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Interview de Zaho
Zaho
   
"La musique, c'est la seule chose qui m'a accompagné depuis mon enfance, qui fait partie de moi. C'est un peu mon point de repère"
   
Peux-tu nous raconter l’histoire de Dima, ce titre qui raconte l’histoire de quelqu’un et qui a donné son nom à ton album…
Déjà, ça signifie littéralement éternellement. Mais je ne parle pas de quelqu’un. Je parle de quelque chose, de mon pays. Et c’était ça le jeu. De raconter la grande histoire d’amour entre moi et mon pays, dont je suis séparée. J’ai trouvé que ce morceau résumait bien toutes les influences de l’album, le résumait bien. Il y a le côté arabe, le côté pop, le côté urbain, il y a la profondeur de l’écriture, c’est doux et ça bouge en même temps.
Il y a un autre morceau où tu parles de ton pays, c’est Kif’n’dir
Oui. Ici, je décris la veille de mon départ d’Algérie. Moi qui rêvais de quitter un jour de quitter mon pays pour aller voir d’autres horizons, je me suis rendue compte que ce n’était pas si évident que ça, finalement. N réalisé alors à quel point ça fait partie de nous, qu’on est rien sans ses origines. Après ce départ pour le canada, j’étais un peu perdue. Ce titre est à la fois une remise en question, une introspection et l’expression d’une douleur très profonde.
Tu as souvent expliqué à quel point ton passage au Canada a été difficile. Dans quelle mesure la musique t’a-t’elle aidé ?
La musique, c’est la seule chose qui m’a accompagné depuis mon enfance, qui fait partie de moi. C’est un peu mon point de repère. J’ai toujours chanté avec la famille et les amis. Ca a été un exutoire pour moi quand j’étais heureuse, pour fêter de bonnes occasions. Quand j’étais triste, je prenais ma guitare et je sortais ce mal à travers ma voix. Quand je chante, je me sens entourée, couvée, entourée de chaleur. Le canada, ça a été dure parce que je n’avais plus tous mes amis autour de moi, je me suis sentie très seule à l’Université, où personne ne parle à personne.
Ca fait 6-7 ans que tu as quitté l’Algérie. Qu’est-ce que tu aurais envie de dire à tes amis sur les changements dans ta vie ?
Rien, ils savent déjà tout. Je parle encore à mes amis par MSN. Ils voient mes clips par les paraboles algériennes qui captent toutes les chaines françaises. Ils sont contents de voir que j’ai pu concrétiser mon rêve. Ils rêvent à travers moi et je suis super fière rien que par rapport à ça !
On te connait depuis longtemps à travers tes multiples featurings. Pourquoi avoir mis tant de temps à sortir ce premier album ?
Les morceaux étaient prêts depuis longtemps mais j’étais en continuelle création. Dés qu’in titre ne me semblait plus d’actualité, je l’enlevais de l’album. J’ai surtout essayé de créer une attente autour de cet album. Mon but n’était pas de voir un album dans les bacs mais de toucher le plus de gens possibles. Je voulais me donner les moyens de faire parler au mieux de moi avec mon nouveau style que j’appelle de l’Urban Pop. J’ai travaillé avec Sefyu, Idir ou Cheb Mami. Je ne voulais pas que les gens soient trop perdus. Alors j’ai tenté d’installer mon identité d’artiste pour qu’on s’attende à toutes mes couleurs musicales.
Dans le travail, tu es perfectionniste ?
Complètement ! Pour moi, il ne faut rien laisser au hasard dans une chanson. Et je n’aime pas remplir pour remplir. Avec mon réalisateur, Phil Greiss, on part du principe qu’il faut le minimum pour la chanson s’auto-suffise. Tout en faisant en sorte qu’aucune des chansons ne ressemblent à une autre. Un album comme celui de Lauryn Hill m’a énormément touché durant ma jeunesse. Parce que tous les titres étaient différents. Je voulais un peu reproduire ça. Je voulais aussi exploiter dés le départ toutes mes capacités vocales et toute ma palette musicale. Pour que personne ne s’étonne jamais de m’entendre faire un guitare-voix, un rap ou une chanson française…
