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Guns N'Roses : Palais Omnisport de Paris Bercy, 13 septembre 2010
Les fans de Guns N'Roses sont-ils : A) optimistes, B) désespérés, C) indulgents, D) masochistes ? Réponse ci-dessous.
Qu'est-ce qu'ils croyaient ? Qu'après plus de vingt ans de réputation scénique catastrophique (et presque autant d'abus divers), Axl Rose allait soudain se transformer en Pavarotti ? – encore que quand on connaît l'état de santé actuel de Pavarotti… Autre signe avant-coureur pourtant flagrant : l'album Chinese Democracy ; une diva capricieuse et gloutonne qui aura boulotté à elle-seule plus de dix millions de dollars et se sera faite désirer pendant plus de dix ans pour un résultat évidemment en deçà des attentes (what else?). Malgré ces indicateurs pourtant clairs d'un massacre annoncé, l'album a terminé sa carrière bardé de platine et les salles de concerts ne désemplissent pas depuis l'annonce il y a maintenant quatre ans qu'Axl et ses flingues de remplacement reprenaient la route. Vous l'aimez tant que ça, "Paradise City" ? Faut croire que nous aussi…
Mais avant de passer aux derniers outrages perpétrés par Mr. Rose et ses suppôts, nous aurons le plaisir de passer un charmant moment en compagnie des Murderdolls. Le combo horror-glam emmené par le batteur de Slipknot Joey Jordison (autopromu ici guitare lead) et le chanteur Wednesday 13 remportera l'adhésion de Bercy au terme d'une heure à essayer de les faire décroiser les bras ("c'est facile, il suffit de leur dire 'Guns N'Roses' pour qu'ils réagissent"). Un octave et demi sous le capot, un look de fausse-couche d'Alice Cooper, et un sens de l'humour aussi diabolique que frontal, Wednesday 13 excelle dans ce "premier degré bulldozer" qui a par exemple amené le groupe à baptiser son second album Women and Children Last ("les femmes et les enfants en dernier"). C'est aussi délicieusement débile que Motörhead qui proclame son album 1916 "hostile à la couche d'ozone". Du rock et des poils (noirs), c'est donc ce que nous proposeront ces Spinal Tap relookés façon croque-mitaine pendant une heure absolument épique, ponctuée par des titres aussi efficaces qu'évocateurs ("Die My Bride", "Drug Me To Hell", le presque-tube radio "Summertime Suicide") et plus de "fuck" que dans la discographie complète d'Eminem. Si après ça, Axl nous fait poireauter – par exemple – une heure et demie, on ne sera quand même pas venus pour rien !
Après nous avoir fait poireauter une heure et demie (laps de temps pendant lequel le public s'est mis spontanément à faire des holas pour tromper l'ennui et conjurer le spectre d'une éventuelle annulation), sa Majesté des Roses daigne enfin nous honorer de sa présence aux alentours de 22h30 (et les taxis parisiens se frottent déjà les mains). En pôle position, "Chinese Democracy" ouvre les hostilités et laisse déjà entrevoir des failles béantes dans le blindage : guitares sous-mixées et voix trop poussée en avant (l'ingé cherche encore ses lunettes – ou son sonotone). Tel un moteur diesel, le chant d'Axl Rose passera à mi-concert de franchement catastrophique à presque bien une fois chauffé, trop tard hélas pour sauver "Welcome to the Jungle" (deuxième sur la grille), "It's so easy" et "Sorry" du drame. Si on excepte les quelques kilos en trop et ses disparitions (très) régulières derrière la scène pour se requinquer entre chaque morceau (et parfois même pendant), Axl semble plutôt en forme et nous régale même de temps à autres de ses légendaires déhanchés. Derrière lui, pas moins de trois mercenaires du manche pour palier à la cruelle absence de Slash : Richard Fortus, DJ Ashba et Ron "Bumblefoot" Thal (génie excentrique de la six-cordes et à ce titre le seul à se permettre quelques libertés en RAJOUTANT des notes dans les solos du guitariste d'origine).
Une fois habitué au rythme cahotant de la soirée (un solo de quelque chose tous les trois morceaux en moyenne), on finit par rentrer dans le concert à mi-course, slalomant entre les extraits de Chinese Democracy pour mieux picorer les perles vintages semées ici et là (pas mal d'Appetite for Destruction et les singles des Use your Illusion). On aura même droit à quelques réussites notables, comme ce "November Rain" baigné de romantisme hard-rock qui pique les yeux comme on n'en fait plus, exécuté au piano par un Axel déjà plus à l'aise dans ses pompes, et précédé d'une petite séance karaoké géant sur le refrain d'"Another Brick in the Wall" de Pink Floyd. "You Could Be Mine", "Knockin' on Heaven's Door" et "Nightrain" s'en tireront aussi avec des encouragements. Et une fois arrivés au rappel, on se rend compte avec stupéfaction qu'on s'est quand même laissés embarqués pendant près de deux heures, bringuebalés entre la colère, la déception et l'empathie pour celui qui reste malgré tout une sacrée légende – aussi abîmée soit-elle. Et lorsqu'au terme d'un ultime "Paradise City", Bercy se déverse sur la capitale aux alentours d'une heure du matin, on se sent d'humeur à beaucoup pardonner à Axl Rose.
Réponse C.
Michael Rochette
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