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David Bowie : Pavillon de Paris, 17 mai 1976 ( EMI )
Bien sûr, Bowie a déjà joué quelques fois dans des clubs à Paris (la dernière en 1971), mais il n’était qu’un inconnu. Et pourtant, pour ces grands débuts, la Ville Lumière boude à moitié celui dont l’alter ego est désormais le Thin White Duke. Le dernier des trois concerts prévus a été annulé, et le Pavillon de Paris n’affiche même pas complet.
Paris aurait voulu voir Ziggy, il n’y a qu’Iggy en coulisses. Bien sûr, les absents, ceux qu’a rebutés la phase “plastic soul” de Bowie, ont tort. Peu importe que nous soyons privés de la projection du Chien andalou, le court-métrage surréaliste de Luis Buñuel et Salvador Dali (la salle, ancien abattoir, laisse passer trop de lumière). Lorsque le beat mécanique de Kraftwerk sur la sono laisse la place à la longue intro tendue et répétitive de “Station To Station”, la pénombre se fait. Et lorsque Bowie surgit enfin, c’est le choc. Les éclairages novateurs et expressionistes, exclusivement blancs, spots de cinéma et plafond de néons, découpent une silhouette émaciée. “The sad effects of the cocaine”, comme il le chante. Mais qui n’affectent aucunement la qualité de sa performance.
Cheveux blonds plaqués en arrière, chemise blanche au col ouvert, gilet et pantalon à pinces noirs, le Thin White Duke ressemble à un dandy de l’entre deux guerres, ou à un crooner alien. Derrière lui, c’est à peine si l’on remarque que son groupe (Carlos Alomar à la guitare rythmique, Stacy Haydon à la lead, l’ex-Yes Tony Kaye aux claviers, George Murray à la basse et Dennis Davies à la batterie), noir et blanc, lui aussi, assure. Chacun n’a d’yeux que pour un Bowie magnétique et sobre, dont chaque geste est millimétré pour le maximum d’effet, et souligné par les éclairages dramatiques.
Evidemment centré sur l’album Station To Station, qui vient de sortir, le show n’oublie pas de revisiter quelques standards de son répertoire : assez fidèlement pour le medley “Life On Mars/Five Years”, “Changes”, “Diamond Dogs”, “Fame” ou “Queen Bitch”, son hommage au Velvet Underground. Dont il reprend le “I’m Waiting For The Man” sur un tempo funky et vicieux, façon cabaret ironique, au grand dam des puristes – mais Lou Reed en fera de même, un peu plus tard. De même, “Suffragette City”, “Panic In Detroit”, affublé d’un solo de batterie superflu, ou “Rebel, Rebel”, enrobé de “Lalalala”, et “The Jean Genie”, en rappel, abordés en décontraction et sur des tempos dansants, font grincer les dents des nostalgiques de Ziggy. Tant pis pour eux. Les autres auront pu apprécier un Thin White Duke en pleine mutation, à mille lieues de l’ordinaire des concerts de rock, en grande forme vocale, et suprêmement à son aise. En un mot : fascinant.
Thierry Chatain
Thierry Chatain
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