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Interview de Vashti Bunyan
Vashti Bunyan
   
"Just An Another Diamond Day était une réaction envers le monde commercial. Mais le fait que cette chanson soit reprise par une entreprise de téléphone montre qu'elle était très commerciale elle-même"
   
Qu’est-ce que cela fait d’effectuer son come-back après un tel moment d’absence ?
Je ne sais pas si on peut appeler ça un come-back. Je crois que je n’avais pas été entendue la première fois. Quand en 2000, mon premier album a été ressorti, j’ai commencé à réaliser que des gens étaient en train d’écouter et de comprendre ce que j’essayais de faire, comme personne auparavant. C’était le meilleur, d’être comprise un peu.
Pensez-vous que les gens des sixties n’avaient pas compris cet album ?
Je crois qu’ils ne l’avaient pas compris. Je crois que ce qui est difficile à se rappeler aussi, c’est que durant les sixties, disons 64-65, l’industrie du disque n’était qu’une petite partie du business de l’entertainement. Ce business était géré par des gens plus âgés qui ne comprenaient pas vraiment cette musique, mais qui avaient toujours le pouvoir. Un autre aspect était que les journalistes n’étaient pas des journalistes spécialisés dans la musique, mais plutôt des raconteurs d’histoires. Ils ne comprenaient pas vraiment cette musique. Malgré que ce fût très évident. Je crois que quand quelqu’un de différent arrivait, ils ne savaient pas quoi faire. Avec moi, en tous cas.
Ils ont voulu vous caser dans la catégorie des chanteuses midinettes, ce qui n’était pas votre cas apparemment…
J’étais song-writer, ce qui n’était pas vraiment le cas des autres filles qui chantaient à cette époque. Et j’étais aussi pas mal débraillé dans mon style avec la tenue en désordre. Toutes les autres filles avaient de beaux rubans dans les cheveux, moi pas, donc ils ne savaient pas comment me situer. Après Marianne Faithfull était différente, mais le fait d’arriver après elle, me désignait quelque part comme une suiveuse de son style, même si je ne pense pas que nous ayons eu quelque ressemblance. On a eu le même manager, on a eu des chansons des Rolling Stones pour nos premiers titres, il y avait des parallèles évidents. Les journalistes me considéraient comme une copie de Marianne Faithfull, cela n’a jamais été plus loin, alors que j’étais un peu différente. J’avais mes propres chansons, mais c’était difficile.
Comment vous est venu la vocation de Song-writer ?
J’étais à l’école et ma camarade de chambre avait une guitare. Elle m’a appris les accords de base. On a écrit toutes les deux des chansons, parce qu’on pensait, à l’époque, que les chansons pop étaient merveilleuses, mais que les paroles méritaient mieux. Alors on a commencé ensemble à écrire, mais j’ai été virée de l’école pour avoir passer trop de temps à jouer de la musique et elle, ne l’a pas été. C’est à ce moment, quand j’ai été viré, que j’ai commencé à réaliser que je pouvais faire quelque chose dans la musique. Ca n’était pas une décision difficile à prendre, c’était simplement la chose la plus évidente à faire. Plus excitant que ce que j’avais appris à l’école, ce qui était peu. J’ai toujours aimé la musique pop. Et le fait de penser que je pouvais en faire était une notion romantique savoureuse.
Quels ont été vos gens qui vous ont influencé à cette époque ?
Les Everly Brothers. Buddy Holly. Ricky Nelson. Et n’importe quel équivalent anglais que l’on regardait à la télévision. Bien sûr, ça n’était que des ombres par rapport aux américains, mais en regardant ça maintenant, ils étaient merveilleux. J’ai hésité à mentionner Cliff Richard et les Shadows, mais quand ils ont commencé, ils étaient brillants. Et puis il y avait la radio, avec cette unique station qui jouait juste un peu de musique pop. En fait, ils jouaient juste un tiers de la chanson, avant de la baisser pour en remettre une autre. Il était difficile de trouver de vrais modèles en fait. Encore moins dans les chanteuses.
Vous avez grandi dans un milieu artistique…
