Interview de Vegastar |
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Vegastar
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| "Aujourd'hui, tout passe par Internet. Le dernier grand évènement à la télé était le 11 septembre, maintenant tout serait sur Internet." |
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| Quelle est la différence entre cet album et votre précédente production ? |
| L’album précédent a été construit sur une durée plus longue que celui-ci. Deux ans, entre le moment où l’on s’est formé et le temps de trouver une maison de disques et d’enregistrer. Alors que celui-ci a été composé en six mois, tout de suite après notre tournée. On s’est enfermés dans une maison à la campagne prêtée par les parents d’un pote. Et on s’était dit qu’on n’en ressortirait pas avant que notre album soit fini, soit douze titres. Du coup, on a fait quelques 25 titres, pour arriver à avoir ces douze titres qui nous plaisent. Cet album est plus actuel. Pour le premier, il y a eu deux années avant d’enregistrer, cela commençait à être daté pour nous. Dans l’envie et la façon de faire les morceaux aussi, on a évolué. Quand on a formé le groupe, on faisait les chansons comme elles venaient, sans s’attacher à la recherche de qualité d’écriture. Dans le deuxième album, on a essayé d’inventer notre son, de trouver quelque chose de particulier dans notre musique, pour faire en sorte qu’elle ne soit pas dans un style musical déjà défriché. Un morceau de Vegastar ne pourra pas se retrouver sur l’album de quelqu’un d’autre. On voulait quelque chose de personnel. En quatre ans d’existence, on avait déjà plus digéré nos influences. On a toujours revendiqué l’influence de la new-wave, sans vraiment l’exprimer dans notre premier opus. Parce qu’on avait moins l’habitude de gérer les capacités de chacun, pour faire quelque chose de très cohérent. C’est ce que l’on a réussi à faire dans celui-ci. Il y a ce mélange de pop, de rock et de new-wave. |
| Le travail effectué sur scène avant d’enregistrer a-t-il été bénéfique ? |
| Oui, déjà on voyait ce qui marchait en concert ou pas. On fait des albums pour pouvoir faire des concerts, poser des ambiances, qu’il y ait des réactions et s’amuser aussi. On sentait une certaine lassitude à jouer les morceaux du premier album. On savait que l’on avait besoin de quelque chose de plus énergique, de plus dansant. Les ambiances un peu lourdes, un peu métal, ont été mises de côté pour cet album. On sentait moins heureux de jouer ça en live. Le premier album avait un côté adolescent, très basique du rock, mais qui nous amusait moins sur scène. Pour le deuxième album, le son des guitares est moins lourd. Mais les tempos sont plus rapides, plus énergiques. C’est plus un disque qui se prêtera plus au live. |
| Comment se sont passées toutes les premières parties que vous avez pu faire ? Quels ont été les rapports d’artistes à artistes ? |
| Avec « The Rasmus », c’était excellent, pendant la balance, ils étaient présents. Quand ils sont venus à Paris, ce sont eux qui ont demandé à ce que nous soyons leur première partie, ce qui était flatteur, ils ont été très cool avec nous. Avec les groupes français, c’était différent, c’étaient des potes, il n’y avait pas de rivalités de maisons de disques. Quand on partait avec Kyo ou Pleymo, c’était la colonie de vacances. Peu importait les styles, même s’ils étaient différents. Nos albums sortaient en même temps, la tournée se profilait en même temps et en plus c’étaient des potes, alors pourquoi ne pas partir tous ensemble pour que ce soit amusant ? En plus, cela nous ouvrait à d’autres publics, à nous qui n’avions jamais voulu être dans notre bulle. Et puis il y a eu des différences de traitements. Avec « My Chemical Romance », cela nous servait à rien d’être là. Avec Kyo, vu qu’ils parlaient de nous dans les interviews, le public s’attendait à nous connaître. On n’a jamais été confronté au fait de se faire huer. Et maintenant, si on nous demandait de tourner avec des groupes de hip-hop ou des dj’s, on le ferait, parce que c’est toujours un challenge. Dans la manière de composer, on ne s’interdit rien, alors on ne veut rien s’interdire dans le fait de savoir avec qui jouer. On s’abreuve de toutes les musiques. |
| Les magazines vous ont étiqueté groupe de néo-métal… |
| On n’a jamais été un groupe de néo-métal. Le néo-métal c’est le métal qui est arrivé au début des années 2000, comme Korn. Tout ce qu’on avait de néo-métal, c’était les guitares. On avait récupéré cet accordage super grave. Après, le chant était super pop, on avait des machines, qui n’étaient pas néo. On a été catalogué dans cette scène parce qu’on tournait avec Pleymo, qui eux venaient de cette scène. Et puis les étiquettes, ça va, ça vient. Avec la même musique, on a eu plusieurs étiquettes. Avec les titres de l’EP, on était métal. Quand on a signés chez Virgin, on est devenu avec ces mêmes titres enregistrés sur l’album, un groupe gothique pour ados, alors qu’on avait rien changé. Les étiquettes ne veulent pas dire grand-chose. |
| Vous disiez que le son métal ne vous satisfaisait plus, qu’avez-vous mis à la place ? |
