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Keny Arkana : Printemps de Bourges 2008 ( Because music )
Mais qu’est-ce qu’une rappeuse vient faire dans une soirée reggae ? C’est ce que beaucoup de festivaliers se sont demandé en découvrant Keny Arkana à l’affiche de cette grosse soirée du vendredi soir au Phénix. La première réponse, c’est que, contrairement aux apparences, la soirée n’était pas censée être placée sous le signe de la musique mais d’une idée : la résistance. Une idée très chère à la jeune marseillaise aux propos révolutionnaires, tout le monde le sait.
Ensuite, si elle rappe, Keny Arkana ne tourne pas le dos, bien au contraire, à ses influences musicales du côté de la Jamaïque. Sur la scène, entourée de panneaux en tôle ondulée sur lesquels sont collés des affiches militantes, elle égraine les morceaux avec force avec son DJ, son guitariste et son backeur. Et, dès le second morceau, les riddims reggae sont bien présents. Petit bout de femme charismatique et sympathique, foulard bleu sur la tête, Keny ne se départit pas de son discours rentre-dedans. Son créneau, depuis toujours : Mobilier les gens dans le bon sens, qu’ils arrêtent de regarder le monde passer sans rien y changer. Chacun de ses morceaux est donc un brûlot avec des airs d’hymnes politiques (même si la demoiselle reste 100 % indépendante). Pour le morceau « dédicacé à notre président de la république », la joyeuse frondeuse demande à son public de « faire du bruit pour tous les RG qui sont dans la salle. » Puis elle demande : « Est-ce que vous avez vos karchers ? Alors vous savez où elle est la grande racaille ! » Et d’enchaîner avec un autre morceau aux riddims très poussés, Nettoyer l’Elysée au Karcher, où le public reprend avec elle et avec force « A Bas le Front de la Haine ! » Le public, plutôt nombreux, mettra un peu de temps à mettre de l’ambiance. Si les premiers rangs sont présents dés le début, il faudra de longues minutes pour que toute la salle suive la rappeuse phocéenne. Mais dès que la machine se met en route, ce sont de longues salves de cris qui suivent chaque fin de titres.
Habituée à la scène depuis des années, Keny commence son titre Résistance a capella, comme pour lui donner plus de force. Et ça marche, à voir tous les poings levés. En phase avec le thème de la soirée, elle enchaîne riddims et gimmicks reggae, comme les « Babylone, Babylone » qu’elle crie pendant ses morceaux.
Quand elle entame son tube La Rage du Peuple, beaucoup plus rock que les chansons précédentes, le public finit d’être conquis et la suit dans sa folle énergie. Keny impressionne par son aisance. Il est clair qu’elle n’a rien à envier aux autres rappeurs français, que ce soit dans le flow , l’attitude, la puissance et encore moins dans le discours. Après avoir craché toute sa rage, la demoiselle fait une petite pause. Son DJ prend une guitare sèche et s’assoit à côté d’elle et de son autre guitariste, sous une douce lumière, pour la laisser interpréter un morceau plus intime. Mais Keny n’est pas du genre à faire des ballades et, très vite, elle se lève et le morceau gagne en force et en émotion. Des briquets allumés l’accompagnent et augmentent la charge émotive d’un titre qui termine, comme toujours, sur une note souriante, autour du bonheur que chacun doit trouver seul.
Car si elle est une « secoueuse de consciences », Keny met un point d’honneur à transmettre un message ultra-positif. Le suivant, toujours uniquement à la guitare mais beaucoup plus énergique et reggae, lui permet de rapper avec un grand sourire dans la voix l’importance de « redevenir humain.» Au fur et à mesure du show, elle échange de plus en plus avec son public, dans les regards et dans les gestes, se promenant tout le long de la scène en ouvrant les bras.
Quand elle prend la parole, entre chaque chanson, c’est surtout pour expliquer son message : « On ne se bat jamais contre mais pour quelque chose. Il faut arrêter d’être toujours dans la négation. Arrêtons d’avoir peur du bonheur et de la liberté. » Après tant de générosité, elle termine sous les acclamations. Celle qui ne parle vraiment pas d’elle, se cachant quelque peu derrière ses discours, est visiblement émue. Pudique, elle répond juste « tout pareil. Vous êtes beaux ; vous êtes trop beaux. Merci pour le cœur. » Et, comme pour éviter à cette émotion de la submerger, elle entame très vite le titre final : « C’est le dernier morceau, la famille. Mais c’est pas grave. » Un « c’est pas grave » qui sonne comme un « à bientôt.» Nous, on a juste envie de dire « Merci, Keny ! »
Adeline Lajoinie
Lajoinie Adeline
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