|
Didier Super : L'intégrale (La Bellevilloise, Paris, 4 novembre 2009)
Didier Super, l'intégrale : soit quatre heures de spectacle, l'affiche promettait du challenge. Et quand on connaît la teneur habituelle des concerts du "chanteur", ce n'était pas le soir pour couver un début de rhume. Deux Rhinadvil plus tard, direction la rue Boyer pour une expérience au-delà des limites du corps et de l'esprit.
18h45, dans la queue devant la Bellevilloise, ancien squat parisien réhabilité en haut-lieu de la contre-culture alternative (voir aussi : parc à bobos). La goutte au nez et une migraine solidement arrimée au fond du crâne, je rentre enfin pour me faire accueillir respectivement par un dénommé Jean-Claude, soi-disant producteur de Didier Super (à ce moment-là on voulait encore bien le croire), le gars du traditionnel comptoir invitations (c'est pas demain la veille que je payerai pour un concert de Didier Super), le gars qui-fait-des-tampons-sur-le-poignet-même-si-toute-sortie-est-définitive et enfin le gars qui déchire le billet en te demandant de "rentrer en marche arrière et de te taire". Le ton est donné. Ça commence bien.
Une fois arrivé dans la partie "forum", on s'installe plus ou moins en cercle autour des deux vélos qui jonchent le sol, entourés d'amplis pourris et de différents éléments de chantier, tandis que Didier erre l'air de rien entre les chiottes et le bar en vieux survet' (dont le pantalon ne tient que par la grâce d'une ceinture improvisée en chatterton). Les infos en fond sonore. Arrivent enfin Les Têtes de Vainqueurs, duo de cascadeurs foireux composé de Didier et de son pote Fabrice, cousins (consanguins) de Pouf le Cascadeur, mais avec des vélos, de la bière et un extended mix maison de "The Final Countdown" d'Europe de plus d'une demi-heure péniblement crachoté par les amplis fatigués. N'empêche qu'entre deux conneries "à la Didier" du genre "si on n'était pas intermittents, ce serait encore plus pourri" et des éclatages de nains de jardin ou de parpaings, les mecs assurent vraiment sur leurs BMX et sous ses allures cheap de trompe-la-mort en carton, le show est plutôt bien foutu. Un aspect assez méconnu de l'artiste – le gars a en fait plus de 15 ans de vélo derrière lui – qui en laissera plus d'un sur le cul (et pas seulement parce qu'on était tous assis).
Pour le reste, on est déjà en terrain plus familier. Quelques minutes après les prouesses physiques, on retrouve Didier à l'étage inférieur pour une dernière – du moins on l'espère – représentation de son "Concert sans musique" (mais avec quand même de la musique), spectacle qu'il a joué ces deux dernières années à Paris au Théâtre du Temple et au Point Virgule (où il terminait fréquemment dans la rue). Même pour quelqu'un qui l'a vu plus d'une dizaine de fois – genre euh, moi – c'est toujours dur de s'en lasser ; alors on vous laisse imaginer le choc pour ceux qui découvraient le phénomène sur scène (il y en a encore). Enfin, en troisième partie, après une petite escale musicale assurée par le duo féminin Maïon & Wenn – dont profiteront les trois quarts du public pour refaire le plein de nicotine et de houblon – Didier revient cette fois avec ses musiciens, pour un set autrement plus électrique, composé de ses plus grands "tubes" (et notamment "Je veux être une star" qu'il commencera deux fois avant de s'arrêter quand tout le public la reprend en chœur : "bon, ben si vous la connaissez on va plutôt en faire une autre"), ainsi que des reprises punk de standards qui, bien que réputés immortels, vont tout de même avoir du mal à s'en remettre ("Les démons de Minuit", "J'ai encore rêvé d'elle", mention spéciale à la version Jeff Buckley de "Hallelujah", brillamment essorée dans un sublime yaourt approximatif). L'alcool aidant, quelques fans bien imbibés trouveront le courage de "participer" du fond de la salle, offrant à Didier quelques belles occasions de concasser du boulet.
En bref, depuis son avènement en 2004 avec Vaut mieux en rire que s'en foutre (premier du nom), Didier Super représente plus que jamais un mal nécessaire dans une société à deux vitesses qu'il prend un malin plaisir à se faire en marche arrière. Apportant une solution toute personnelle les inégalités (les "minorités" en prennent autant dans la gueule que les autres sans distinction de race, de sexe, de religion, de sexualité ou d'idéologie), un concert de Didier Super reste peut-être le dernier endroit où le premier article de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen est appliqué à la lettre, fut-ce – certes – au tractopelle.
Reste aujourd'hui à dépoussiérer un peu le répertoire en donnant par exemple vraiment naissance à la fameuse comédie musicale qu'il prétend écrire depuis quelques temps et dont il n'a pas arrêté de nous parler durant la soirée. Au vu des premiers "extraits" qu'il nous a joués, ça pourrait encore une fois être très savoureux. Alors, info ou intox ? Avec lui on a appris à s'attendre à tout…
Michael Rochette
Michael Rochette
|