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Matisyahu : Paris - Elysée Montmartre, 14 octobre 2009 ( Sony/BMG )
Matisyahu (Matthew en hébreu) est un artiste vraiment unique. Juif hassidique (donc orthodoxe), il avait pour habitude d'apparaître sur scène en costume traditionnel, ce qui ne manquait pas de créer le décalage avec son incroyable flow hip-hop, ses improvisations beatbox ou ses vocalises reggae. Car la deuxième religion de Matisyahu, c'est la musique, décrite par ses pairs comme "la couverture de l'âme", capable de toucher les cœurs comme aucun mot ne saurait le faire…
Pourvoyeur de sens, il s'inspire des enseignements de son livre sacré pour insuffler à ses chansons spiritualité et espoir, point commun qu'il partage d'ailleurs avec ce courant reggae qu'il affectionne tant. Adepte du bon vieux reggae roots, Matisyahu ne s'est pourtant pas contenté d'une copie carbone des riddims jamaïcains et les a largement enrichis d'éléments hip-hop (le phrasé entre rap et ragga) ou rock (quelques solos de-ci de-là, une intro "à la Rage Against The Machine" sur le single "Youth") pour donner à sa musique cette saveur unique et – disons-le tout de même – plutôt radio-friendly. Les Américains ne s'y sont d'ailleurs pas trompé et ont largement plébiscité à l'époque "King without a Crown", single ragga-pop et soulful qui lui valu sa signature chez Sony Music.
C'est donc en évoluant au-delà des genres et des apparences que Matisyahu a su toucher un public toujours plus diversifié qui a rapidement su passer au-travers de ses airs insolites de "rabbin rasta" pour découvrir un univers musical riche et un chanteur/rappeur de talent. C'est d'ailleurs ce public hétéroclite qui s'est retrouvé à l'Elysée Montmartre, qu'on a été un peu surpris de trouver aussi pleine tant l'artiste est encore confidentiel par chez nous. Soirée entre gens avertis, donc, venus témoigner du phénomène sur scène, aussi rare sous nos latitudes qu'une éclipse solaire totale. Autre surprise : ce sont ses compatriotes new-yorkais de Dub Trio qui l'accompagnent désormais en tournée, ce qui, en termes de déroulement change tout : lifting dub sévère pour tous les morceaux, qui doublent – minimum – de volume et s'épanchent désormais dans d'interminables digressions de réverb' sur lesquelles le toaster psalmodie parfois dans ces gémissements mi-hébreu/mi-rasta dont il a le secret.
Au final, moins d'une dizaine de morceaux seront joués (à dix minutes le morceau, on a vite fait d'arriver au couvre-feu), parmi lesquels "Youth", "King without a Crown" ou "One Day", imparable pop-song mi-Lennon/mi-Marley, alourdie elle aussi par une traînée de basses d'au moins cinq bonnes minutes. Et si on veut bien comprendre la démarche "dub" dans la plus pure tradition jamaïcaine, une bonne partie du public semblait plus s'attendre à un récital d'une quinzaine de litanies reggae-rock que se retrouver plongé dans un vortex d'infrabasses bedonnantes et hypnotiques.
Reste un concert de qualité où il aura fait bon voir s'exprimer cet artiste trop rare par chez nous, notamment lors d'un freestyle de haute tenue en tandem avec un rappeur. Dommage que le stretching dub ait pris pas mal de gens à contre-poil, même s'il aura ravi les puristes les plus jamaïcophiles de l'assistance. La prochaine fois, faudra prévenir.
Michael Rochette
Michael Rochette
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