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Interview de And also the trees
And also the trees
   
"On ferait également de la musique si personne ne nous écoutait"
   
Quelle a été votre approche artistique pour élaborer cet album ?
Nous nous sommes retrouvés dans une situation inhabituelle puisque notre bassiste a quitté l’Angleterre pour vivre en Amérique. Nous avons donc commencé à jouer live avec un autre bassiste qui vient de la même région que nous. Mais quand il devenait évident qu’on ne pouvait pas faire un nouvel album sans notre bassiste original, Ian Jenkins, le nouveau venu, et Paul, notre batteur ont commencé à travailler, à jouer sur des idées qui ont pris forme en utilisant une double basse. C’est donc basiquement ce qui a fait l’atmosphère de ce disque, l’utilisation d’une double basse par Ian. Ce sont des expérimentations qui nous excitaient. Ce sont plus les circonstances qui nous ont amenées à produire ce son. Cela nous a apporté un nouvel angle, mais sans bien savoir ce qu’on poursuivait. Cela fonctionne bien avec les guitares. On a essayé d’orchestrer les guitares autour de la double basse, de ce que faisait Ian, et de rendre ça, léger. Des fois, il y a une couleur de folk anglais et d’autre fois des couleurs de musique de pays de l’Est, avec ces gammes différentes. Au départ, il utilisait un double basse toute en bois, une vraie, mais, sur scène, il la troque contre une plus appropriée, électrique, ce qui est parfait pour le live, mais l’instrument n’a pas la richesse de son de celle en bois.
Il semble que vous retournez vers votre musique initiale, était-ce prémédité ?
Non, pas du tout. Cela a beaucoup à voir avec l’orchestration des guitares, qui sonnent comme un petit orchestre, avec un son plus organique, électrique, qui se rapproche de ce qu’on avait fait par le passé. Pour les paroles également, nous venions avec des mots qui nous rappelaient cette période, Virus Meadow, Farewell to the Shade…Nous ne savons pas si c’est le son des guitares qui nous a inspiré les paroles, ou si tout partait dans la même direction avec la musique en général. Il y a des références au passé, mais ce n’est pas une régression que nous avons voulu. Nous avons eu le sentiment qu’il était légitime pour nous artistiquement de retourner vers cette époque. C’est un nouveau son mais avec des réflexions du passé. Cela peut être positif de le faire, si on le fait dans le bon sens.
Comment expliquez-vous ce son paradoxal, avec des beats très post-punk, mais des guitares presque latines… ?
C’est naturel. C’est ce qui sort de moi. Mes influences proviennent des Années 60, des musiques de film. Ennio Morricone. John Barry. C’est probablement ce que j’écoutais quand j’étais gamin et que je regardais les films. J’ai toujours voulu faire des musiques de films et je crois que c’est ma prochaine étape, faire de la musique pour des images et pas pour des mots.
Vous voyagez énormément, entre la Floride, Genève, le Worcestershire…comment enregistrez-vous ?
Du point de vue écriture, cela ne me pose pas de problème. J’ai presque toujours travaillé en dehors du groupe, puisque qu’on a l’habitude de travailler sur cassette. Pour cet album, ils m’ont envoyé les idées sur cassettes, alors j’expérimente les voix, puis je leur renvoie la cassette, ou éventuellement des MP’3s. Genève est ma maison, je retourne une fois par mois, plus ou moins, en Angleterre pour travailler sur les morceaux. Mais la Floride c’est trop loin, c’est pour ça que l’on a du changer de bassiste. On va tous dans le Worcestershire ou à Londres, pour travailler et puis on va enregistrer dans un endroit fabuleux près de Worcestershire.
Votre musique pourrait être la musique d’un film, adapté de Dickens. Considérez-vous être des artistes romantiques ?
Je vois ce que vous voulez dire avec ces références. J’ai toujours cru que la musique d’un film devait être un paradoxe. Je vois quel genre d’images peuvent apparaître quand vous écoutez cet album. Mais je ne crois pas être romantique. Ça n’est plus un mouvement. C’est fini. Il y a des références surtout dans les paroles, mais ce n’est pas ce qu’on voulait faire de tomber dans une place comme celle-ci.
Les textes, qui se rapprochent de la poésie, sont pour vous très importants…
Ils sont très importants pour moi, probablement trop importants. Je ne suis pas un musicien, je suis juste un chanteur et un parolier. Quand j’entends la musique, c’est juste la grande passion de ma vie, j’entends les idées, je dois juste faire partie de ça, parce que j’adore leur musique, j’adore ce qu’ils font. Alors je mets beaucoup d’amour dans tout ça, je prends ça sérieusement. Des fois cela prend longtemps, dès fois cela prend trois minutes, cela vient de nulle part et c’est fabuleux. Dès fois il me faut deux ans pour finir une chanson.
