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Eddy Mitchell : Vieilles Charrues 2011, Carhaix
Pour sa dernière séance, le grand Eddy a sorti le grand jeu. Version crooner un peu cabot, il a offert la presque totalité de son répertoire populaire à un public de tous âges, ravi.
On le sait depuis longtemps, cette tournée-là sera la dernière. En théorie. Il ne faut jamais trop se fier aux adieux des artistes. N’empêche, l’âge aidant, il est bien possible que ce fût la dernière chance de voir Mister Schmoll sur scène. Et il ne nous a pas déçus ! Arrivée sur scène, ultra classe, costume 3 pièces noir, entouré de cinq musiciens (clavier, batterie, guitares, basse), tous vêtus d’un veston à rayures noir et blanc. Ceux qui l’entourent ont au moins son âge, le guitariste avec un faux air de Castaldi père, le batteur de Bernard Lavilliers. Mais tout le monde a la grosse patate ! En vieux briscard, Eddy marche doucement, ondule des épaules et fait gonfler sa chaude voix rock. Il débute fort avec C’est un rocker puis nous explique que « pour visiter le présent, il nous faut revisiter ses racines » pour lancer son Nashville ou Belleville ? Dans le public, détrempé par le crachin breton, sous des tonnes de k-way ou de sacs-poubelle transformés en ciré, ça danse la country en groupe. Pour Sur la route de Memphis, tout le monde chante à tue-tête, sans se soucier un instant que ce soit faux ou pas. C’est ça le grand plaisir du concert populaire et mythique !
Cabot magnifique, Eddy accompagne ses musiciens en mimant une guitare rock. Après Il ne rentre pas ce soir, il reprend le micro : « on m’a souvent reproché de ne pas aider les jeunes chanteurs. C’est faux ! Et je l’ai prouvé dans mon dernier album en proposant à un jeune couple d’auteurs de m’écrire une chanson. Vous les connaissez peut-être, ils s’appellent Laurent Voulson et Alain Souchy ! » Jamais à court de bons mots, il interprète alors L’esprit grande prairie avant de reprendre ses classiques via La dernière séance. L’un de ses guitaristes improvise un petit solo de Pédale Steel Guitare avant que le dandy roublard ne revienne dire : « désolé, j’ai chanté une chanson qui me tenait à cœur, mais un peu vieille. Je dis ça parce que les gens, en général, n’aiment pas les vieilles chansons… » Un grand « si » rugi de la foule. Facile. « Ah, vous voulez bien que je chante de vieilles chansons ? » Nouveau rugissement de groupe. « Oh, c’est demandé si gentiment. » Un parfait cabot, on vous dit ! Arrive alors Alice, A crédit et en stéréo et le plus doux Au bar du Lutétia. Alors que les premiers accords du tube Vieille canaille retentissent, le fond de scène tombe pour dévoiler une quinzaine de cuivres, tous habillés en rouge, bien old-fashioned, assis derrière des petits pupitres sur lesquels est marqué le M de Mitchell, façon Marque Jaune.
Eddy bouge sur toute la scène, avec l’énergie de son âge, mais tout en restant crooner jusqu’au bout des souliers vernis. On continue dans le bon vieux rock’n roll des familles avec Laisse le bon temps rouler et tout le public se lance dans une immense chorégraphie de groupe. Magique. Pour Toujours un coin qui me rappelle, le chanteur prend sa guitare sèche et joue quelques accords. Après 18 ans demain, il avoue que le public a bien du courage, de rester aussi nombreux sous cette pluie devenue battante. Il raconte alors sa passion pour les chansons d’amour et le fait que sa femme l’a aidé, pour une chanson, à choisir entre deux versions. Et qu’au final, celle qu’il a choisie était la plus douce, celle du Cimetière des éléphants. Il s’essaie alors au très beau piano à queue noir pour le si célèbre La fille aux yeux menthe à l’eau. Mais pas de concert d’Eddy sans un final retentissant. Alors, forcément, on termine sur Pas de Boogie Woogie, lui enlève sa veste et nous, nos k-way, pour danser dans la boue.
Adeline Lajoinie
Lajoinie Adeline
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