| On a beaucoup renforcé le côté électro new-wave, avec toujours beaucoup de guitares, mais plus vintage, avec du vrai son rock. On n’a pas du tout changé notre manière de composer, mais plus la manière de produire. Dès le départ, les morceaux peuvent être joués guitare-chant. Après, on met l’atmosphère qui correspond au titre. Plus ou moins dur, plus ou moins rapide. Sauf qu’avant, on avait tendance à mettre les distos à fond et à mettre un son métal sur tous nos titres. Aujourd’hui, on n’a pas abandonné quelque chose pour mettre un autre truc à la place, mais on a appris à nuancer. On n’a pas peur de mettre l’électronique en avant, même si on est un groupe de rock. On se dit que c’est pas grave, les guitares sont là pour habiller l’électronique, alors qu’avant on habillait avec les synthés tant bien que mal. Tout dépend d’où vient l’idée. L’important, c’est que ça rende bien. Certains morceaux sont d’ailleurs très électro sur le nouvel album. |
| Quelles sont vos influences ? |
| On a toujours tous écouté du rock à la base, mais nos influences sont très diverses. J’ai écouté du rock grunge, Fabien était plus métal, Jay et Vince, les plus anciens, étaient plus dans le new-wave et le hard-core. Il n’y a que quelques années de différence, mais la musique évolue tellement vite. Les influences vont de Nirvana à Duran Duran, en passant par Timbaland, Daft Punk, Morbid Angels. On aime la musique au sens large et on aime les groupes qui ont développé une idée autour de leur musique ou les producteurs qui ont créé un son autour de leur groupe. Pink Floyd ou Metallica. Les Red Hot ou Public Ennemy. On n’est pas influencé par une scène ou un son. On n’est pas arrivés en se disant : « Ok, aujourd’hui on fait un groupe et on sera un groupe de ska, de ceci ou de cela… ». |
| Il y a un côté nostalgique dans la musique de Vegastar, nourrissez-vous de la nostalgie vis-à-vis d’une période ? |
| Les années 80. Notre enfance. Toutes les émissions que l’on écoutait. Hier, on écoutait Nostalgie dans le camion et on connaissait toutes les chansons. Il y a un côté assez débridé et flamboyant dans la pop des années 80, qu’on a perdu. La nostalgie dans l’album provient du fait que l’on utilisé ces sons là. Mais, à l’époque, ça n’était pas nostalgique, puisque ça émergeait, ces sons de synthé typiques. Quand on écoute Duran Duran, on se dit que personne ne remet ces sons de synthé dans ces titres, personne n’ose. A part nous, personne n’a réutilisé ces sons aussi nuls pour les rendre aussi cool (rires). Dans les années 80, les mecs expérimentaient beaucoup. The Cure, par exemple, on fait leurs plus gros albums durant cette période, comme Pornography. C’était plus décomplexé. Maintenant, face à l’offre démesurée, notamment par internet, la musique est devenue jetable. Il est plus difficile de devenir fan d’un groupe en particulier. Des albums cultes, des classiques, depuis OK Computer de Radiohead ou Nevermind de Nirvana, il n’y en a pas. On est rentré dans une nouvelle ère de la musique. |
| Les textes sont très désenchantés, vous parlez de génération d’écorchés… |
| Dans le « défilé », c’est une notion d’espoir. On parle de la jeunesse qui se révolte contre l’apathie. Ce regard que la société a sur la jeunesse : « Les jeunes ne croient plus en rien, c’est des légumes devant leur télé ou leur ordi ». En France, les mecs qui ont fait 68 se la racontent : « Ouais, notre génération a essayé de changer le monde ». Mais on n’est pas obligés de descendre tous les jours dans la rue faire des barricades pour montrer qu’on est capables de faire quelque chose. C’est un pied de nez. Si tout le monde se levait pour faire quelque chose, il y aurait une vraie force. C’est autant un appel, qu’un petit clin d’œil à la génération de nos parents, qui ne voient pas tout ce qui se passe sur Internet par exemple. |
| Qu’est-ce que le team Nowhere et le Strip-team ? |
| Le team Nowhere, c’était un collectif de groupes, composé de Vegastar, Pleymo, Moonjo, headanswers, Acme. Ca n’existe plus. On se donnait un coup de main. Quand un groupe avait un concert, il essayait de mettre les autres sur le plan. On s’entraidait. Maintenant tous ces groupes sont en maisons de disques, alors c’est un peu terminé. La Strip-team, c’est tous les gens qui veulent aider le groupe en France. On leur envoie des flyers, des affiches. C’est un peu notre relais en France pour la promo. On leur envoie des cadeaux de temps en temps. |
| Comment fait-on le choix de chanter du rock en français et pas en anglais ? |
| C’est exactement, la question que l’on se posait hier soir. On a commencé à chanter en français, parce qu’on était français. Maintenant, c’est vrai que la musique serait plus accessible pour l’international, si on chantait en anglais. C’est aussi un peu la loi du marché, pour trouver une maison de disques en France. En France, les gens écoutent beaucoup d’artistes étrangers, mais les artistes français, ils veulent qu’ils chantent en français. On commence à se poser la question de chanter en anglais. On va certainement franchir le pas. Par rapport aux remix que l’on a eu, on s’est aperçus que notre musique pouvait plaire à l’étranger. Avec Internet, on peut toucher le monde entier. Et puis, avec le genre de musique que l’on fait, cela peut être bien d’avoir un accent frenchy. |
| Pourquoi ce nom d’album : « Télévision » ? Vous n’en parlez pas… |
| C’est un album qui complètement tourné vers le monde. Qui dit comment est le monde. Tel qu’on le voit, on est un peu la lucarne. Alors il y a des trucs gais…hétéro (rires), sérieux, tristes. C’est une vraie télé, c’est un zapping avec plusieurs thèmes. Les titres et textes sont assez visuels. Il y a aussi un petit clin d’œil à l’époque où la télévision était le grand média par lequel passait toute la culture. Tout passait par elle. Aujourd’hui, tout passe par Internet. Le dernier grand évènement à la télé était le 11 septembre, maintenant tout serait sur Internet. |
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| Propos recueillis par Lajoinie Adeline
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