Mon père était dentiste, mais aussi inventeur. J’ai donc grandi dans une maison remplie de personnages qui allaient et venaient, beaucoup de jeunes également qui venaient voir mes parents. Mon père était très musical, il avait une collection extraordinaire de disques. J’ai eu une enfance assez extraordinaire, parce que mes frères et sœurs étaient plus âgés que moi, j’ai donc eu une enfance très libérale pour cette époque avec beaucoup de liberté.
Vous possédez un nom très inhabituel…
C’est mon nom de naissance. Mon grand-père avait trouvé cette histoire dans la Bible. C’est l’histoire d’une reine bannie pour avoir refuser au roi de danser à l’un de ses banquets. Mon grand-père aimait l’histoire de cette reine rebelle. Il avait surnommé ainsi ma mère, qui était encore sa belle fille. Puis ça m’a été transmis, je ne sais pas si cela a eu une influence sur mon caractère, mais j’étais assez heureuse d’avoir ce nom.
Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez finalement enregistré vos chansons ? Le rêve qui devient réalité… ?
Oui. On a enregistré la face A, qui était dédiée aux chansons de Mick Jagger et Keith Richards. Tandis que la face B était réservée pour mes propres chansons et j’étais capable d’aider pour les arrangements. Entendre des musiciens jouer une chanson que vous avez écrite est une sensation merveilleuse. C’était très excitant, de voir tous ces musiciens.
Quand avez-vous décidé de quitter le business de la musique et d’aller vivre à la campagne ?
Cela faisait quatre ans que j’essayais de faire un disque à succès. J’ai eu deux albums publiés, j’en ai fait un troisième, mais qui n’est jamais sorti. Ça m’a cassé l’esprit à la fin. Je pensais que je n’étais pas fait pour ça et que je devais trouver quelque chose d’autre à faire. Mes parents et ma famille me mettaient la pression pour que je trouve un travail ou que je me marie, comme si c’était les deux choix qui sont permis à quelqu’un de vingt ans. Evidemment je ne voulais pas des deux. Ce que je pouvais faire, c’était de trouver une vie où je n’aurais pas eu besoin d’une somme d’argent importante pour avoir un toit sur ma tête ou pour me nourrir. Il me semblait qu’aller sur la route était le choix le plus intelligent. En quittant la musique, mes parents, tout ce qui m’était familier.
Est-ce que vous avez continué à écrire des chansons durant ces années ?
Oui, mais je ne pensais pas les enregistrer. A la fin du voyage, je l’ai finalement fait et c’est ce qui a donné l’album « Just an another Diamond Day ». Je suis donc revenu une seconde fois dans l’industrie du disque et une seconde fois, ça n’a pas marché. Je n’ai pas touché une guitare pendant des années et je n’ai plus rien écrit. Et c’est seulement quand je suis revenue une troisième fois à la musique que je me suis aperçue combien ça me manquait. Parce que, entre les deux, je refusais totalement qu’on m’en parle. Je me sentais triste de n’avoir pas su gérer mes années de carrière. Je n’aurais pas voulu que mes enfants jouent de la musique. J’ai jeté mes vieux disques. Je ne voulais plus d’eux.
Qu’avez-vous ressenti lors de la republication de votre premier album en 2000 et de ce coup de fil de Dave Ander ?
Il a acheté ce CD, içi, à Paris. Sur le cd, il y avait une adresse web. Il m’a donc envoyé un e-mail, en se présentant comme un mec de San Francisco, qui écrivait lui aussi des chansons. Il voulait savoir s’il pouvait m’envoyer quelques titres pour avoir mon avis. J’ai tout de suite reconnu quelque chose en lui. Peut-être la manière dont il avait d’être faible qui trouvait une résonance en moi. Le fait qu’il passait des temps difficiles à faire comprendre aux gens sa musique. On a eu une correspondance et j’ai fait quelques enregistrements pour lui. Et puis son premier album est sorti. C’était une manière d’enregistrement très étrange, en rien retouché. J’étais très heureuse qu’il ait enfin une reconnaissance. Que les gens comprennent enfin. Que le monde soit prêt à accueillir quelqu’un comme lui. Cela m’a donné de l’espoir. Je suis très heureuse de le connaître.
Votre voix n’a quasiment pas changé depuis cette époque, toujours très pure, pleine de fraîcheur…
C’est parce que je ne l’ai pas utilisé beaucoup. Je crois que si je l’utilise un peu plus, je dois m’attendre à ce qu’elle change. Mais c’était très bien de sentir qu’elle était toujours là, parce que je n’en avais pas la moindre idée…
