| "L'humour c'est plus un moyen de séduire que de se cacher." |
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| Comment as-tu rencontré le rap français ? |
| Comme je le dis toujours, j’ai eu un véritable coup de foudre pour le rap français en 1997 quand j’avais 17 ans. J’ai découvert le groupe La Cliqua et le rappeur Rocca. J’ai vraiment kiffé son style musical, je l’ai écouté en boucle, j’ai rappé ses textes par cœur et je me suis vite mis à écrire des textes moi-même. |
| Et tes premières scènes ? |
| J’ai eu un groupe qui s’appelait Profil Bas et mes premières scènes, je les aie faites dans les MJC de mon quartier, en Belgique. |
| Tu as parfois dit que tu avais été « bousillé » par le rap. Qu’est-ce que ça signifie ? |
| Disons que le rap, c’était ma passion donc en classe, j’écrivais beaucoup. A la récré je faisais écouter mes raps et quand je sortais de l’école, c’était pour rapper encore. Mais c’est plus le shit qui m’a bousillé, qui a bousillé mon parcours scolaire. J’arrivais la tête dans le cul en cours, je sortais juste de mon lit. |
| La scène du rap belge, on ne la connaît pas très bien. Toi qui es là depuis un moment, comment est-ce qu’elle a évolué et à quoi ressemble-t’elle aujourd’hui ? |
| Il y a beaucoup d’artiste mais il n’y a pas de moyens, pas de maisons de disques et aucune structure médiatique. Il n’y a pas de star system comme en France. C’est très difficile de se faire connaître en tant que rappeur en Belgique. En plus, y’a pas de public parce qu’on est 10 millions d’habitants en Belgique et il y a 6 millions de néerlandophones, 4 millions de francophones, Sur les 4 millions de francophones, la moitié c’est des vieux, l’autre moitié, c’est des gosses… Donc la scène belge évolue mais en indépendante, en underground mais c’est très compliqué. |
| Tu as été connu en 20032 avec le morceau Branleur de Service. C’était quoi pour toi, un morceau marketté pour être connu ? |
| Non, c’était un morceau marketté pour choquer surtout ! Il n’y avait aucune ambition commerciale derrière le morceau. D’ailleurs c’était invendable, impassable en radio. Mais il y avait une ambition de vouloir exister par le fait de choquer. Et ça a très bien marché puisque ça a fait parler de moi, tout le monde trouvait que j’étais fou. |
| Tu dis qu’il n’y a pas de lieu de diffusion du rap en Belgique. Du coup, Branleur de Service a été connu par le web ? |
| Non, à l’époque, il a surtout été connu par le bouche à oreille, parce qu’on a fait des tournées dans les petites radios de campus. On a fait beaucoup de concerts aussi à gauche à droite. |
| Premier album, le Fils du Commissaire. Comment as-tu travaillé sur ce disque ? |
| Depuis 2003, j’avais déjà pas mal de chansons. Donc quand j’ai signé en 20063 j’en ai écrit des nouvelles mais c’est vraiment un album qui s’est fait sur 5 ans. J’ai regroupé tout ça, j’ai tout réenregistré, j’ai changé des refrains, j’ai fignolé. Et puis j’ai enregistré tout l’album en un mois pile. |
| Au niveau des productions, tu as fait appel à qui ? |
| J’ai travaillé avec un bonhomme qui s’appelle Orfeo, avec qui je travaille depuis le début et qui partageait avec moi le rêve de sortir cet album. Moi j’ai juste fait trois prods. Mais tout le reste, c’est un seul producteur qui l’a produit. |
| Il y a un son bien particulier. Quelles sont tes influences musicales ? |
| Moi, c’est surtout de la chanson française et le heavy metal comme Metallica, Megadeth. Ce sont des groupes que j’adore. Et dans les prods que j’ai faites ça se ressent parce qu’il y a de grosses guitares électriques, de grosses distorsions. |
| Ton titre Arrête de Fuir est assez étonnant par le message assez sérieux que tu fais passer. Comment gères-tu le côté dérision et sérieux à la fois ? |
| Ca, c’est le paradoxe de tout homme. On aime bien tous être soit sérieux, soit rigoler. Je pense que c’est juste à l’image de la vie, de l’homme et de la femme. |
| Ton écriture est assez visuelle. Comment écris-tu pour entrer dans la peau d’un personnage ? |
