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Marilyn Manson : Paris le Zénith, 21 décembre 2009 ( Universal )
Dernier concert de l'année pour le rock critic qui aura encore profité de la capitale et des mille et une opportunités que proposent ses salles de toutes tailles : de la plus grosse pour des shows monstrueux (Green Day, Rammstein, Metallica...) à la plus réduite pour des nuits intimes où tout pouvait arriver (on ne les compte plus).
Dernier voyage de l'année pour rallier l'extrême nord-est de Paris, direction le Zénith où le Révérend Manson nous avait donné rendez-vous pour nous cracher à la gueule ses psaumes métalliques. En avant-propos, on fera la connaissance d'Esoterica, groupe d'heavy rock somme toute plutôt honnête rappelant la puissance d'un Disturbed sous Tranxen, qui vaut surtout pour son chanteur et sa bassiste meta-bonne planquée derrière sa cinq cordes verte (encore que vue de plus près, elle fait surtout meta-mineure, alors gaffe !). Pas franchement dupe, le hurleur en chef sait que les 5000 convives ne se sont pas déplacés pour lui et que sa prestation, aussi bonne soit-elle, ne fait que retarder celle de la tête d'affiche. Il en jouera avec intelligence et s'assurera ainsi la sympathie - voire la collaboration - d'une bonne partie du public, à l'exception de la poignée de crétins qu'on entendait gueuler dans notre dos "on te connaît pas, casse-toi" (bon esprit, les mecs !).
Dernière date de sa tournée européenne pour Marilyn Manson. Et une ambiance "fin de règne" superbement pathétique pour celui qui se faisait débarquer par son label même pas trois semaines plus tôt, notamment en raison des faibles scores réalisés par ses deux derniers albums (c'est qu'on s'habitue vite aux disques d'or et de platine, que voulez-vous...). Rien que la taille de la salle en dit long sur l'état de notoriété de Manson: un Zénith trois fois moins grand que le Bercy de sa dernière tournée - et qui plus est pas tout à fait plein - le Révérend n'est plus vraiment en odeur de sainteté et seuls les fans hardcore semblent avoir fait le déplacement vers la capitale pour jouer les noirs apôtres.
Sous le maquillage de Marilyn Manson, Brian Warner lui-même ne semble plus vraiment y croire, et donne cette impression pénible et tenace de faire son concert comme d'autres iraient au bureau. Oh, il va bien tenter encore quelques provoc' comme sur "Pretty as a $(wastika)", dénonciation du capitalisme dans une pantomime nazie lourdaude où le $ a pris la place de la croix gammée sur les banderoles déployées en fond de scène, mais on sent bien que le coeur n'y est plus. Et son interprète lassé de jouer les épouvantails pour une Amérique désormais insouciante saoulée à l'optimisme "Yes we can!". Crucifié dix ans plus tôt comme Saint Patron des exercices de tir à balles réelles en milieu lycéen, martyr idéal d'une nation hypocrite incapable de regarder ses dysfonctionnements en face, Marilyn Manson ne fait plus guère parler de lui qu'aux alentours d'Halloween, où son faciès de croque-mort porcelaine effraye encore les moins de 6 ans. Il n'y a décidément rien de plus triste que de voir un rebelle rentrer dans le rang...
Surtout que passé 16 ans, on entonne plus ses hymnes nihilistes par nostalgie que par réelle conviction, un peu comme un "Killing in the Name" de Rage Against The Machine décharné de son sens premier et ravalé aujourd'hui au rang de dernier rempart d'authenticité contre l'hégémonie d'une quelconque endive chantante échappée de la version anglaise de la Nouvelle Star. Et d'ailleurs, qu'en était-il au Zénith, de ces tubes immortels qui canalisaient autrefois cette rage suintante propre aux adolescents qui n'ont pas encore découvert la masturbation ? Et bien ils sont venus, mais ils n'étaient pas tous là (manquaient "mOBSCENE", "The Fight Song", "Lunch Box", "Tainted Love", "This is the new s***"...), savament disséminés entre quelques (rares) extraits du nouvel album, The High End of Low, ("Four Rusted Horses", "Devour", "Pretty as a ($)" - même pas le single "Arma-Godd**n-Motherf**kin-Geddon") et, pour les fans plus assidus, des morceaux "mythologiques" de la trilogie Antichrist Superstar/Mechanical Animals/Holy Wood. Quant à l'excellent final, il enchaînera (presque) coup sur coup "The Dope Show", "Rock is Dead", "Sweat Dreams" et "The Beautiful People"...
Pour la plupart des artistes, cette atmosphère de "loose" qui planait sur ce concert serait sans conteste fatale ; pour quelqu'un comme Marilyn Manson, qui a toujours porté la décadence et les désillusions de grandeur comme des blasons, elle amplifie bizarrement sa mystique en se donnant des airs de prophétie accomplie. Voire la fin d'un cycle qui porte déjà en son cadavre l'embryon du suivant... Rock is (pas encore) dead.
Michael Rochette
Michael Rochette
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