Etais-ce dur de retourner dans un studio ?
J’ai commencé par m’enfermer pendant deux ans, chez moi, à écrire et chanter, ne laissant personne écouter. Parce que je ne savais pas si cela serait bon ou pas. C’est très difficile d’étalonner son propre talent. C’était très effrayant de retourner en studio de retrouver les musiciens, après tout ce temps passé loin de tout. De leur donner à jouer ce que j’avais écrit. Mais c’était également très excitant de voir la manière dont cet album se construisait, à partir de rencontres en studio dans plusieurs endroits différents, à Glasgow ou à Londres. Comme si chaque personne était là au bon moment. Le producteur, qui est un homme très gentil et patient, a fait en sorte que les choses soient faciles pour moi.
Vous n’aviez pas eu une grande expérience de la scène dans les sixties…c’était nouveau pour vous quand il a fallu partir en tournée ?
Oui, totalement nouveau. Dans les sixties, quand j’ai fait mon premier album, j’aurais du aller sur la route à ce moment là. Cela aurait été très bon pour moi. Mais mes producteurs d’alors ne m’ont pas laissé partir. Je me souviens de deux shows dont l’un devant une dizaine de personnes dans un théâtre immense. Mais je ne considère pas avoir fait de la scène dans les sixties. Quand j’ai du le faire pour la première fois, il y a deux ans, j’étais terrorisée. Je suis d’ailleurs toujours un peu nerveuse. Quand j’ai vu Dave Ander à Glasgow, je lui demandais comment il pouvait se montrer sur scène. Il m’a répondu qu’il devait juste le faire, que ça n’était plus un problème, qu’il ne fallait pas s’en faire une montagne. Alors je suis monté sur scène avec ces réflexions dans la tête et j’ai continué à le faire jusqu’à ce que mes genoux ne tremblent plus.
Certaines de vos chansons sont utilisées pour des publicités…Dans les sixties, cela vous aurait sans doute horrifiée ?
Je crois que j’aurais été ravie. Je savais que mes chansons n’étaient pas commerciales, mais j’aurais voulu qu’elles le soient. Je voulais être dans les charts, le Top of the pops. Quand j’ai quitté Londres, c’est à ce moment que j’ai écrit « Just An Another Diamond Day », comme une réaction envers le monde commercial. Mais le fait que cette chanson soit reprise par une entreprise de téléphone montre qu’elle était très commerciale elle-même. Cela me ravit. Je sais que beaucoup de gens sont en colère par le fait que j’ai pu dire oui à ça. C’est une chose impure, mais j’en suis très heureuse.
Est-ce que vous êtes allés chercher de vieux enregistrements pour ce nouvel album ?
Mon frère m’avait envoyé une boîte remplie de vielles cassettes. Je ne voulais pas les écouter, alors je les ai mises au placard jusqu’à ce que je trouve un vieux magnéto, capable de les lire. Dans ces enregistrements, il y avait mon premier jour en studio. Un studio que j’avais loué pour une heure pour enregistrer mes douze premières chansons sans interruption. Un truc que je n’avais jamais écouté. Quand je l’ai écouté, je ne pouvais pas en croire mes oreilles. J’étais si jeune, si anglaise, si pleine de confiance. Il y avait des sons que j’avais complètement oubliés. Comme de trouver de la poésie adolescente. Le label Fatcat a voulu le republier tel quel.
Quels sont vos projets ?
Depuis quelques temps, je voyage de par le monde, en ayant du bon temps. Mais pendant ce temps, je n’ai pas écrit une seule chanson. Je vais arrêter ce style de vie et me consacrer à l’écriture. Fatcat souhaite me voir enregistrer un autre album l’année prochaine. Et puis je vais m’installer à Los Angeles et après Bouger encore.
Avez-vous pensé à écrire un livre sur votre vie ?
De temps en temps, je m’assois et j’écris à ce propos. Peut-être que je rassemblerais tout ça. C’est un peu difficile d’écrire sur tout ça, car tellement d’histoires sont incroyables. Je crois que si l’on bouge beaucoup dans sa vie, on trouve ce que l’on a besoin. Et c’est ce qui s’est passé pour moi. Plein de petits miracles. Que je veux raconter à mes enfants.
   
Propos recueillis par Isabelle Chelley
     
     
     
     
 Interview(s) Date publication
 Interview de "Vashti Bunyan" 24/03/2008


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