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Interview de Steve Seasick
Steve Seasick
   
"Pour le prochain album, on pense à quelques collaborations, pour le fun. Avec Amy Winehouse, par exemple, que j'ai rencontré à plusieurs reprises. Enfin cela dépend d'elle, elle est un peu folle"
   
Vous avez joué toute votre vie de la musique, cependant vous n’avez enregistré que récemment. Qu’est-ce qui vous a poussé à aller en studio ?
J’ai fait l’album dans ma cuisine (rires). En fait, j’ai enregistré un album, il y a quelques années, mais juste après j’ai eu une attaque cardiaque et je ne pouvais plus jouer. Ma femme m’a alors suggéré l’idée d’enregistrer les chansons à la maison. Je me suis procuré du matos que j’ai mis dans la cuisine. Je n’étais pas en train de composer un album, j’enregistrais juste des chansons, c’est pourquoi il sonne si primitif. Je ne pensais pas que quelqu’un pourrait être intéressé. J’ai été impliqué dans mal de groupes, mais je n’avais jamais fait mes propres trucs. Puis un ami m’a invité à jouer avec lui durant quelques shows. Là, je me suis dit, peut-être que les gens aimeraient, puisqu’ils semblaient apprécier ma performance sur scène. Le premier album avait été diffusé par la radio en Angleterre, mais après je ne pouvais rien faire, parce que j’étais malade. Quand plus tard, j’ai enregistré ce paquet de chansons, je l’ai envoyé aux types qui m’appréciaient en Angleterre. Ils ont adoré. Un parmi eux, qui venait me voir de temps à autre jouer, possédait une compagnie de disques. Il a voulu produire l’album. Je lui ait dit : « vas-y, mec, fais-le ». Et quelques semaines plus tard, les choses ont commencé à s’emballer.
Cette reconnaissance tardive vous effraie-t-elle ou est-ce plutôt plaisant ?
Je me suis donné un travail (rires). C’est étrange, parce que, maintenant, tous mes concerts sont pleins, je joue dans les gros festivals, ce qui n’arrivait jamais avant, un vieux type, débarqué de nulle part, qui devient célèbre. Cela casse toutes les règles. Donc c’est plutôt marrant.
Quels ont été les changements dans votre vie ? Plus d’argent ?
C’est sûr, j’ai plus d’argent et de concerts partout. Mais je suis juste heureux que des gens veuillent me voir jouer. Spécialement les jeunes. Je joue une musique très primitive qu’ils ne connaissent pas mais qu’ils apprécient. C’est une sorte d’honneur.
Vous ne définissez jamais votre musique comme de la musique blues…
Je crois que le blues possède une mauvaise réputation depuis que les blancs en jouent. Ils chantent des paroles qui n’ont aucun sens sur des gammes de base. Dans les sixties, les groupes de blues anglais n’avaient rien d’excitant. C’était devenu un truc de la classe moyenne blanche, joué par de petits mecs qui se prenaient pour Steve Ray Vaughan. Les jeunes ne s’y reconnaissaient plus. Et quand on perd la jeunesse, on perd tout le lien. Je ne joue pas du blues, je joue ce que je joue. Plein de gens décrivent ma musique comme du blues, mais je ne m’en préoccupe pas. Les jeunes qui viennent me voir, veulent juste savoir si ça rock ou pas. C’est tout.
Vous jouez de la guitare depuis que vous avez 8 ans, veniez-vous d’un milieu musical ?
Mon père, dans les années trente, était un pianiste de boogie-woogie. Je ne pouvais pas jouer de piano à cette époque, car mes doigts étaient trop petits. Et puis, je voulais apprendre la guitare. Les choses n’étaient si bonnes que ça à la maison, ma mère a viré mon père de la maison. Mais il avait eu le temps de m’apprendre la guitare. Après j’ai quitté la famille à 13 ans, pour aller sur la route, parce que si j’étais resté, j’aurais tué mon beau-père. Je faisais du travail saisonnier dans les fermes. Je suis resté pas mal de temps sur la route, alors mes chansons sont un peu rugueuses, forcément.
Quel a été le travail le plus particulier durant ces années de route ?
Travailler dans les carnavals. Quand vous travaillez dans les fermes comme cow-boy ou autre, vous ne voyez pas grand-chose du pays. Vous travaillez toute la journée et vous allez vous coucher. Dans les carnavals, vous allez en ville, vous rencontrez des filles. Et puis à cette époque, il y avait de vrais durs, c’était coloré.
Quel était votre rapport à la musique à cette époque ?
Auprès des feux de camps, les mecs racontaient des histoires ou jouaient des cuillères. Parfois, il y avait une guitare qui traînait. Quand je suis devenu plus vieux, des mecs m’ont dit qu’on pouvait aller jouer dans les rues pour faire de l’argent. J’écrivais déjà des chansons, mais je ne crois pas qu’il y en ait une qui fût bonne. J’ai toujours écrit. J’étais fasciné par les histoires des mecs qui avaient connu la grande dépression ou la guerre. J’ai entendu toutes sortes d’histoires. C’est pour cela que je ne me considère pas comme un bluesman, mais plutôt comme un musicien raconteur d’histoires.
