les jours, nous mettons en ligne le lien d’un nouvel artiste en le recommandant. Nous essayons de faire découvrir d’autres musiques aux internautes. Underworldlive.com est devenu un magazine que nous actualisons tous les jours avec des téléchargements, des livres, de l’art et des émissions de télévision. Toute activité qui est liée à la réalisation de notre musique est répertoriée sur ce site. Si nous voulons sortir un nouvel album dans deux jours ce serait possible grâce à Internet. Nous n’avons pas besoin d’attendre plusieurs années et c’est tout à fait en phase avec notre manière de penser.
Dans quel état d’esprit avec vous composé ce dernier album ?
L’équipe qui nous entoure nous a beaucoup aidé. Chacun a fait une liste de ses morceaux préférés et nous avons gardé des chansons que nous n’avions pas encore sorties mais qui existaient déjà. Tout le monde a ainsi compilé les titres à son gré comme un patchwork. Nous avons essayé de conserver ce fonctionnement jusqu’à la dernière seconde.
Que signifie le titre de l’album ?
L’expression « Oblivion With Bells » provient d’une des chansons de notre album « Faxed Invitation ». Nous ne cherchions pas vraiment de titre mais attendions plutôt que le nom tombe du ciel et soit une évidence mais cela ne s’est jamais produit. Alors, nous avons pensé que la formule « oblivion with bells » fonctionnait très bien. En anglais, l’expression « with bells » veut dire « plus que ce à quoi on s’attend». Donc le titre de notre disque signifie « un état d’oubli plus fort que tout ce que l’on pourrait imaginer ». Cet album a été enregistré partout dans le monde grâce à nos ordinateurs portables et à nos home studios. Les quatre diques que nous avons enregistrés dans les années 1990 étaient des albums studio. Nous avons aussi enregistré dans le studio des Beatles, Abbey Road, mais n’y sommes pas retournés depuis 1982. Je crois que nous avons été l’un des derniers groupes à encore utiliser ce vieux matériel. Nous avons enregistré Breaking and Entering au même endroit avec un orchestre philharmonique et le percussionniste d’Herbie Hancock qui a apporté une incroyable rythmique. Il a joué sur tous les titres et Rick a choisi ce qu’on allait conserver. Tout ne peut pas être gardé sur un disque.
Vous partez bientôt en tournée ?
Nous commençons avec un concert à San Francisco puis nous irons au Royaume-Uni, en Europe et au Japon. Nous serons trois sur scène avec car Darren Price participera à la tournée. C’est génial d’avoir une troisième paire de mains capable d’improviser toutes sortes de sons et de si bien maîtriser l’usage des machines.
   
Propos recueillis par Damien Almira
     
     
     
     
 Artiste
 Underworld


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Underworld" 19/10/2007


 News Date publication
 Nuit sonores à Lyon 26/04/2008


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