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Dream Theater : Sonisphere (Amnéville), 08 juillet 2011
Dream Theater a fait peau neuve et il profitait de sa plus grosse date française de l'histoire pour présenter son nouveau batteur, Mike Mangini, tout en donnant un léger avant-goût de son onzième album studio, A Dramatic Turn Of Events. Avec un choix de morceaux un peu plus judicieux, le leader du prog metal aurait certainement convaincu au-delà de ses aficionados.
Un Mike peut en cacher un autre, Mangini a donc récupéré le siège laissé vacant par Portnoy. Mais dire que l'arrivée d'un nouveau cogneur a totalement bouleversé le groupe serait certainement exagéré. Si les musiciens voulaient que le changement se fasse en douceur et que le “remplaçant” ne fasse surtout pas fuir son public, c'est réussi. On pourra s'amuser à faire des blind-tests pour voir si les inconditionnels sauraient différencier le nouveau et l'ancien batteur.Dès le décollage sur un vigoureux “Under A Glass Moon”, il était clair qu'à défaut d'être vraiment meilleur, Dream Theater n'était pas amoindri. On sentait même une sorte de nouvel équilibre avec surtout un chanteur qui a repris du galon. Si, d'ordinaire, ce dernier tient les rênes dans la majorité des groupes, le batteur étant au bas de l'échelle, c'était l'inverse dans Dream Theater. Le leader était batteur et le chanteur pouvait taper le carton avec les roadies en attendant qu'on le sonne, pendant que les “vrais” musiciens s'exprimaient sur scène. Et en studio, ce n'était guère mieux, James LaBrie devant s'accommoder de compositions et de paroles écrites par ses patrons, Mike Portnoy, John Petrucci ou même John Myung. Pour ce concert événement, il paraissait comme libéré et maître de son espace scénique. Et là, contrairement à la batterie, c'était une vraie nouveauté. Nul doute que ce groupe plus conforme aux habitudes saura convaincre bien au-delà de son public habituel d'amateurs de virtuosité instrumentale. Si toutefois il soigne un peu mieux son répertoire.Petrucci était-il soucieux de ne pas reverser trop de droit à Portnoy, ou quoi? On doute que la sélection étrange et peu spectaculaire de morceaux signés par le guitariste soit purement le fruit du hasard. Dream Theater avait judicieusement démarré avec l'un des titres phares de l'indétrônable Images And Words, dont on va bientôt célébrer le vingtième anniversaire, mais on n'aura guère d'autre occasion de se réjouir de cette mémoire retrouvée. En exceptant l'efficace “Forsaken”, extrait de Systematic Chaos, donc relativement récent, ou “Caught In A Web”, du plus ancien Awake (et co-signé avec LaBrie), Petrucci n'a guère retenu les compositions les plus indispensables, avec “The Great Debate”, de Six Degrees Of Inner Turbulence, “These Walls”, de Octavarium, ou même le titre d'ouverture du nouvel album “On The Backs Of The Angels”, dont il a aussi signé le texte et qui n'est pas ce que le groupe a enregistré de plus captivant. Quant au dispensable “Fatal Tragedy”, de Metropolis Pt 2: Scenes From A Memory, il a probablement été sélectionné pour faire plaisir au discret John Myung, auteur des paroles.Il est vrai qu'avec un créneau d'une heure seulement (l'un des défauts majeurs du Sonisphere), Dream Theater était particulièrement pénalisé. Logiquement, soit il incorporait certains des morceaux à rallonge qui ont fait sa gloire, quitte à faire des impasses, soit il essayait de retracer sa déjà longue épopée avec un maximum de titres des tous ses albums. En faisant un peu des deux, avec du long et du vieux mais pas trop, le quintette a occulté trop de perles (rien de Falling Into Infinity, ça peut se comprendre, mais rien de Black Clouds & Silver Linings, ni de Train Of Thought, là, ça n'avait pas de sens). Allez, on dira qu'avec un petit quart d'heure de rab' et un ou deux titres biens choisis (genre “Pull Me Under”, même s'ils en ont marre de celui-là…), Dream Theater aurait collé quelques bonnes baffes jusqu'aux derniers rangs. Commeil le faisait à cette époque lointaine où il nageait complètement à contre-courant.
Jean-Pierre Sabouret
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