| "Je pense que nous avons pris la décision de mettre en lumière le côté pop" |
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| Ressentez-vous encore de la pression au moment d'aborder la composition d'un nouvel album ? |
| Ira Kaplan (guitare-chant) : Je pense que l'on est encore capables de ressentir de la pression dans de nombreuses circonstances. Parce que ça c'est passé. Et ça s'est passé un petit peu sur cet album. Si tu ne ressens pas de pression, tu commences à t'en soucier. Si c'est trop facile, tu te dis "peut-être que l'on ne travaille pas assez dur, parce que c'est trop facile". Donc je pense qu'il y a toujours de la pression à découvrir quand on travaille bien. |
| Une "bonne" pression ? |
Ira : Il faut espérer. Tu crois que tu ne le sais jamais, mais tu veux que ça soit comme ça. Je pense que nous ressentons cette pression particulière, constructive. Tu peux te sentir décontenancé si tu ne l'as pas...
James McNew (basse-chant) : C'est de l'auto-discipline. |
| Les Sonic Youth disent qu'à chaque fois qu'ils composent un nouvel album, ils le font comme si c'était le premier. Est-ce également votre cas ? |
James : Seulement dans le sens où nous n'avons pas de chansons en stock. Normalement quand on commence à écrire un nouvel album, nous n'avons pas de chansons, et aucune idée. C'est comme si on partait de zéro. Alors en ce sens, oui.
Ira : Dans un autre sens, non. Je pense que l'on veut apprendre de ce que l'on a fait avant, je veux apprendre de ce que j'ai fait avant. Je veux dire, par rapport à ces trucs de pression dont on parlait, je ne pense pas qu'il y ait un seul album que l'on ait réalisé et que j'ai écouté en me disant: "C'est la pire chose que j'ai entendue dans ma vie, c'est un désastre, je jette ça et je recommence". Mais heureusement ce n'est pas le premier album que nous faisons, et nous en sommes arrivés à accepter que des choses mauvais vont se passer, que ça va se passer, que des surprises vont surgir, mais la première fois que c'est arrivé, on a presque jeté le disque ! Maintenant on se dit : "Ok, ce n'est qu'une étape du processus" . C'est juste un exemple, je pense que beaucoup de choses positives... Dans ce sens c'est comme notre premier disque, mais je ne suis pas effrayé à l'idée d'apprendre. |
| Beaucoup de gens essaient de définir votre son sans y parvenir. Est-ce quelque chose qui vous rend fiers, de ne pas pourvoir être mis dans une case ? |
Ira : On a toujours voulu être étiqueté post-rock, mais ça n'a jamais pris. Je ne sais pas pourquoi...
James : Grunge était aussi une possibilité, en 1991, 1992, mais ça n'est jamais arrivé, il n'y a pas eu de connexion. |
| En appelant votre album "Popular Songs", vous faites un nouvelle fois preuve de sarcasme... |
Ira : Nous allons bien voir ! Je crois que typiquement, quand nous donnons un nom à l'album, il y a une raison spécifique que je ne vais pas t'ennuyer à t'expliquer. Mais je crois que quelques-uns de nos titres d'albums peuvent être à la source de nombreuses interprétations, et je trouve que c'est ça qui est positif. Tu dois poser cette question, tu ne sais pas. Ca peut être demandé ou non...
