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Cake : La Cigale, 19 mars 2011
L'un des groupes les plus mythiques de l'indie-rock 90's revient après sept ans d'absence. Et il était très attendu.
Avant d'entrer dans le vif du sujet, petit retour en arrière, quelques heures avant le fameux concert. Lors d'une courtoise visite sociale chez ma grand-tante, on me présente la petite fille d'une de ses amies. 19/20 ans, étudiante, apparemment bien éduquée, avec au fond de ses grands yeux noisette cette étincelle de curiosité qu'a la femme à l'aube de l'âge adulte. "Oh, tu travailles dans la musique ?", s'interloque-t-elle avec émoi. "Exactement, et d'ailleurs ce soir je vais voir Cake", déclamé-je en retour, le ton triomphant (car ça faisait trois mois que j'essayais d'avoir des places pour ledit concert et j'avais enfin eu la confirmation le matin même). "Connais pas".
Ô ébauches de ridules aux coins des yeux, ô premiers cheveux blancs, ô calvitie précoce ! (oui, il y en a qui cumulent) Ô martyr du rock critic trentenaire qui voit l'une des plus éclatantes gloires de son adolescence précipitée dans les abysses de l'obsolescence du simple mot d'une innocence nymphette fan de David Guetta ! Comme Status Quo, Foreigner ou Kajagoogoo avant eux, Cake seraient-ils condamnés à rester prisonniers de la décennie qui les a vus éclore ? Appartiennent-ils irrémédiablement à ce temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ?
Hélas, l'ingrate jeunesse a rendu son verdict : Cake correspond désormais à une autre génération. Difficile d'argumenter lorsqu'on calcule rapidement la moyenne d'âge de la salle le soir même, les seuls individus en dessous de trente ans étant les enfants des fans venus en famille. S'il est peu probable que Cake puisse gagner de nouveaux fans en quantités significatives aujourd'hui, le nombre et la ferveur des fidèles hérités des vertes années devraient suffire à assurer la subsistance des Californiens pour un bon moment (il n'y a qu'à voir la vitesse à laquelle la date à la Cigale s'est remplie – sans la moindre publicité). L'ambiance dans la salle est plutôt à la franche camaraderie (du moins jusqu'à ce que ça se mette à hurler "assis !" dans les balcons), réunis dans l'interminable attente de voir un jour un successeur à leur dernier album, Pressure Chief (2004 !!!). Et pour fêter l'arrivée imminente de Showroom of Compassion en terres tricolores (sorti en janvier dernier aux US, mais dans quelques mois de ce côté-ci de l'Atlantique), nous avions tous rendez-vous pour "Une Soirée avec Cake".
Une soirée qui se fera d'ailleurs bien désirer, puisque le groupe affichera un retard de plus de 45 minutes (le guitariste qui ne s'est pas réveillé à temps). Une fois passés un message d'intérêt public et une très (très) longue musique d'intro, le show pouvait enfin commencer. Accueillis en véritables héros, les Californiens ne perdent pas (plus ?) de temps et attaquent sans plus de cérémonie avec une reprise de Willie Nelson, suivie deux extraits consécutifs de Comfort Eagle ("Opera Singer" et l'instrumentale "Arco Arena"), loin d'être leur album le plus populaire (et pourtant le plus joué ce soir-là : cinq titres !). À mesure qu'il explore son répertoire historique ("Frank Sinatra", "Mexico", "Wheels"…), le quintet déploie sa palette de signatures sonores : la basse moelleuse et funky de Gabe Nelson, la voix sublimement nonchalante de John McCrea, et surtout la trompette de Vince DiFiore qui donne à l'ensemble cet air si caractéristique de mariachi indie. Il faudra attendre le septième morceau pour qu'on nous présente enfin un extrait du dernier album, "album que vous devrez attendre encore quelques semaines en France ou que vous pouvez aussi pirater sur internet. Comme il est sorti sur notre propre label, vous nous volerez directement sans avoir à blâmer une méchante maison de disques, c'est plus honnête comme ça" – ou comment contrer le piratage en culpabilisant son public... Pour "Sick of You", le premier single, McCrea divisera la salle en deux parties inégales pour chanter le canon de l'outro : 30% qui trouvent des moyens de fuir la réalité ("les vampires, J.R.R. Tolkien, les jeux vidéos, la marijuana…") et 70% dans le rôle des aigris ("ça doit se trouver facilement en France, surtout à Paris" – John connaît son public).
Planté en plein milieu du set, un "I Will Survive" chanté complètement à contretemps privera le public du plaisir de reprendre les refrains en chœur – frustrés, ils se vengeront après la chanson en entonnant spontanément des "la lala la la" façon Coupe du Monde 98 (maître en sa demeure, John McCrea les calme vite en se moquant gentiment d'eux "c'est tellement beau, vous pensiez au foot, c'est ça ?"). Vient ensuite le moment de choisir un membre du public pour lui offrir… UN ARBRE ! Dans le cadre de l'opération "Cake Forest", le groupe offre en effet un arbre en pot à chaque concert, le fan qui en hérite devant s'engager à le planter dans son jardin et envoyer régulièrement des photos à mesure qu'il pousse (on peut suivre les évolutions sur le site web du groupe). Puis, après s'être rendus compte qu'ils avaient encore perdu quinze minutes pour un pommier, l'allure va sensiblement s'accélérer pour pouvoir caler le plus de morceaux possible avant le couvre-feu (on aura même droit à "non non, n'applaudissez pas, on perd du temps"). La seconde partie va donc filer dru, avec une nouvelle volée de titres de haut niveau très vite – et très bien – expédiés, le tout sans set-list fixe (on les voit se concerter entre chaque morceau). Au moment de se quitter, le retard aura été presque rattrapé, notamment grâce à l'abandon de l'épique "Jolene" (rarement chronométré en live à moins de six minutes) – à choisir on se serait plutôt passés de la reprise de "War Pigs" de Black Sabbath en rappel, pas mauvaise mais pas essentielle non plus. Après nous avoir remerciés avec humilité d'avoir choisi de passer la soirée avec eux dans une ville qui propose autant d'options, ils nous renverront à nos pénates avec "The Distance" (et/ou un arbre) sous le bras.
Michael Rochette
Alex
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