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Hole : Paradiso (Amsterdam), 21 février 2010
On attendait un deuxième album de Courtney Love depuis cinq ans, on aura finalement droit à une reformation de Hole…
"Hole est MON groupe, MON nom, MA marque déposée" : c'est ainsi que Courtney Love justifie le retour aux affaires de son groupe mythique malgré le fait qu'elle en soit le seul membre originel encore en activité – en même temps, pas besoin de plus. Effet d'annonce ou authentique résurrection, toujours est-il que le putsch de Love façon "l'État c'est moi" aura eu l'effet d'une véritable bombe chez les fans, d'autant que la nouvelle s'accompagne d'une série de concerts, dont trois européens : Londres, Milan et Amsterdam. Un Thalys (en retard) plus tard, nous étions en territoire batave pour juger sur pièce de la dernière date de cette mini-tournée "intime".
Ancienne église désaffectée réhabilitée en salle de concert (il y a encore les vitraux au dessus de la scène), le Paradiso est l'endroit rêvé pour accueillir les quelques 1500 privilégiés venus assister à l'étape hollandaise de cette trinité scénique. Après la prestation peu convaincante des locaux Shaking Godspeed (trio chevelu donnant dans le 70's bruyant à la Wolfmother – c'est dire si cloner des clones augmente considérablement les risques d'anomalies génétiques), le line-up de Hole millésime 2010 prendra possession de la scène autour de 21h05, suivi de la veuve Cobain, vêtue d'une de ces robes improbables signée d'on ne sait quel créateur dont ses armoires doivent déborder. Quelques politesses d'usage et la voilà qui entame l'intro de "Pretty on the Inside" avant d'embrayer sans crier gare sur une reprise de "Sympathy for the Devil" des Stones. Le ton est donné, la messe peut enfin commencer.
En tournée crash-test pour son nouvel album, Nobody's Daughter, annoncé fin avril, Love alterne durant tout le set chansons inédites et classiques impérissables histoire de s'assurer toute l'attention de son public entre deux coups de mou (c'est un fait, aux Pays-Bas comme ailleurs, quand on ne connaît pas, on ne chante pas). Encore qu'en fait, elle donne plutôt l'impression de s'en foutre : "this is another new song, deal with it" ("encore une nouvelle chanson, faudra faire avec"). Une franchise un peu brute de princesse gâtée que les fans pardonnent d'autant plus aisément qu'ils savent à qui ils ont affaire – et puis si elle avait débarqué sur scène une tisane à la main en disant des gentillesses, ils auraient quand même été déçus. Titubant de-ci de-là comme une petite fille qui aurait trouvé la cachette où Papa planque sa bouteille de whisky, commençant la mauvaise chanson ou oubliant parfois les paroles, Courtney Love est juste assez bancale pour instiller au concert ce qu'il faut de spontanéité et de danger sans qu'à un seul instant on aille ne serait-ce que frôler la zone rouge. Et derrière ses faux airs de rock-star arrogante, c'est cette fragilité qui nous la rendra au final encore plus touchante.
Au reste, Miss Love a encore assez de charisme pour inspirer la fascination avant la pitié. Sans parler de cette voix, absolument intacte, qui guidera l'assistance au fil des classiques, principalement centrés sur le duo gagnant Live Through This/Celebrity Skin ("Miss World", "Violet", ou "Doll Parts" pour l'un, "Reasons to be beautiful", "Malibu" et "Celebrity Skin" pour l'autre). Quant au nouvel album tant attendu, les huit extraits entendus ce soir laissaient présager du meilleur, avec notamment des morceaux de bravoure comme "Letter to God" ou le premier single "Samantha". Le tour de chant se terminera sur un rappel plutôt généreux, avec "Doll Parts", "Suffer Little Children" (reprise des Smiths – "la dernière fois qu'on la joue sur scène" précisera une Courtney Love consciente du massacre), et un final inattendu sur une magnifique version de "Northern Star". Pas la manière la plus évidente de conclure ces retrouvailles, mais certainement la plus belle…
Michael Rochette
Michael Rochette
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