Qu’est-ce qui vous inspire ?
La musique m’inspire. Je regarde dedans. J’ai plus l’impression que c’est la musique qui me met les idées dans la tête, plutôt que ce soit moi qui ait vraiment les idées.
Pensez-vous appartenir à la mouvance gothique comme on vous étiquette ?
Non. Si on considère le mot gothique dans son vieux contexte, oui, il y a des références gothiques dans notre musique, mais le terme ne veut plus dire la même chose qu’au début des années 80. On n’incarne pas ce qu’est devenu le terme gothique. Cela pourrait être parfois très utile pour nous d’y appartenir, pour toucher une plus large audience, mais on a rien à voir avec la scène actuelle. Même si on a toujours une bonne connexion avec ce public. Les festivals gothiques où l’on s’est produit ont des organisateurs très cool, ainsi qu’une très bonne affluence. Sans problèmes. Mais on n’est pas vraiment à notre place. On est plus devenu un groupe historique du mouvement dark, de ce que c’était avant le gothique puisqu’on a commencé bien avant ce mouvement.
Comment définiriez-vous votre musique ?
Bonne question. On ne sait pas. C’est bien d’être catégorisable, parce que quand on ne l’est pas, on ne se sait pas où se mettre…
Comment combinez-vous ces mélanges de noirceur et de presque bonheur ?
Je suppose que c’est parce que toutes les chansons sont écrites en accords mineurs, ce que je ne fais pas délibérément, mais c’est juste comme ça que ça sonne bien à mes oreilles. Quand je joue de la guitare, je trouve les accords compliqués plus intéressants que les accords simples. Et souvent, je trouve des accords mineurs dont on peut jouer de manière discordante à travers. C’est un élément clé pour les paroles. Parce qu’on peut trouver cette lumière dans la musique, même si elle peut être très sombre, très noire. Et je crois que les paroles peuvent aider à mettre en valeur cette lumière, plutôt que de chanter des choses évidentes en rapport direct avec la musique. Il doit y avoir de la lumière dans notre musique. Quelquefois on devient très noir, mais on veut dégager un feeling positif. Les derniers mots de l’album sont : « Eveything’s gonna be alright ». Ce sont de petites choses, mais qui sont très importantes pour nous. C’est une chose instinctive, car nous ne sommes pas dépressifs. On aime la beauté.
Etes-vous toujours en contact avec les Cure ?
Oui, de temps en temps.
Comment avez-vous choisi le titre de l’album « The Rag and Bone Man » ?
Il y a des années quand on grandissait du côté de Birmingham, il y avait des explications sur le concept de ce qu’étaient les Rag and Bone men. C’étaient ceux qui ramassaient ce que les gens jetaient. Originellement, c’étaient des vêtements et des os. Ils les collectaient pour les recycler en porcelaine et en papier. Ils venaient dans la rue avec des chats et des chevaux. Ils chantaient une chanson pour faire savoir qu’ils arrivaient. C’était comme des fantômes, quelque chose de mystérieux pour un enfant. On ne les entend plus maintenant. Cela fait partie des idées romantiques.
Quelles sont vos influences ?
Elles changent tout le temps. Les premières influences sont les musiques de film. Le Jazz, Iggy Pop, les Beatles, les Doors. C’est toujours la musique que cous écoutez qui influence votre style, mais aussi les bouquins et les films.
Tom Waits en Nick Cave, sont deux références pour vous ?
Oui, ce sont deux personnes qui travaillent encore pour qui nous avons un gros respect. Ils ne vous laissent jamais tomber.
Vous êtes toujours en dehors du processus marketing, est-ce que cela peut vous nuire parfois ?
Oui. C’est très difficile d’y rentrer. C’est très frustrant, même si on ne perd pas trop de sommeil à propos de ça. Mais d’un point de vue professionnel, c’est frustrant. On a besoin d’avoir les choses en place, une structure qui permet de continuer à construire. Si vous ne l’avez pas, vous devez tout faire par vous-même. Mais si vous essayez de faire tout dans le business de la musique, c’est presque impossible.
D’un autre côté, vous avez des fans très fidèles…
Les gens qui nous soutiennent nous ont donné un encouragement terrible, qui nous pousse encore à continuer comme un groupe. En même temps, je crois que l’on ferait également de la musique si personne ne nous écoutait. La vérité est que cela vous aide quand quelqu’un vous dit qu’il aime ce que vous faites.
   
Propos recueillis par Eloîse Bouton
     
     
     
     
 Artiste
 And also the trees


 Interview(s) Date publication
 Interview de "And also the trees" 11/03/2008


 News Date publication
 And also the trees aime le Virus 03/09/2008
 And also the trees à Paris 21/06/2008
 And Also The Trees en concert à Paris 06/11/2007


 Video(s) Titre
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