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Jeanne Cherhal et la Secte Humaine : 26 février...
Jeanne Cherhal

Jeanne Cherhal et la Secte Humaine : 26 février 2011, La Maroquinerie (Paris)

Dernière date d'une tournée marathon qui a duré pile un an, ce concert à la Maroquinerie aura permis à la chanteuse de boucler en beauté le cycle de l'excellent album Charade.

Le 8 mars 2010, deux artistes français ont publié sur le même label (Barclay) des albums à la démarche très similaire : décomplexés, aventureux et faisant peu de cas du qu'en-dira-t-on – en un mot brillants. Le premier se nomme Ginger et est signé Gaëtan Roussel, chanteur de Louise Attaque reconverti en joyeux Docteur Frankenstein musical ; le second s'appelle Charade et a vu Jeanne Cherhal s'émanciper du carcan piano-voix-texte qui en faisait jusque-là l'enfant prodige et un peu turbulente de la "nouvelle chanson française" pour devenir une sorte de réjouissante hybride pop. Le premier, encore lui, s'apprête à collecter les statuettes à la moissonneuse lors des prochaines Victoires de la Musique (et chacune d'entre elles sera amplement méritée) ; la seconde, quant à elle, n'a été nominée nulle part. À talent égal (bien que différent), la nuance se joue sur les ventes : l'excellent "Help Myself" – car oui, rabâché jusqu'à la nausée pendant six mois, on en oublierait presque que le titre est bon – a propulsé son auteur dans les cimes des classements, tandis que Miss Cherhal ne pouvait compter que sur une diffusion confidentielle sur des réseaux aux audiences apparemment déjà acquises. La France étant hélas le seul pays où l'audace est sanctionnée et l'immobilisme érigé en vertu sacrée, Charade peine à trouver son public. De son côté, la chanteuse ne ménage pas ses fans historiques en recrutant pour sa tournée La Secte Humaine (membres de French Cowboy au civil, ex-membres des Little Rabbits), qui donnera à ses concerts une tournure nettement plus rock. Tout cela nous amenant finalement à cette dernière date à la Maroquinerie.En première partie, on retrouve avec plaisir Ornette, chanteuse soul-jazz dont la redoutable sensibilité pop tirant parfois sur le Feist parviendra à nous coller une demi-douzaine de refrains imparables dans le crâne (parmi lesquels "Crazy" ou "Bye Bye Baby Bye Bye"). Face à un public plutôt tiède (enfin, "face", façon de parler puisque jouant sur le piano de Jeanne, elle était plutôt de profil), elle finira – comme toujours – par rallier tout le monde à sa cause grâce à ses mélodies infectieuses, sa voix chaude et sucrée comme un champ de chamallows sous un soleil d'été et une poignée de blagues foireuses (sa spécialité). Championne 2010 de la première partie (succédant à ce titre à la toute aussi excellente The Rodeo), Ornette sera en tête d'affiche à l'Européen (Paris) le 29 mars prochain et on ne saurait trop vous conseiller d'y courir. Attention cependant, son album ne sortant pas avant l'automne, vous ressortirez probablement frustrés à l'idée de devoir attendre encore six mois avant de réentendre ces chansons…À 20h45, après avoir vaguement glouglouté en chœur à l'entracte sur "Blue Moon", "Stand By Me" et "The Great Pretender", l'assistance peut enfin acclamer celle qu'ils sont venus voir. Précédée de ses musiciens, Jeanne Cherhal prend enfin possession de la scène et entame directement les hostilités sur "J'ai pas peur". Traînées sur des milliers de kilomètres pendant 367 jours, les chansons ont cet aspect définitif propre aux concerts de fins de tournées. Réarrangé mille fois sur la route avec le groupe, le spectacle n'a rien de comparable avec la première escale parisienne du 9 mars 2010 (au tout début de la tournée), ni même celle du 28 mai (au milieu). Passée du Bataclan à l'enceinte beaucoup plus réduite de la Maroquinerie, qui amplifie encore l'aspect "concert de rock", Jeanne glisse malicieusement "pour ceux qui m'ont vue avant, j'ai enlevé tout ce qui était trapèzes de la scénographie pour des raisons évidentes que je n'expliquerai pas" ; et pour cause, la scène dépasse péniblement la dizaine de mètres carrés. Pour autant, tout s'y passe pour le mieux : le traitement "Secte Humaine" magnifie les nombreux extraits de Charade tandis que remanié par le groupe, certains classiques du répertoire Cherhal quittent leur zone de confort pour verser dans l'étrange et/ou le brutal ("La Station", "Voilà" ou "La peau sur les os" maltraité aux roulements de toms basse et charley disco). La relation de Jeanne avec ces garçons formidables est fusionnelle, la communication télépathique. Quand elle parle d'eux, elle est amoureuse. Et nous aussi. D'ailleurs sur le billet, c'est désormais marqué "Jeanne Cherhal & La Secte Humaine".Comme le veut souvent la tradition, les concerts parisiens appellent quelques surprises et celui-ci ne déroge pas à la règle : la chanteuse Karimouche, croisée durant la tournée, sera invitée à partager avec le groupe une reprise de "Comme je l'imagine" de Véronique Sanson ; un peu plus tard, ce sera au tour de Lise Cherhal, la petite sœur de Jeanne, également chanteuse de son état. Après s'être vannées pendant cinq minutes dans un numéro de sœurs chipies, elles s'attaqueront ensemble à "Cinq ou Six Années", magnifique chanson de Jeanne sur les années lycée. Enfin, en guise de premier rappel, nous aurons droit à l'improbable reformation des Red Legs, duo guitare/basse qu'elle a brièvement composé en 2005/2006 avec JP Nataf. Après une autre séance de vannes (décidément), ils se lanceront dans une version – et demi, même, puisqu'ils recommenceront – épique et hilarante de "Vierzon" de Jacques Brel. Un des nombreux points culminants de ces deux heures et quart de spectacle, dont on ressort absolument vidé et extatique. Les micros d'ambiance et la poignée de caméras présentes dans la salle laissent penser qu'un DVD pourrait témoigner dans un avenir plus ou moins proche de cette soirée inoubliable ; si c'est le cas, on sera parmi les premiers à l'acheter !On ne le dira jamais assez, l'album Charade et la tournée qui l'accompagne symboliseront à jamais la métamorphose de Jeanne Cherhal, et quelle que soit désormais la suite (un album avec La Secte Humaine ?), elle doit persévérer dans cette voie, vers toujours plus de liberté artistique et plus de folie. Encore bravo Jeanne pour cette année, et merci.

Michael Rochette


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 Artiste
 Jeanne Cherhal


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 Interview(s) Date publication
 Interview de "Jeanne Cherhal" 21/04/2010



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