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Interview de Vaï
Vaï
   
«Je suis marocain mais mon son est montréalais avec une couleur franco-américaine.»
   
Tu arrives en France avec Ma Raison, ton second album. Peux-tu expliquer comment tu es venu au rap ?
Vaï : Les premiers MCs que j’ai écouté, c’était au Maroc. On écoutait Dr Dre, Snoop Doggy Dogg, les Lost Boyz. Puis, quand je suis arrivé à Montréal, en 1993, il y avait une amie qui avait organisé une soirée avec une scène. Je suis monté dessus, j’ai pris le micro. Et quand je suis redescendu, j’ai décidé que l’expérience n’allait pas s’arrêter là. J’ai commencé à écrire. Et c’est là que je suis vraiment devenu MC. Minea : Moi c’était à l’école. Je répétais des textes de rappeurs. On m’a dit que j’avais une belle voix et que je devais essayer. Et c’est comme ça que j’ai débuté. Puis j’ai fait la rencontre de Vaï à Montréal. Comme c’est une petite ville, tous les MCs se connaissent.
Elle est comment la scène rap à Montréal ?
Vaï : Il y a pas mal de groupes underground. Il y a plein de shows qui s’organisent à droite et à gauche. On a une chaine qui passe tous de clips, Musique Plus. Mais on n’a pas de radio commerciale qui passe du rap. Le marché est donc petit. Il n’y a pas de grosses ventes comme ici. Mais il y a quand même beaucoup de groupes qui ont du talent.
Quand tu as commencé, quelles ont été les principales difficultés ?
Vaï : En 1994, c’était difficile parce que le rap venait à peine de commencer à Montréal. Je me suis fait connaître grâce à beaucoup de scènes. J’ai fait par mal de show et me suis fait bien connaître avec mon groupe LMDS. C’est à qu’on s’est fait remarqué et signé.
C’est quoi la différence entre Vaï en solo et en groupe ?
Vaï : En fait, dans le groupe on était deux : moi et K-Maro. On a sorti deux albums sur le territoire canadien. Une fois qu’on a finit le second album en promotion et en shows, on avait grandit. On divergeait par rapport à la musique. C’est là que j’ai décidé de partir en solo. J’avais des choses à dire seul. C’est alors que j’ai sorti Street Life, en 2003.
Sur l’album Ma Raison, il y a une vraie urgence à être un rappeur. Comme si tu devais te battre pour le Hip-Hop…
Vaï : C’est exactement ça. Je rappe depuis 1994. C’était très dur au départ et jusqu’à dernièrement. Sur le titre Ma raison, j’explique à quel point le rap est important dans ma vie. La chanson décrit bien les difficultés que j’ai rencontrées tout au long de ma carrière. Pour moi c’était important d’informer les gens.
Djamer, est un morceau sur tes origines. Pourquoi était-ce important pour toi d’en parler ici ?
Vaï : J’ai vécu 13 ans au Maroc donc c’est quelque chose qui va toujours m’influencer dans ma manière d’écrire. C’est là-bas que j’ai passé toute ma jeunesse. Ou j’ai appris toutes les valeurs qui me portent aujourd’hui. Je reste marqué par l’éducation de mes parents. Et au niveau de la musique, forcément je suis très attiré par les instruments à cordes. Djamer c’est un morceau qui est né dans mon appartement, à la guitare. On a commencé un petit riff et le texte est venu tout seul. Avec Minea on a un peu le même parcours. Il est né au Maroc et il a de la famille en France. Moi c’est le contraire. Je suis né ici et j’ai de la famille au Maroc. Et on vit à Montréal depuis lui 1989 et moi 1993.
Comment as-tu travaillé les productions de cet album ?
Vaï : Il y a seize versions sur cet album et j’en ai fait quinze. Pour moi c’est très important de bien travailler l’instru. Vu que nos voisins, ce sont les américains, on est très influencés par leur son. C’est sûr qu’on niveau de la prod, ça va se sentir. Et au niveau du flow aussi.
Justement, quels ont été tes influences ?
Vaï : Jay-Z. Beaucoup de Kanye West pour la prod. Lil Wayne, Busta Rhymes…
Etant de Montréal, tu n’as jamais eu envie de faire un morceau en anglais ?
Vaï : Je parle un peu anglais, je comprends très bien mais je ne suis pas encore assez à l’aise dans cette langue.
Pour revenir sur les productions, il y a une grosse influence reggae. D’où cela te vient-il?
Vaï : J’écoute beaucoup de Bob Marley, je pense comme tout le monde. Je suis très influencé par cette musique. Sinon, poser sur riddim reggae, ce n’est pas si difficile. Dernièrement, j’ai posé sur un rythme chaabi marocain, pas du tout fait pour le rap. C’es un peu un challenge de poser des textes de rap sur des riddims dont on n’a pas forcément l’habitude.
Tu es également influencé par le reggae dans tes textes, tes messages…
