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EZ3kiel : La Cigale, Paris - 5 novembre 2008
En mélangeant depuis dix ans musique(s) électronique(s), électrique(s) et acoustique(s) dans toutes les configurations envisageables par l’esprit humain, EZ3kiel s’est créé sa propre sphère ; une bulle de métal en expansion permanente aux parois tellement lisses qu’aucune étiquette n’a jamais pu vraiment y adhérer.
Extension logique d’un univers visuel sophistiqué et fascinant qui mêle allégrement l’organique à un futurisme rétro tout en arabesques victoriennes, la scène reste un espace de convergence privilégié pour les différents médias qui tissent la mystique des Tourangeaux. Aussi, plus qu’un simple concert, EZ3kiel propose une expérience multisensorielle où l’ouïe, la vue et même le toucher sont sollicités, dans des combinaisons interactives parfois surprenantes.
Tout commence pourtant de manière assez classique : musique et jeux de lumière, le temps d’installer la transe au son des flux et reflux soniques d’ « Adamantium » (qui non content d’ouvrir les concerts de cette tournée ouvre également le nouvel album du groupe, Battlefield). Embrumée par les volutes bleutées des cigarettes exotiques (le brouillard cachait même les panneaux « interdiction de fumer »), la fosse communie comme un seul homme dans un hochement de tête synchronisé du plus bel effet. Sur « Strange Days », le projecteur crache des images angoissantes de morphing placentaire sur l’arrière scène, conviant Lynch et Cronenberg à la fête tandis qu’un clavier noyé de réverb’ imprime la rythmique d’un dub translucide. « Leopoldine » et « Volfoni », tous deux extraits de Naphtaline, étendent le vortex, strié ici de violon distordu ou là de guitare cutée à la machette. Des griffes de lumière écorchent le plafond de la Cigale ; le rythme, martial et glacé, s’alourdit jusqu’à la brisure cristalline de « The Wedding », phase atmosphérique célébrant sur écran l’union de poupées fantomatiques dans un théâtre qui finira tour à tour brûlé puis inondé.
Pour « Spit on the Ashes », on est presque choqué d’entendre une voix chaude et rocailleuse soudain recouvrir les machines après plus d’une demi-heure essentiellement instrumentale. Furieusement éraillé, « Firedamp » flirte avec les métaux extrêmes, directement suivi de « Break or Die » et de son improbable mécanique cuivrée reproduisant en arrière plan (et en temps réel) les breaks entremêlés des batteries de Matthieu et de Stéphane. Après le préhistorique « Jah’s hardcore » (sorti de l’album fondateur Handle with care), place au « Lac des Signes », deuxième échappée onirique de la soirée, pas vraiment du goût d’un public turbulent en manque d’infrabasses (qui poussera le manque de respect jusqu’à siffler les musiciens). Et quoi de mieux qu’un gros joujou pour calmer les enfants pénibles ? Enorme baudruche transparente criblée de capteurs, le « ballon interactif » est jeté dans la foule, produisant une note différente de xylophone à chaque fois qu’il rebondit, créant ainsi chaque soir une nouvelle berceuse aléatoire en guise d’introduction pour le morceau « Sûrement ».
Un générique de fin (un vrai, avec tous les noms, comme dans un film) défile alors en clôture de cette première partie. À la fin de ce dernier, les musiciens reviennent sur scène à pas de loup ; et alors qu’aucun mot n’aura été prononcé durant tout le concert, Johann Guillon s’empare d’un micro pour remercier son public et présenter les techniciens. S’ensuivra un court rappel durant lequel ils joueront une version dantesque du très attendu « Versus » suivie de « Wagma » en guise d’outro (le morceau clôt également l’album Battlefield). La boucle est bouclée.
Michael Rochette
Michael Rochette
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