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Blink-182 : Rock en Seine 2010, Vendredi 27 août
Contre toute attente, la première tête d'affiche du millésime 2010 de Rock en Seine était un groupe de punk californien. Et les baggys remplacent les slims sur le site le temps d'une soirée…
Blink-182 (prononcer one-eighty-two), groupe culte du circuit pop-punk californien formé au début des années 90, s'est reformé l'an dernier. On pourrait croire qu'en France ce genre d'annonce se bornerait à un épiphénomène ne concernant qu'une poignée marginale de fans hardcore. ERREUR. Bien que consciencieusement étouffé par les médias généralistes allergiques à tout ce qui fait mal aux oreilles (vous reprendrez bien un peu de Robert Francis à la place ?), le phénomène Blink s'est bien ancré dans l'Hexagone et cette première journée de Rock en Seine le prouve : à n'importe quelle heure, on tombait nez à nez avec un t-shirt à l'effigie du groupe (des vieux, des plus récents et ceux achetés sur place). Et quand toute cette foule ira se masser à l'heure dite devant la Grande Scène, on ne pourra que reconnaître aux programmateurs un sacré pif : Blink-182 ont quasiment rempli à eux-seuls la première date du festival.
Pour la petite histoire, les conditions de cette reformation exceptionnelle ne sont peut-être pas étrangères à un tel engouement. Il y a quelques années encore, alors que le guitariste/chanteur Tom DeLonge filait le bonheur parfait (?) avec sa nouvelle formation, Angels And Airwaves, spécialisée dans les reprises de U2, le retour aux affaires de Blink n'était encore qu'un fantasme de fan désespéré et était condamné à le rester. Il aura fallu que, Travis Barker, le batteur, survive à un crash d'avion en septembre 2008 pour que les trois anciens camarades mettent de côté les querelles intestines et se rabibochent autour d'un lit d'hôpital. Pour autant, si les circonstances de la réconciliation sont très improbables, elle n'en est pas moins sincère. Comme annoncé par le groupe en plusieurs occasions, Blink-182 revient pour durer et met d'ailleurs la dernière main à un nouvel album annoncé pour le printemps prochain. Quant à savoir à quoi il va ressembler, ça c'est une autre histoire.
Mais concentrons-nous pour le moment sur cette tournée de reformation et son étape parisienne. Et surtout qu'attendre dix ans plus tard d'un groupe notoirement reconnu pour avoir donné les concerts les plus crétins de la galaxie ? Bingo : la même chose. Juste en un peu plus habillé, les nuits parisiennes étant un peu trop fraîches fin août pour s'amuser à jouer à poil. Le trio poussera même le fac-similé jusqu'à commencer le concert avec la même chanson depuis onze ans, "Dumpweed", et c'est tout St Cloud qui régresse d'un coup au niveau d'ado boutonneux monté sur roulettes. Dans le premier quart d'heure du show, les Californiens sortent les gros flingues d'emblée, alignant à la suite "Feeling This", "The Rock Show" et un "What's my age again?" – hélas – particulièrement mou du cul. On commence à peine à déchanter qu'ils dégainent dans la foulée une bardée de mid-tempo génériques échappés du très dispensable self-titled album (Blink-182, donc) : "Violence", "I Miss You", "Down", "Always" et "Stockholm Syndrome", accompagnés de "Stay Together for the Kids" (premier symptôme notable de ramollissement échappé de l'album précédent). Un ventre mou auquel on aurait volontiers substitué quelques extraits bien sentis d'Enema of the State ou de Dude Ranch et même Take Off Your Pants and Jacket, autrement plus débiles – donc jouissifs.
Là où on frôle la schizophrénie, c'est quand les deux frontmen – le bassiste Mark Hoppus en tête – nous régalent entre les morceaux de ces blagues foireuses qui forgèrent leur légende : "Je suis allé dans un musée, le Louvre (prononcé à l'américaine : "lube" = lubrifiant), et j'ai été très déçu". Ou Hoppus – encore lui – qui fait mine de s'adresser au public en balançant aléatoirement tous les mots français qu'il connaît ("comment allez-vous, je vais à la plage, soufflé, chateaubriand..."). Et ça, c'est quand ils ne demandent pas comment on dit "vagin" en français… Difficile après ça de sortir des chansons comme "Violence" dans le plus grand sérieux. Heureusement, la trépanation électrique reprendra vite son cours normal avec une jolie série plus old school incluant "First Date", "Don't Leave Me", "All The Small Things" ou "Josie", sur fond de lapin qui montre son cul sur les écrans derrière – et nous voilà à nouveau en terrain connu. Le rappel commencera quant à lui sur un impressionnant solo de batterie de Travis Barker, qui finira la tête en bas solidement harnaché sur sa plateforme tournante (encore plus fort que le batteur de Slipknot). Difficile de croire que c'est le même Barker qui survivait in extremis à un crash d'avion deux ans plus tôt… Comme annoncé par Mark Hoppus juste avant le rappel ("c'est notre dernière chanson, mais après il y en aura encore deux autres"), le concert se terminera sur deux classiques qui raviront les fans, "Carousel" et "Dammit", avant de conclure sur le traditionnel "Family Reunion", plus slogan que chanson, uniquement composé de gros mots ("Shit, piss, fuck, cunt, cocksucker, motherfucker, tits, fart, turd, and twat, I fucked your mom" – on vous fera grâce de la traduction mais vous voyez l'idée).
En résumé, Blink-182 en concert, c'est objectivement assez décevant mais la nostalgie se charge de combler les trous. Donc finalement c'était pas si mal. Vous suivez toujours ?
Michael Rochette
Photo Nicolas Joubard
Michael Rochette
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