| Souvent, ça se fait à l’impro. Je rentre par l’écriture, assez naturellement. J’avance en écrivant, je ne prémédite rien, je fais ça au feeling. Je ne saurais pas expliquer comment je fais exactement. |
| On va prendre un exemple particulier : comment es né le personnage du cadre du World Trade Center dans le titre le 11 du 9 ? |
| Ca c’est différent. J’avais vu une image dans un magazine avec la tour avec l’avion planté dedans. Et 10 étages au-dessus on voyait des gens qui étaient coincés et qui regardaient. Ils ne savaient plus descendre, on ne savait plus comment aller les chercher et ils étaient condamnés à devoir sauter ou rester et bruler. Alors je me suis mis dans la peau de ce personnage qui a du voir la mort en face pendant quelques minutes et qui a du rester là en se disant que c’était foutu pour lui. |
| Dans des morceaux comme Playboy, tu te moques un peu du bling bling. Qu’est-ce que tu penses du rap qui joue sur ce créneau-là ? |
| Le bling bling ça vient des States, de personnes très pauvres à la base qui, une fois qu’ils touchent le gros pactole, on besoin de briller et de le montrer de manière outrancière. Je trouve ça assez logique. Mais je pense qu’en France et en Belgique c’est différemment vu. On n’a pas tellement cette mentalité parce qu’ici, quand on a réussi, il vaut mieux le cacher, ce n’est pas trop bien vu. Moi, le bling-bling américain ne me dérange pas mais je ne serais jamais bling-bling parce que je suis plus réservé. |
| Autre morceau étonnant, Les Femmes, en l’honneur des femmes, justement… ? |
| Il fallait que je fasse un morceau comme Les Femmes parce qu’après des morceaux irrespectueux et sales comme Play-Boy et Branleur de Service, il fallait que je me rachète. Il fallait que je fasse quelque chose de respectueux parce que moi, je ne suis pas macho pour un balle ! En en profitant pour, bien sûr, parler de ma maman. |
| Pourquoi utiliser l’humour pour les morceaux les plus personnels. Par peur, pour se cacher ? |
| Non, pas du tout. L’humour c’est plus un moyen de séduire que de se cacher. |
| Comme pour Riz Sauce Rien ? |
| Oui. Sauf qu’au départ, les textes étaient beaucoup plus glauques et profonds. Et je les ai réadaptés sur un morceau de reggae et dans lequel j’ai rajouté des petites phases pour en faire un morceau plus drôle. Pour parler de mon enfance, il fallait que je parle de mes turbulences, de mes échecs scolaires, du shit, des conflits avec ma mère, de la galère sans diplôme, sans expérience… Oui, c’était important pour moi de parler de tout ça. |
| Et de parler du shit dans Drogué dur aux Drogues Douces ? |
| Moi, le shit m’a apporté beaucoup de choses négatives donc j’étais obligé d’en parler en mal quelque part, parce que c’était la vérité. Ca m’a apporté beaucoup de parano, d’angoisses. Je voulais parler de ce qui m’avait vraiment touché. J’ai écrit ce morceau, j’étais jeune, j’avais 22 ans, il y a six ans. |
| Comment travailles-tu tes shows ? |
| Je fais beaucoup de répétitions pour entrer dans les différents personnages. Sinon, c’est quelque chose d’assez naturel chez moi l’interprétation théâtrale. Je travaille surtout l’enchainement des morceaux. Je fais des petites scénettes slam, des petites scénettes sketchisés. Ce n’est pas évident parce que les gens viennent, mine de rien, pour écouter du rap, de la musique. Donc il faut gérer ça pour ne pas saouler les gens. |
| Comment vis-tu ton double personnage de rappeur et de comique ? |
| Il n’y a que les gens qui viennent me voir sur scène qui peuvent savoir que je suis aussi un vrai rappeur. Moi je ne peux rien faire de plus. J’ai mis le côté humoristique en avant dans mes morceaux. C’était un choix personnel. Le reste, c’est aux gens de le découvrir en écoutant l’album aussi. Ca ne me gêne pas du tout d’avoir l’étiquette de rappeur humoristique. |
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| Propos recueillis par Lajoinie Adeline
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