Justement, cette large palette vocale, elle te vient d’où ?
Ca vient tout seul, en chantant. Avec mes amis, quand on était jeunes, on reprenait des chansons de pleins de répertoires différents. C’est comme ça que j’ai appris. A force de chanter, on est imprégné par tout ce qui passe par nos oreilles. Et je pense que j’ai dû retranscrire tout ça sous forme de flow, de chant oriental. Et c’est ce qui fait mon originalité.
Apparemment, tu as été assez fan de Missy Elliott. Pourquoi ?
Pour son manque de complexes. C’est quelqu’un de très fort lyricalement. Elle n’a peu de rien. Elle s’assume. Elle rappe tout en chantant. Elle aborde des sujets tabous sans soucis. J’aime beaucoup ce qu’elle fait et j’ai pris exemple sur sa créativité et son côté audacieux. Elle a montré qu’on n’était pas obligé de se confiner dans un créneau particulier, si on s’assume…
Tu as aussi été si influencée par Idir que tu luis a écrit une chanson. Comment c’est arrivé ?
C’est quelqu’un que j’ai beaucoup écouté pendant mon adolescence, sans forcément comprendre ce qu’on chantait puisque c’était du kabyle. Il m’a longtemps accompagné et me rappelle des périodes heureuses de ma vie. J’ai eu l’écho qu’il préparait un album. Et un jour, j’ai pris ma guitare, j’ai commencé à fredonner des trucs et je me suis dit « je le verrai bien chanter ça ! » Alors je l’ai écrit comme si c’était pour lui. Un soir, on est passé dans les coulisses d’un de ses concerts et j’ai chanté ça avec le trac, les mains moites et la bouche sèche. Il ne disait rien et moi ça me rendait de plus en plus nerveuse. Avant la fin de la chanson, il a demandé à ses musiciens de venir m’accompagner, m’a dit que c’était magnifique et j’étais soulagé. Mais je ne m’attendais pas à ce qu’il me demande de la chanter avec lui. J’ai été super touchée !
Même sur Tout Vibe Bien, tu n’arrives pas à être 100% optimiste. Pourquoi ?
Je suis quelqu’un d’optimiste. Pas défaitiste. Oui, je parle des coups durs de la vie, mais toujours avec une happy end. Je sais que j’ai une chance inouïe de faire ce que je fais. Je n’ai pas le droit de me plaindre. Mais je n’ai aucun problème pour parler de mes doutes, de mes faiblesses, de mes peurs, de mes incompréhensions. La Roue Tourne, c’est le seule morceau positif du début à la fin. Parce qu’avec mes faiblesses, j’espère aider un peu les gens.
Tu as pris deux rappeurs pour tes featurings : Tunisiano et Soprano. Pourquoi eux ?
Pour Tunisiano, j’ai reçu un jour un message sur mon My Space qui me disait : « je ne suis pas très R&B, j’avoue, mais là, j’adhère ! » J’étais super contente mais j’étais incrédule, je n’y croyais pas. Par la suite, je l’ai revu sur le projet d’Idir. Il m’a reproché de ne pas lui avoir répondu et je me suis rendue compte qu’il me connaissait. Par la suite, pour La Roue Tourne, je voulais quelqu’un qui ne soit pas dans le rap trop dur. Tunisiano, c’est un technicien des mots et c’était l’homme de la situation. Il a rappé pendant 8 mesures. Ce qui n’est pas énorme mais assez pour apporter toute sa fraicheur. Pour Soprano, on se connaissait par des amis en commun. Les Psy 4 avaient kiffé mon morceau Hey Papi ! Je trouvais que si je devais garder ce titre, il me fallait un rappeur qui chantonne. Donc c’était soit Soprano soit personne !
   
Propos recueillis par Lajoinie Adeline
     
     
     
     
 Interview(s) Date publication
 Interview de "Zaho" 24/04/2008


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