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Everlast : Le Trabendo (Paris), 8 décembre 2008 ( Pias )
Erik Schrody, alias Everlast, est de ces artistes condamnés à échapper en permanence à l’ombre d’un glorieux passé un peu trop encombrant. Dans son cas : l’ultra-tube « Jump Around » de son ancien groupe House of Pain fait office de boulet doré.
Aujourd’hui bien éloigné de ces premières frasques hip hop 100% pur sucre (du moins en solo), l’artiste a récemment sorti Love, War and the Ghost of Whitey Ford, quatrième volet d’une discographie désormais tournée vers un blues/folk rocailleux où l’élément hip hop, toujours présent, sert plus de révélateur de saveurs que d’ingrédient de base. Malgré une relative confidentialité sous nos latitudes, le Trabendo était plein ce soir-là, rempli en grande partie par des fans fidèles et dévoués (dont j’étais) ainsi que quelques badauds intrigués par sa récente reprise/mash-up du « Folsom Prison Blues » de Johnny Cash décalqué sur le beat immortel d’« Insane in the Brain » de Cypress Hill.
Dès extinction des feux, l’entrée de scène sur le thème de Superman rassure sur l’état de l’ego du monsieur. Affichant un look hyper soigné à mi-chemin entre le bagnard et le chanteur country, le cheveux ras et la barbe soigneusement taillée, Everlast paraît plus à l’aise que jamais dans ses pompes. L’intro cuivrée de « Kill the Emperor » s’élève alors et la machine se met en mouvement : le bluesman s’affaire sur sa Gretsch pendant – détail qui tue – au bout d’une authentique sangle Louis Vuitton, tandis que sa voix, plus caverneuse qu’un éboulement dans une mine de granit, crache ses diatribes contre – feu – la calamiteuse administration Bush. Il est vrai qu’on n’avait jamais connu le bonhomme aussi en verve que sur son dernier album, qui évoque en bien des points ces huit années de marasme : « Kill the Emperor », donc, mais aussi « Letters Home from the Garden of Stone » ou le récent single « Stone in my Hand », tous deux traitant de la crise irakienne (l’un d’un point de vue d’un G.I., l’autre d’un résistant irakien).
Mais il n’y a pas que « War » dans le titre de ce dernier opus, il y aussi « Love » : « Anyone » ou « Friend » ont donc assuré le quota intimité, aux côtés des plus anciens « Blinded by the sun » ou « White Trash Beautiful ». D’intimité – ou plutôt de proximité – il en est aussi question lors des interventions de l’artiste, qui ne cache pas son plaisir de jouer dans la capitale française ce soir-là : « Pour moi, il n’y a que cinq ou six vraies villes dans le monde : New York, Tokyo et Paris en font partie… » On le sent sincère. Après nous avoir gratifiés de la fameuse reprise de Johnny Cash, « one of the toughest man alive… or dead », nous aurons droit à quelques vieilleries du meilleur goût : « Ends », « Black Coffee », le funky « Children Story » (reprise du rappeur Slick Rick) et un « Black Jesus » un poil mollasson. Sur « Put your lights on », il fera chanter au public le pont final, « La ilaha illa Allah », profession de foi musulmane (il s’est converti à l’Islam il y a plus de seize ans), en prenant bien soin de préciser dans un sourire : « Ne vous en faites pas, ça ne vous fera pas changer de religion pour autant. »
Enfin, à l’issue du rappel, le moment que tout le monde attendait : les premières notes de « What it’s like », le plus gros tube d’Everlast en solo, annoncent la fin imminente du concert. Et alors qu’il n’a pas joué dix secondes, il arrête tout, pose sa guitare, se retourne vers ses musiciens et lance, souriant, un « Fuck it, let’s do it ! » Faire quoi ? « Jump Around », bien sûr !!! Les cuivres caractéristiques de l’intro n’ont pas fini de retentir que l’assistance est déjà complètement hystérique. À la première seconde, tout le Trabendo est déjà en l’air en train de scander « Jump ! Jump ! Jump ! » De la folie furieuse ! Une fois la formalité accomplie (« On ne la fait que quand on la sent, mais ça aurait été dommage de ne pas la faire à Paris »), Everlast, encore rigolard, enlace à nouveau sa guitare et lance, flegmatique : « Bien, poursuivons ». Cette fois, c’est la bonne, « What it’s like » conclut ce concert inoubliable. Quelques minutes seulement après le retour des lumières, il était déjà dans la salle à discuter avec ses fans.
Michael Rochette
Michael Rochette
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