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Didier Super : Vieilles Charrues, Vendredi 21 juillet 2006 ( V2 )
Pour divertir ceux qui coincent avec l'angélique Raphaël et son spectacle « spleen » aux chansons mielleuses, les Vieilles Charrues ont programmé au même moment Didier Super. Mauvais chanteur collant sa bouche au micro pour n'en être que pire, guitariste à trois accords faisant semblant d'avoir débuté la veille, notre homme sait faire parler de lui en donnant un spectacle à l'opposé de ceux des autres, « à l'arrache ».
Mais qu'on ne s'y trompe pas : ses pseudo-improvisations, marque d'un apparent anticonformisme, suivent bel et bien une trame qui se trouve être identique d'un concert à l'autre (sans compter des plaisanteries tombant à point... et comme par hasard toujours au même moment !). Le show débute par une reprise punk cinglante de Johnny et de son « Tennessee » : décalage assuré 24 heures après le passage de l'original à Carhaix. Le Sieur Hallyday, cible favorite de Didier Super, passe d'ailleurs à la moulinette titre après titre à travers des références au concert de la veille ou par l'intermédiaire du texte des chansons comme dans « Hé bah, t'es con ».Bien décidé à choquer, le ch'ti bonhomme ne recule devient rien et aborde des thèmes que d'autres artistes s'empresseraient d'éviter tels que les nazis, Hitler, Jésus, la mort des personnes âgées, celles des jeunes, etc. Didier Super pourrait incarner le fantasme de tous ceux qui ont un jour rêvé de monter un groupe punk avec des potes, sans savoir jouer mais avec la ferme intention de foutre le souk. Mais derrière cette façade « Never Mind The Bollocks » pointent des revendications et des messages (parfois implicites) touchant à la politique, à la société ou au showbiz. Défenseur de l'intermittence du spectacle (il rappelle que les militaires qu'on entraîne à faire la guerre sont payés pour cet entraînement, alors que les artistes n'ont le droit de comptabiliser leurs heures que lorsqu'ils sont sur scène), il se pose également en détracteur de Sarkozy (qu'il va jusqu'à comparer de façon un peu douteuse à un certain moustachu ayant jadis sévi outre-Rhin...) avant de taper sur les apprentis anarchistes se donnant des allures de clochards alors qu'ils sont issus de la jeunesse dorée.L'humour au trentième degré, toujours sur le fil, semble le maître-mot de ce qui ressemble vite à un anti-concert où il est bien entendu que l'on ne respecte rien : les morceaux ne sont pas terminés parce que « ... ça (l)'emmerde ! », il s'interrompt aussitôt après une intro parce que le public a commencé à chanter en même temps que lui et qu'il ne voit aucun intérêt à continuer dans la mesure où les spectateurs la connaissent... On assiste ainsi à un grand bazar qui amuse beaucoup des festivaliers majoritairement venus pour la fête, peut-être également en quête d'une alternative à la musique clean servie ailleurs et aux shows si carrés que rien ne dépasse.Avec Didier Super, tout part en vrille dans un « égo-trip » où il n'y a finalement de place que pour lui et pour ses délires trash. Ce concept serait fort sympathique si la fin du concert ne tournait pas en eau de boudin : les insultes, les blagues incessantes et autres provocations ont tendance à lasser et la musique (à coup de bribes sonores non-identifiées suivies de blancs interminables) ne suffit pas à garder en haleine un public qui n'est pas encore assez imbibé pour se contenter de n'importe quoi. C'est dommage, car certains des titres proposés dans des versions punk criardes ont vu leur texte évoluer vers un contenu pas si débile ni décousu qu'il en a l'air. À voir pour ceux qui souhaitent faire le plein de (Didier) Super et donc de foutage de gueule, pour le fun et pour se faire une autre idée de la musique... même si le soufflé peut retomber aussi vite qu'il s'est mis à gonfler !
Alexandre Blomme
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