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Joy Division : Les Bains-Douches (Paris), 18 décembre 1979
Pour sa deuxième sortie outre-Manche (les Bruxellois ont eu la primeur, quelques semaines auparavant), Joy Division fait étape dans une boîte de nuit à la mode. Pas pour animer une soirée (ouf !), mais pour un concert en bonne et due forme.
Le quatuor de Salford, à défaut d’attirer la foule, a déjà une poignée de vrais fans, à qui l’album “Unknown Pleasures” a fait l’effet d’un choc, et qui traquent les singles des Anglais sur de petits labels. On commence à parler de post-punk et de cold-wave, un style dont Joy Division serait le fer de lance. Mais le froid de décembre s’arrête à la porte. Sur la scène du club au décor carrelé, libéré de la production glaçante de Martin Hannett, le groupe est brûlant.
Ian Curtis, le regard bleu perdu dans le vague, semble en transe, dansant comme un damné au bord de l’abysse, le geste raide et saccadé. Comme pour mieux exorciser les angoisses qui nouent sa voix sépulcrale. Peter Hook, l’air mauvais, arpente l’avant-scène en faisant gronder l’orage avec sa basse, plus mélodiste que Bernard Albrecht, le guitariste effacé, tandis que Stephen Morris joue les automates polyrythmiques, derrière sa batterie. “Transmission”, le nouveau single, ou “She’s Lost Control” sont exécutés avec une énergie maniaque, le dissonnant et lancinant “Atrocity Exhibition” fait presque peur.
Loin du contrôle exercé en studio, Joy Division apparaît presque comme un groupe totalement différent. Beaucoup plus sauvage. Encore plus habité. Quelque chose comme des Stooges post-industriels. Et le nouveau groupe anglais le plus charismatique de son époque, grâce à Ian Curtis. Dont le suicide garantira l’entrée dans la légende. Après, bien sûr, viendra New Order, mais c’est une autre histoire…
Thierry Chatain
Thierry Chatain
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