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Louis Bertignac: Olympia (Paris), 8 juin 2011
Faute de reformation de Téléphone, le public est venu en masse pour soutenir Louis Bertignac, comme il l’a fait avec son ancien complice Jean-Louis Aubert, il y a peu de temps. Malgré un album plutôt costaud qui a presque été joué en entier, c’est encore “Un Autre Monde” ou “Cendrillon” que l’on a repris en chœur avec l’ami Louis.
Sur le fronton de l’Olympia, on pouvait lire un énorme “complet – concert supp. : le 15 février 2012”… Les affaires vont donc bien pour Louis, même si le Stade De France sans les autres, ce ne sera tout de même pas pour tout de suite. Et même pour un Zénith, il lui faudra prévoir probablement une première partie un peu plus attractive. Le sympathique Rod Janois a beau avoir écrit des chansons pour Le Roi Soleil ou Mozart (le soi-disant Opéra Rock, pas le compositeur du même nom), dont le fameux “Tatoue Moi”, il reste largement inconnu du grand public et a fortiori des supporters de Bertignac qui ne sont majoritairement plus des gamins. L’intéressé avouera qu’il s’agissait de son premier concert et on se montrera dès lors des plus indulgents. D’autant qu’avec seulement quatre titres où il était seul avec sa guitare, on n’a guère eu le temps de perdre patience ou d’en garder un souvenir impérissable. À revoir en mode moins expéditif, donc. Si Téléphone ne s’est pas reformé en dépit des multiples fausses alertes médiatiques ces deux dernières années, c’est en grande partie parce que deux des intéressés avaient des albums en chantier et qu’ils n’avaient nulle envie de les mettre au panier. Ce qu’on a pu réaliser au passage, c’est que, mis à part Corine Marienneau, les musiciens ne sont plus aussi opposés à une réunion. Et dans le camp Bertignac, c’est sans le moindre complexe que l’on évoque désormais le groupe, avec pas moins de quatre reprises et ce dès l’entrée en scène. Le sous-titre de l’album Grizzly, “ça c’est vraiment moi !” a ainsi été prétexte à une entrée en matière sur un chaleureux “ça (C’est Vraiment Toi)”. Démarrer sur cet hymne de Téléphone était probablement une fausse bonne idée. Louis a beau enchaîner sans temps mort avec deux titres musclés de son nouvel album, l’ambiance retombe sensiblement. Qu’à cela ne tienne, “Cendrillon”, “son” grand classique de l’époque où le Téléphone était encore un ustensile très lourd et avec fil obligatoire. Honnête jusqu’au bout, Louis embraye sur le “So Lonely” de Police qui l’avait largement inspiré pour ce titre. Avec sa chevelure d’un blanc presque aussi immaculé que sa chemise qu’il va particulièrement mouiller ce soir-là, Bertignac ne dégage plus vraiment cette aura de grand frère super sympa dont il a longtemps bénéficié. Il a presque des allures de vieux sage qui en a vu d’autres. D’où un certain décalage avec des textes de Boris Bergman qui évoquent encore ses déboires sentimentaux ado ou, à la limite, de jeune adulte. Sans rire, Louis, chanter à ton âge “Tu retournes dans ton squatt, je vais aller me faire une moche” (“Bloody Mary Tabasco”)… D’un autre, même Jean-Louis, on trouverait ça franchement pathétique, mais ça ne semble guère entamer le capital sympathie dont bénéficie celui qui aime pourtant à se décrire comme un grizzly (“Tzigane Et Grizzly”). Un ours, donc, pour ceux qui seraient vraiment nuls en botanique. La formule en power trio trouve malgré tout ses limites en milieu de concert. Trop sages et respectueux, le batteur Julien Orscheck et le bassiste Marco Bravin ne poussent guère leur patron dans ses derniers retranchements et ils ont même une fâcheuse tendance à le laisser partir tout seul dans des envolées guitaristiques interminables. À ce stade, Louis a presque déballé l’intégralité de son dernier opus et il fait même mine de s’arrêter là. Mais personne n’est dupe, pas même Paul qui ne va pas tarder à faire son entrée. Comme chacun sait, Bertignac joue souvent presque aussi longtemps après le premier rappel qu’avant. Revenu sur scène avec “Ces Idées-là”, que le public réclame pour sa partie chorale façon “Hey Jude”, Louis est rejoint sur “Rendez-vous Là-Haut” par Paul Personne et, avec la complicité du formidable chanteur de Band Of Gnawa Akram Sedkaoui, la troupe se lance enfin dans une reprise attendue des Rolling Stones (en mettant de côté deux rapides évocations de “Wild Horses” ou “Angie”). Ce “Gimme Shelter” restera certainement dans les mémoires, les deux invités s’y entendant à merveille pour défier amicalement leur hôte sur ses terres. Une fois la parenthèse acoustique passée, le concert se conclura sur du lourd et même du très lourd. Avec Sedkaoui en Robert Plant des beaux jours, Louis s’attaquera à Led Zeppelin et son “Whole Lotta Love” avant de revenir à Téléphone, pour une chouette version de “New York Avec Toi” (avec des photos de ses complices d’alors sur les écrans lumineux répartis sur scène). Le final sur “Un Autre Monde”, chanté par le public, fera couler quelques larmes chez les nombreux fans qui peuvent continuer à croire qu’un jour Louis se décidera à passer un coup de fil aux trois autres pour battre le rappel... Si quelqu’un peut réunir Téléphone, c’est bien lui, ce concert très convivial en est une preuve supplémentaire.
Jean-Pierre Sabouret
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