Georgia Hubley (batterie-chant) : Ca revient un peu à ta question précédente sur les différentes catégories musicales, ça représente la vieille catégorie des chansons pop, les "popular songs"
Ira : Tu penses ? Oui... |
| "Popular Songs" sonne plus pop que celui d'avant, "I'm Not Afraid Of You And I Will Beat Your Ass". Pourquoi avoir pris cette direction ? |
| Ira : Je ne suis pas d'accord pour dire qu'il est plus pop. Nous avons pris les trois longues chansons du dernier album et les avons répandues sur d'autres albums. Pour celui-ci nous les avons mises à la fin. Et je pense que si nous avions fait la même chose sur le dernier album, il aurait sonné plus pop qu'il ne l'est. Je pense que nous avons pris la décision de mettre en lumière le côté pop, en groupant tout ça ensemble. Parce que sur le dernier disque, la première chanson, aussi longue qu'elle soit, doit capter l'attention de l'auditeur directement. Donc je pense que c'était pour nous une manière de faire différente, ça sonnait bien pour nous et on le ressentait bien. Nous ne l'avions jamais fait avant, nous n'avions jamais eu trois longues chansons à la fin, donc c'était en quelque sorte un challenge. Ca nous semblait être une bonne idée. Mais ça a été une décision de dernière minute, c'est un concept sur lequel on s'est orienté. Mais je pense que l'on considère toujours nos chansons comme des chansons pop, même si elles durent 12 minutes. |
| L'industrie du disque est en crise en ce moment. Comment voyez-vous son évolution depuis vos débuts, en 1984 ? |
| Ira : Du business ? |
| Oui. Avec l'arrivée du téléchargement, c'est peut-être bientôt la fin du CD... |
Georgia : Les K7 vont revenir.
James : Ca serait super. J'espère.
Ira : Tu sais... peut-être. C'est n'est pas quelque chose sur quoi nous nous attardons. Nous ne pouvons pas le contrôler, on essaie de faire de notre mieux. Je ne sais pas. C'est marrant, c'est bien entendu un sujet très important pour nous, et pourtant je ne pense pas que nous nous en préoccupions très sérieusement.
Georgia : Il n'y a rien qu'on puisse faire donc...
James : J'ai l'impression qu'aucun artiste n'est en train de se battre pour sauver l'industrie du disque. Je n'ai pas vu Jay-Z se rendre devant le Congrès pour demander davantage de droits pour la musique. Personne ne s'y intéresse vraiment, à sauver l'industrie musicale. Peut-être qu'on devrait le faire ! |
| Avec MySpace, Facebook ou Twitter, on peut entrer facilement en interaction avec les fans. Est-ce que vous utilisez ces nouveaux outils ? |
Ira : Non. Nous avons une page Facebook, mais
Georgia : Ah bon ?
Ira : Ah non pas Facebook, désolé ! On a une page MySpace.
James : On a notre propre site web, sur lequel les gens peuvent nous écrire.
Ira : Je trouve que c'est trop facile, en ce qui me concerne. Je pense que c'est comme les comics qu'on trouve sur des blogs. La plupart disent un truc du genre "Je suis trop content que tu aies pris du temps sur ta journée chargée pour contribuer".
James : Et c'est anonyme.
Ira : La plupart du temps, j'ai toujours bien aimé que quelqu'un nous envoie une lettre ou une carte postale. Tu peux davantage l'apprécier.
James : Beaucoup plus que ce que l'on trouve sur internet maintenant. Va veut dire beaucoup plus. |
| Comment se passe la vie en tournée ? Avez-vous le temps de visiter les pays et villes où vous passez ? |
| James : Il y a une certaine qualité de vie, ce qui nous permet d'avoir du temps pour visiter. Nous essayons surtout d'avoir un bon repas, ce qui est important, et un peu de temps pour aller se balader, voir des amis qu'on ne voit pas très souvent. Et rapporter des jolis souvenirs. |
| Voyez-vous une différence entre les publics américains et européens en concert ? |
Ira : Il y a une différence entre le public espagnol et le public anglais. Ce n'est pas vraiment une différence USA/Europe. Il y a aussi une différence entre un public parisien ou un autre public français. Ca peut changer de concert en concert. Ca change juste...
James : Le public en dehors des Etats-Unis ne hurle pas pour la chanson "Freebird". C'est un vrai plus. C'est la meilleure chose qui soit pour tourner en dehors de l'Amérique. Aucun idiot ne crie "Freebird" pendant ton concert. (une chanson de Lynyrd Skyniyrd, ndr) |
| Et quels sont vos pays préférés pour jouer ? |
Ira : Dans quel pays sommes-nous là ? Oh on adore la France !
