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Green day : Paris Bercy, septembre 2009 ( Warner Music )
Green Day est une machine de guerre. En marketing, avec autant de succès auprès des ados qu'Hello Kitty, mais aussi (et surtout) en concert. Bercy blindé en quelques semaines, des fans très, très fervents -certains ont campé devant la salle depuis vendredi soir, soient deux nuits : on se doute bien que le groupe californien va débarquer en terrain archi-conquis. Et comme si il y avait besoin de se faciliter la tâche, ils envoient en première ligne un groupe tout pourri. Prima Donna essaie de faire du rock'n'roll, peine à garder un rythme, et joue tout le temps la même chanson. Le claviériste fait à chaque fois les mêmes notes avec une seule main : même James Debouzze pourrait jouer avec eux ! Le chanteur se croit à la maison, se met torse nu, saute partout, et attend que le public chante ses chansons. Une véritable épreuve pour les oreilles, et les nerfs.
Derrière on se croirait revenus au Zentih en 2005. Un lapin rose faussement bourré arrive. Il va faire danser « YMCA » à la foule. A la rigueur, ce spectacle est plus intéressant que le set de Prima Donna... Les lumières s'éteignent, les appareils numériques s'allument dans Bercy. Les cris hystériques de milliers de jeunes filles en fleurs qui ont dû ressentir leurs premiers émois devant Twilight retentissent alors que résonnent l'intro « Song Of The Century ». Le groupe arrive en courant, nouveaux cris. Ils vont choper leurs instruments de l'autre côté de la scène, et c'est parti pour le show, c'est parti tout le monde est chaud ! « 21st Century Breakdown » entame logiquement les hostilités. Le groupe est impressionnant de maîtrise, et Billie Joe, véritable maître de cérémonie, harangue déjà la foule. Premiers « hey-oh » d'une longue, très longue, trop longue série. Si en début de concert cet appel à faire chanter toute la foule permet de mettre l'ambiance, sa répétition systématique va nuire à bien des morceaux. Mais pas forcément dans la première partie du concert, où seulement des titres de « 21st Century Breakdown » et « American Idiot » sont interprétés. Est-ce parce que des chansons comme « The Static Age » ou la poussive (pour rester poli) « Before The Lobotomy » n'ont pas le potentiel tubesque nécessaire pour enivrer les foules que le frontman de poche fait réagir le public sur chaque break ? La réponse est donnée dès que résonne l'intro du tube « Holiday ». La chanson suffit à elle seule à faire remuer tout Bercy. Les gradins sont debout, les gens chantent, dansent, les vigiles continuent d'évacuer toutes les jeunes et jolies qui s'évanouissent à tour de bras dans la fosse, et les effets pyrotechniques sont de sortie pour accompagner mes « bang, bang » sur le break.
La seconde partie du concert se concentre sur d'anciens morceaux, et beaucoup de l'excellent « Dookie ». Les moins de 15 ans qui pleuraient toutes les larmes de leur corps sur la ballade « Boulevard Of Broken Dreams » en se rappelant que c'est sur cette chanson qu'ils ont roulé leur première pelle (et coincée leur langue dans l'appareil du partenaire) sont maintenant complètement dépassés. « Hitchin' A Ride » vient faire jumper le pit, avant d'être interrompu par une nouvelle session de « hey-oh », puis la leçon d'anglais pour compter jusqu'à 4. La chanson n'est même pas finie, ils l'enchaînent avec « Welcome To Paradise », qui ravit les fans de la première heure, tout comme vont le faire « When I Come Around », « She » ou le gigatube de la mort « Basket Case », qui transforme Bercy en chorale. Ce n'est plus seulement un concert, c'est un spectacle à part entière auquel on assiste. Le petit soucis, c'est que l'on connait déjà ce spectacle, pour peu que l'on ait déjà vu Green Day en concert. Le jeu entre les deux côtés de la salle pour lancer « Brain Stew », les pistolets à eau sur « Jaded », les déguisement, les musiciens par terre sur « King For A Day ». Heureusement on a le droit à quelques innovations, comme des t-shirts offerts grâce à un pistolet à air comprimé plutôt puissant (même les gradins ont pu être servis), et même un peu de spontanéité, Billie Joe invitant certains slammeurs à le rejoindre sur scène. Des bisous, des incitations au stage diving pas toujours comprises, un gamin de 11 ans qui fait chanter tout Bercy et va pouvoir se la péter dans la cour de récré : comme madame, tout le monde est servi ! Certains un peu trop, puisqu'ils ont droit à l'humiliation publique. Sur « Longview », trois personnes vont être invitées à chanter. Le premier chante tellement mal que 15 000 personnes le sifflent et Billie Joe le renvoie, la troisième est tellement émue qu'elle se vomit dans la bouche. Sympa, un vigile lui file une serviette en la sortant de scène.
Beaucoup d'émotions donc, et encore plus quand vient le tube du moment, la ballade « 21 Guns ». Bercy s'éteint encore, tous les briquets s'allument, mais il y a davantage de portables. Mettre des vidéos pourries sur Youtube est une drogue qui touche beaucoup plus de jeunes que la cigarette ! C'est beau, et après la percutante « American Eulogy » et une nouvelle séance de « hey-oh », c'est déjà l'heure du rappel.
On s'attend donc au bouquet final, et on l'a, avec « American Idiot » qui vient faire remuer une fosse qui continue de se dépenser depuis plus de deux heures, et« Minority » qui juste derrière vient faire sauter tout le monde Mais le soufflet va retomber.
La toute fin du concert consiste en effet en Billie Joe Armstrong, seul à la guitare acoustique pour trois morceaux, dont la magnifique « Macy's Day Parade ». Si la tradition qui veut que les concerts de Green Day se terminent sur « Good Riddance (time of your life) » est ancrée depuis longtemps, il est un peu dommage que le concert s'achève ainsi, faisant retomber d'un coup toute la tension accumulée au fil du show. Pas vraiment de happy end donc pour un concert monstrueux, aux allures de blockbuster américain. Les parents y amènent leurs enfants, il y a des effets spéciaux partout, des explosions à gogo, tout est réglé au poil de cul (Billie Joe nous a d'ailleurs montré le sien -de cul, pas de poil), ils en font un peu trop et ça manque de spontanéité, mais certainement pas d'efficacité. La prochaine fois, il faudra penser à ramener le pop-corn.
Sébastien Delecroix
Sébastien Delecroix
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