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Carmen Maria Vega : Printemps de Bourges 2010
La soirée de la chanson francophone s’ouvrait cette année avec une petite bombe.
Une petite bonne femme aux cheveux noirs tout courts et à la robe bustier à volants toute rouge qui débute son show en une sorte de polyphonie corse avec ses trois musiciens (basse, batterie, guitare et parfois contrebasse aussi) autour d’elle. Cette lyonnaise d’origines guatémaltèques n’est pas une chanteuse ordinaire. Elle joue (voire sur-joue) chacun de ses titres, décrochant irrémédiablement un sourire suite à ses prestations souvent caricaturales. Elle débute par un morceau sur lequel elle dépeint une fille maladivement peureuse, qui devient accro aux antidépresseurs (d’où le nom du titre, Les antidépresseurs). Avec sa voix puissante à la Mireille Mathieu et sa gouaille proche d’Arletty, l’on ne s’étonne pas que ce soit de la chanson réaliste amusante qui nous soit proposé là.
Si le groupe n’a pour le moment sorti qu’un album, il ne leur en faut pas beaucoup plus pour mettre l’ambiance. Chaque chanson raconte une histoire sur un fond de jazz tzigane- et est introduit par le petit discours d’une artiste qui n’a pas sa langue dans sa poche. « Si jamais y’a des gens qui exercent le métier qui suit, pardon. Et pour les autres, vous avez de la chance » explique-t’elle avant d’interpréter un titre sur les huissiers de justice. Elle demande ensuite à son ingénieur lumière : « éclaire-moi un peu les gens, connasse » et cherche un membre du public qui, comme elle, « aurait déjà eu le bonheur de se faire larguer », lui demande son prénom et chanter la chanson suivante pour lui « et pour tous les autres, qui ont fait, genre, moi je me suis jamais fait larguer, c’est moi qui largue. Comme ça vous serez ce que c’est. » La canaille fait ensuite crier tés fort les filles du public et annonce le titre Le Fourbe en assénant : « on va faire une chanson pour tous ces gros nazes. » Elle laisse ensuite le micro à son guitariste, « celui qui compose mes chansons parce que j’écris pas mes textes, j’ai pas que ça à foutre ! »
Arrive le moment du tube La menteuse, qui confirme, s’il le fallait, que le public, connaisseur ou pas, est conquis par cette petite boule de pure énergie. La bondissante crie « aux chiottes la hiérarchie » avant d’interpréter le titre du même nom contre les petits patrons vicieux. « Allez, une dernière chanson et on se casse, parce que nous, on n’a pas que ça à foutre. » Elle demande alors la pleine participation du public : « imaginez que vous faites tous partie d’une communauté où tout le monde vit tout nu. Vous êtes à l’aise, là, en regardant votre voisin et en l’imaginant à poil, hein ? » Tout le monde doit alors lever les mains en l’air et balancer ses bras pour Les gens sont gentils / La chanson française. Un titre aussi drôle et sarcastique que les précédents et une marée de mains humaines qui donne l’impression à l’artiste « que Céline Dion est venue à Bourges. » Une performance très rafraichissante.
Adeline Lajoinie
Photo : Ali All
Lajoinie Adeline
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