James : La France est super ! Je ne sais pas. Malgré "Freebird", j'aime bien jouer à la maison, en Amérique. Honnêtement j'aime jouer en France, au Japon. L'Espagne est super, nous revenons juste de Barcelone pour le festival Primavera.
Ira : En fait c'est partout sauf en Belgique. |
| Est-ce difficile pour vous d'être en permanence ensemble ( Ira et Goergia sont ensemble dans la vie, ndr), et pour toi James d'être dans un groupe avec un couple dedans ? |
| James : C'est dur d'être sans mon autre moitié. Ca craint, des fois. Ca craint la plupart du temps. Partir de la maison peut être difficile, mais d'un autre côté, je suis sûr que si nous étions ensemble en permanence nous voudrions nous entretuer. Donc je comprends, c'est une sorte de balance. |
| Et c'est votre cas, des fois, vous voulez vous entretuer ? |
James : Je pense qu'ils veulent me tuer moi !
Georgia : (montrant Ira) Je veux le tuer lui. C'est moi la tueuse.
Ira : Je veux dire, il y a quelque chose qui n'est pas très naturel dans la nature d'un groupe. Trois personnes qui passent autant de temps ensemble, en tournée, en voyageant dans un bus. Nous sommes ensemble pratiquement tout le temps. Mais comme James disait, quand tu voyages tout le temps, que tu laisses quelqu'un à la maison, ce n'est pas cool non plus. Alors il y a du bon et du mauvais, mais ce n'est pas que du bon. Peu importe ce que dit Bob Dylan, tout n'est pas bon. |
| Barack Obama vient d'être élu, est-ce que vous pensez qu'il va pouvoir changer les choses ? |
| Ira : Je pense. George Bush a bien changé des trucs. Je ne vois pas pourquoi Obama ne pourrait pas. |
| Vous vous êtes rendus à l'Académie du Rock pour le clip de Sugarcubes. Quelles sont les choses les plus importantes que vous y avez appris ? |
| James : Que les interviews tuent ! |
| Entre ce clip et votre site, il semble que l'amusement soit très important pour vous. Est-ce que vous pensez que cela peut expliquer la longévité de Yo La Tengo ? |
Georgia : Je pense que oui. Pourquoi vouloir continuer à faire quelque chose où les choses mauvaises prennent le pas sur les bonnes ? Je ne pense pas que ce soit un gros challenge, mais c'est super de s'amuser à faire ce qu'on fait, de se divertir les uns les autres, et soi-même. C'est une bonne façon de faire.
Ira : Nous sommes tous de grands fans de comédie, films, on a quelques amis qui en font. Nous croyons tous que cet aspect comique est un très bon moyen d'exprimer des choses très sérieuses. La vidéo de "Sugarcubes", je l'ai trouvé super drôle, et je peux d'autant plus le dire que c'était grâce à Bob et David. Nous avions quelque chose à soulever, et je pense que nous l'avons soulevé, avec humour mais sérieusement. C'est un moyen pratique de faire. |
| Dans une vidéo sur votre site, vous expliquez pourquoi vous vous appelez Yo La Tengo (en référence à une anecdote de baseball en 1962, ndr). C'est parce que vous en aviez marre d'expliquer pourquoi vous vous appeliez comme ça ? |
Ira : Ca s'est fait parce que nous projetions de sortir un DVD qui compilerait plein de choses. C'est une des idées qui nous est venue. Oui, je pense, ça semblait être une bonne chose de finalement l'expliquer. La plupart du temps quelqu'un nous le demande, en interview, et très souvent nous ne donnons pas la vraie réponse, nous ne faisons que noyer le poisson. Donc ça nous semblait une bonne idée de le faire. Et pour moi c'était vraiment génial d'avoir ce type de mon équipe de baseball préférée quand j'étais enfant. C'était complètement dingue.
James : C'était un après-midi de folie. |
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| Propos recueillis par Sébastien Delecroix
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