Vous avez pensé à écrire un livre sur votre vie ?
Des gens m’ont demandé de le faire. Mais je m’ennuie de moi jusqu’aux larmes.
Vous avez déclaré que si les gens arrêtaient d’écouter votre musique, vous joueriez pour vos chiens…
Mon chien est mort, l’année dernière. Je vais écrire une chanson sur lui pour le prochain album. Il aimait toutes mes chansons…ou peut-être pas, mais il était toujours assis à côté de moi.
Vous êtes venu à Paris dans les années 70…
J’avais dix dollars en poche quand j’ai atterri à Paris. Un mec m’a pris en stop et m’a emmené à Saint-Germain, j’ai commencé à jouer devant les cafés. Après j’ai appris qu’il y avait un métro. J’allais dans le métro le matin et près des cafés l’après-midi. J’ai dormi dans le jardin du Luxembourg. Je suis resté trois ou quatre ans et puis je suis reparti en Amérique. C’est marrant de revenir jouer maintenant dans les villes où je suis passé quand je n’avais pas d’argent. A Londres, dans les pays scandinaves. Ma femme est Norvégienne, on a vécu 20 ans en Amérique, mais elle a voulu retourner dans son pays, alors je l’ai suivi, même si il y fait froid là-bas. On va sûrement quitter le pays bientôt.
A la fin des années 80, vous avez rencontré les futures grands groupes du grunge à Olympia…
En 90, 91, on vivait dans le Tennessee. Ma femme voulait bouger vers un endroit qui ressemble à la Norvège. On a atterri à Olympia. J’avais emmené mon studio avec moi. Et c’est là que tout se passait, même si je n’en savais rien. La première semaine je suis allé dans un club appelé le Surf Club, là où il y avait plein de groupes assez violents. On a sympathisé et ils sont venus enregistrer dans mon studio. J’ai du faire pas loin de 80 enregistrements pour ces groupes. C’était marrant tous ces mecs qui avaient l’impression d’avoir inventé la roue. Après, on a bougé avec ma femme…
C’est difficile pour vous de vous établir dans un seul endroit…
C’est impossible. Cela fait 25 ans que je suis marié avec ma femme et elle m’a dit qu’on avait eu 56 maisons différentes. C’est assez naturel pour moi d’aller sur les routes. Même si c’est un peu moins marrant qu’avant. Etre dans les aéroports, aller d’hôtels en hôtels, la tournée me donne moins de plaisir par rapport au temps où j’étais sur la route, mais j’aime faire des concerts.
Vous avez toujours fait tout, tout seul…
Pour le prochain album, on pense à quelques collaborations, comme ça, pour le fun. Avec Amy Winehouse, par exemple, que j’ai rencontré à plusieurs reprises. Enfin cela dépend d’elle, elle est un peu folle (rires). Mais les collaborations ne seraient que deux ou trois chansons. Je veux continuer à faire les choses par moi-même.
Vous joué de quelques instruments étranges…
J’ai une guitare à trois cordes, qui est sans doute la guitare la plus horrible de l’univers, elle vient du Japon, je crois. Au départ c’était une blague, mais, maintenant, les gens attendent que j’en joue. J’ai une autre guitare, à une corde, appelée le Deadly Bow, une simple corde sur un morceau de bois. J’ai une beat box du Mississipi, une boite sur un micro.
Quels sont vos modèles musicaux ?
Des mecs que j’ai croisé sur la route. Tous les vieux bluesmen du delta. Qui parlent de l’histoire de leur vie, même si tout n’est pas vrai. J’aime l’honnêteté de leur musique. Maintenant les jeunes jouent de la musique qui n’est pas connectée à ce qu’ils sont. Tous les mecs du delta parlent de leur sang sué, d’une vérité.
Est-ce facile pour vous d’écrire, malgré les changements dans votre vie ?
Oui, j’ai toujours écrit. J’ai vécu si longtemps de cette manière. Les sujets de mes chansons ne sont pas sur les choses qui se passent maintenant, mais des histoires qui me sont arrivées il y a longtemps. Je ne pensais pas que les gens seraient intéressés, mais maintenant les gens me les réclament, alors j’en ai des milliers pour eux.
Quels sont vos rapports avec vos fans ?
C’est marrant, parce que je suis célèbre maintenant et les gens commencent à me sauter dessus. C’est un peu hystérique de voir deux ou trois cents personnes, après un concert, venir pour m’approcher. Je ne peux pas avoir de l’attention pour tout le monde. Je ne presque plus marcher dans les rues. C’est bien, mais ça ne mène pas très loin.
Quels sont vos amis les plus proches depuis que vous commencé à tourner ?
Amy Winehouse, on s’aime bien. Et les Grinderman, ils sont cool. Je ne peux pas me rappeler de tous les groupes avec qui j’ai passé du bon temps.
Quels sont vos projets ?
Enregistrer un autre album en Angleterre et faire une tournée en Australie.
   
Propos recueillis par Isabelle Chelley
     
     
     
     
 Artiste
 Steve Seasick


 Interview(s) Date publication
 Interview de "Steve Seasick" 17/03/2008


 Video(s) Titre
  Steve Seasick : Cut my wings (version acoustique)


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