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Justin Bieber : Palais de Chaillot, 30 novembre 2010 ( Universal )
« Justin Bieber : 30 novembre 2010, j'y étais ». Voilà ce qui est inscrit sur le bracelet violet remis à l'entrée du Palais de Chaillot. Apparemment c'est l'événement du siècle. Certains ont vécu Armstrong qui marchait sur la lune, d'autres la chute du mur de Berlin, mais ce soir, quelques privilégiés vont avoir la chance d'assister à un concert privé de Justin Bieber, l'article à la mode du catalogue La Grande Récré.
Dans quelques années, il y a des enfants qui vont en vouloir à leurs parents. Ils sont nombreux ce soir, à avoir trimballé leurs rejetons, et en semblent terriblement fiers, à voir ce père regarder avec bienveillance son rejeton de 6 ans faire des photos avec son Blackberry... Certains ont encore la tétine à la bouche, et ne semblent pas comprendre ce qu'ils font là, à patienter pendant 3 heures avec tous les tubes r'n'b / techno / dance balancés à fond par la sono. Il y a aussi des ados, qui il y a encore deux ans fantasmaient sur le chanteur de Tokio Hotel, et dans deux autres années regretteront terriblement d'être venues à un concert de Justin Bieber avec un coeur dessiné sur la joue. La génération kikoo lol est bien représentée ce soir, et pendant l'attente interminable, quelques filles pleurent, trop émues de voir leur idole de toujours depuis 3 mois, et d'autres s'évanouissent, trop serrées devant les barrières depuis 3 heures pour espérer pouvoir boire sa sueur ou lui toucher le popotin.
La bonne idée d'Universal Music Mobile, qui organisait la soirée, a été de fournir des tickets boissons à tous les spectateurs, et pas seulement aux VIPs. Comme ça les enfants peuvent ne pas être déshydratés et les parents se la péter encore plus avec une coupe de champagne à la main.
Il est maintenant 22h, et voilà que Nikos monte sur scène. Le mec de la Star Ac', oui oui, qui vient mettre de l'ambiance alors qu'il n'y en a pas besoin ( il y a déjà des « hiiiiiiii » qui ont jailli pour percer tous les tympans de plus de 15 ans d'âge ). Et voilà l'animateur qui nous annonce que « Justin a pris du retard dans son programme, mais il a tenu à être là ce soir ». Ouah trop sympa le Justin, il vient à ses concerts tellement il aime ses fans ! C'est que mine de rien, il y a quelques centaines personnes ce soir, et l'intérieur du Palais a été totalement aménagé pour laisser place au concert...
Voilà enfin le sex toy humain pour pré-pubère sur scène, et les « hiiiiii » atteignent désormais les ultra-sons. Une marée d'appareils photos se dresse devant la star. Apparemment l'important ce n'est pas de voir le concert, mais de pouvoir montrer le lendemain qu'on y était. Vos amis Facebook vont crever de jalousie ! En même temps c'est vrai que sur scène, il n'y a rien d'intéressant à voir. Parce que Justin Bieber est en playback. C'est honteux à quel point ça se voit, mais il joue le jeu, en faisant genre « je remets mon micro pendant que je pseudo-chante », son geste fétiche derrière « je remets ma mèche en place ». Le jeune homme a autant de tics que Kristen Stewart, mais parvient quand même à se faire divertissant grâce à ses chorés ridicules. Sans déconner, Nikos a apporté Kamel Ouali pour lui montrer des pas de danse ou quoi ? Et vas-y que je finis une chanson en faisant un coeur avec mes mains (12 filles s'évanouissent), que je fais la danse d'un robot rouillé... C'est la tecktonik des ploucs en somme, et les pauvres danseurs derrière lui ont l'air si niais. On dirait les 7 nains sous Lexomil. Les pauvres sont plus âgés, et doivent avoir été bannis de leur famille, c'est pas possible. Ou alors ils ont perdu un pari. Comme un gang, leur consigne semble être de suivre Justin partout, genre « c'est trop notre copain et c'est le meilleur », de faire les mêmes gestes que lui quand il vient taquiner les premiers rangs en regardant des filles et en les montrant du doigt (37 filles s'évanouissent, une autre essaie de retirer son soutif pour l'envoyer, mais se rappelle qu'elle n'en a pas, ni ce qu'il y a à mettre dedans).
Parce qu'il sait ce qu'il fait, le Claude François des nourrissons. Entre chaque chanson il s'adresse à la foule en délire, avec à chaque fois une déclaration genre « je cherche une fille qui m'aime » (et boum, 12 kilos de culottes Petit Bateau sur scène). Des fois il essaie de parler en français. Ce sont peut-être des phrases apprises, ou sans doute des phrases soufflées dans une oreillette, mais il essaie. C'est bien, ça lui fait un peu travailler ses langues étrangères, lui qui a été vite sorti de l'école pour devenir un artiste de rayon. N'empêche il doit bien kiffer, à l'âge où ses hormones doivent être en ébulition. Il arrive en concert, il a tout un harem devant lui, et il lui suffirait de dire « toi, toi et toi, en backstage » pour choisir ses copines du soir, qui auraient sans doute l'approbation de leurs parents, à condition de « ramener des photos ». D'ailleurs il y a une fille qui se retrouve sur scène sur « One Less Lonely Girl ». Est-ce qu'elle vient du public ou des coulisses ? Aucune idée, et puis elle reste statique alors que Justin lui offre un bouquet de roses, puis lui caresse deux fois le visage en lui lançant un regard du style « t'as de la chance que je n'ai pas encore de poils à la quéquette sinon je te mettrais cher ».
Oui c'est dégueullase. Dégueulasse de créer ainsi de l'enfantasme (fantasme pour les enfants), sous un couvert pseudo-artistique. Parce que même si le seul morceau qui n'est pas joué en playback (un nouveau sur lequel il clame « I close my eyes and pray », ça va encore plaire aux parents ça), laisse deviner une voix intéressante (en attendant qu'elle mue), au niveau musical il n'y a rien à retenir. Aucun morceau n'est un tube, même l' insupportable « Baby » qui vient finir le concert. Et pourtant, c'est effectivement son meilleur morceau. Tout est téléphoné, plat, et complètement niais. Justin Bieber n'est qu'un phénomène de mode, un produit marketing qui est en ce moment en tête de gondole dans les supermarchés de la consommation de masse, mais dont l'empreinte musicale reste pour l'instant cloîtré dans les poubelles de l'arrière-cour du domaine artistique.
Sébastien Delecroix
Sébastien Delecroix
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