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Ben Folds

Ben Folds : Le Trabendo (Paris), 24 novembre 2008

Disons-le tout de suite, ce concert était un des meilleurs de l'année, toute catégories confondues. Artiste confidentiel dans nos contrées, Ben Folds est un personnage à part dans le music business (le simple fait qu'il puisse encore y évoluer suffit à redonner espoir en l'industrie musicale et tout le système de majors). Avec sa silhouette dégingandée de geek lunaire, l'Américain cultive savamment son aura d'anti-rock star. Généreux, drôle (hilarant même), imprévisible, humble et avant tout extrêmement talentueux, Ben Folds s'est constitué depuis ses débuts au sein du trio Ben Folds Five une base solide de fans ultra fidèles ; fans qui participeront d'ailleurs amplement à faire de cette soirée un moment inoubliable.

Mais commençons par le commencement : quatuor originaire du Nord-Est de l'Angleterre, Rachel Unthank et ses petites camarades du Winterset ont charmé un public extrêmement réceptif à leur balades gaéliques joyeusement poussiéreuses, dont certaines chantées dans d'immémoriaux dialectes de la vieille Albion avec un accent aussi pâteux qu'un fog automnal. Complètement envoûtée par ce folk traditionnel aux accents d'incantations runiques, l'assistance s'est laissée aller plus d'une fois à assurer les chœurs des quatre petites Anglaises, qui livreront même en fin de set une reprise de « Sea Song » de Robert Wyatt. Leur justesse et leur authenticité font de Rachel Unthank & The Winterset de parfaits anti-Corrs. Une excellente surprise en première partie, donc.

Encore que niveau surprises, la deuxième partie n'était pas en reste. Et ça commence dès l'entrée en scène, non sensationnelle au possible, où Ben Folds se contente d'arriver, le plus naturellement du monde, alors que toutes les lumières de la salle sont encore allumées. Après quelques saluts et remerciements timides – mais sincères, il s'installera seul derrière son piano. « Le groupe s'est perdu dans Paris et le chauffeur de taxi les a jetés, j'espère qu'ils arriveront à temps… » expliquera-t-il avec un irrésistible air pince-sans-rire, avant d'entamer le concert avec deux extraits de son premier album solo, « Zak and Sara » et « Fred Jones part. 2 ». Les fans de la première heure, ravis, lancent au hasard leurs titres préférés, qu’il attrape au vol : « "The Luckiest" ? OK… ». En l’espace de trois chansons, la set list a déjà volé en éclats.

Une fois rejoint par ses musiciens, Folds va aligner la quasi-intégralité de son dernier album : « Effington », « Brainwascht », « Hiroshima », « Cologne », « Free Coffee », « Kylie from Connecticut » et un « You don’t know me » où le bassiste servira de substitut plus qu’honorable à Regina Spektor… Plus fou encore, il régalera même l’audience de « fausses chansons » de ce même album : « Juste avant la sortie de l’album, on avait une journée à tuer à Dublin donc on a réécrit tout l’album en faisant en sorte que ces fausses chansons soient les plus mauvaises possible. On a ensuite tout "leaké" sur le net pour tromper ceux qui croiraient télécharger le disque avant sa sortie. Mais la blague s’est retournée contre nous parce que les gens ont aimé… » Ainsi, d’une histoire de séparation qui tourne mal, « Bitch went nuts » devient l’improbable chronique d’une réception huppée où un jeune avocat républicain invite une fille d’extrême gauche qui pètera complètement les plombs, ce qui lui coûtera sa carrière (« Bitch went nuts », donc…). Mieux encore, en jouant à la suite la fausse et la vraie version de « Dr Yang », Folds frôle carrément le masochisme : « Petite leçon de musicologie : une de ces chansons a été écrite en quelques minutes et enregistrée en deux heures, l’autre a nécessité des heures de travail et de production, voyons quelle différence il y a finalement entre les deux… ». Réponse : aucune. Ce mec est dingue.

Toujours en avance d’un coup, Ben Folds joue à fond l’autodérision : « Bon, maintenant que ce connard a joué toutes ses nouvelles chansons, il va peut-être nous faire le plaisir d’en jouer des anciennes », lance-t-il comme pour court-circuiter les pensées de certains fans chagrins – il faut dire que l’audience était bien plus enthousiaste sur les morceaux historiques. Pour ceux-là, la dernière partie du concert enchaînera « Landed », « Losing Lisa », et même quelques vieilleries de l’époque Ben Folds Five comme « Army » ou « Kate ». C’est d’ailleurs sur cette dernière que l’intégralité de la fosse, sans concertation préalable, a assuré naturellement les harmonies vocales du break, parfaitement divisée en deux voix. L’artiste en restera interdit, tout comme les non-initiés, pétrifiés par la beauté de ce moment quasi-magique. Sur « Not the same », qui terminera ce concert sans interruption (« On va s’éviter la formalité du rappel, ça nous fera gagner du temps »), la chorale improvisée rempile, cette fois dirigée par un Ben Folds aux faux airs de chef d’orchestre. Et puis comme il restera trois minutes (« Ce soir on joue jusqu’à ce qu’ils nous mettent dehors »), il reviendra une dernière fois pour conclure avec « One angry dwarf and 200 solemn faces », debout au piano, comme un Elton John version indie.

Michael Rochette

Michael Rochette


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 Artiste
 Ben Folds


 Chronique(s) Date publication
 Ben Folds : Way to normal 31/10/2008


 Aftershow(s) Date publication
 Ben Folds : Le Trabendo (Paris), 24 novembre 2008 26/11/2008



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