Vaï : Oui. A Montréal, comme je l’ai déjà dit, on est très influencé par le côté américain. On parle beaucoup en franglais. Ca s’est forcément retrouvé dans les textes.
Tu as mis peu de « patois » canadien. Pourquoi ?
Vaï : Je pense que la manière dont je rappe sur l’album et les mots choisis, ce sont un peu ceux qu’on utilise chaque jour. On ne s’est pas du tout forcés. Comme j’ai habité 13 ans au Maroc, je n’ai pas du tout l’accent québécois. Donc il est très simple de me comprendre pour un français.
Dans tes prods, il ya aussi du rock, comme sur le titre Superstar. Comment ce morceau est-il né ?
Vaï : Déjà c’est un titre qui parle du star system, comment un MC pourrait se vendre pour essayer de marcher. Je trouvais que le contraste entre la guitare électrique et le beat faisait un bon mélange pour la version. J’écoute un petit peu de tout, même du Lenny Kravitz. J’essaie de mélanger un peu toutes mes influences.
Au niveau des textes, il y a des morceaux très introspectifs, comme Si Seulement…
Vaï : Oui. C’est un titre où je me parle. Je l’ai écrit à une période de ma vie où j’étais en mode écriture et je ne faisais plus beaucoup de studio ni de show. C’était une période où j’étais en bas. Ca faisait douze ans que je faisais du rap. Le succès mettait du temps à venir. C’était une manière de me défouler…
Made In est un morceau intimiste que vous avez écrit ensemble avec Minea. Quand on doit parler de soi et qu’on est deux, comment ça se passe ?
Vaï : On s’échange des idées. On commence par trouver le thème général de la chanson. On compose ensuite le refrain, parce que c’est la chose que les gens vont retenir le plus rapidement. Après, on a tout de suite su de quoi on allait parler. D’autant plus qu’on est de très bons amis.
Comment vivez-vous vos différentes nationalités ?
Vaï : La chanson dit qu’on est marocain mais que notre son est montréalais avec une couleur franco-américaine. Et c’est cette couleur que j’ai essayé d’apporter sur tout l’album.
Aujourd’hui, comment vois-tu le rap français ?
Vaï : Je trouve que le rap français ces derniers temps a un peu trop tourné en rond. Au niveau des thèmes comme des instrus choisies. Maintenant il y a de bons groupes, plus originaux.
Tu as travaillé avec des français comme Poska et Freeman sur ton premier album. Ca s’est passé comment ?
Vaï : J’ai rencontré plein de groupes à Montréal parce qu’à l’époque, j’ai fait la première partie de Booba, Sinik, IAM, Psy 4, Joey Starr, Saian Supa Crew. Le featuring avec freeman et K-Rim Le Roi s’est fait sur le territoire montréalais et c’est très bien passé. Sully Sefil, Orsek et Mic Fury, ça s’est fait ici, à Paris.
Et sur ce second album, un seul featuring : Minea…
Vaï : Oui. Parce que la complicité était déjà là. Maintenant il y a une suite. On va travailler aussi sur son album.
Tu as un flow très particulier, entre le rappé et le chanté. Comment l’as-tu travaillé ?
Vaï : Le rap ça reste de la musique. Dans la musique, il y a des notes. C’est le flow qui me vient le plus naturellement. Je pense que quand il y a des notes, ça ne peut pas être monotone. C’est aussi parce que j’écoute beaucoup de rap américain et eux chantent beaucoup, contrairement aux français, qui ont peu de modulations dans leur flow.
Concrètement, comment travailles- tu tes morceaux ?
Vaï : On travaille d’abord sur l’instru. Ca nous inspire un thème et on compose dessus jusqu’à ce que la chanson soit complète.
Et au niveau de l’écriture ?
Vaï : J’écris plus facilement chez moi. Relax, sans stress. Ca dépend des émotions que tu vis chaque jour…
Comme l’on ne te connaît pas très bien en France, quelle est ta place dans le rap canadien et pourquoi avoir sorti cet album également en France ?
Vaï : Street Life, mon premier album, n’est sorti qu’au Canada. Et il a très bien marché. J’ai un public là-bas, qui attend avec impatience ce second album. Ce qui s’est passé c’est que Street Life n’est sorti qu’en indé. Et quand j’ai commencé la prod de Ma Raison, Warner m’a approché. Ce qui me permet aujourd’hui d’avoir un deal en international.
En France, les artistes canadiens sont plus R&B que rap, comme K-Maro. Comment vois-tu cela ?
Vaï : Je pense qu’il y a beaucoup de talents à Montréal. Les gens ont particulièrement aimé le son canadien de K-Maro et son personnage. Comme Marc-Antoine. Je pense que les français aiment bien les mélanges de cultures.
   
Propos recueillis par Lajoinie Adeline
     
     
     
     
 Artiste
 Vaï


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Vaï" 23/06/2008


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