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Mika : Paris Bercy, 26 avril 2010 ( Universal )
Et si Mika était l'archétype absolu de la pop star du XXIème siècle ? Son show à Paris Bercy nous conforte dans cette idée.
Il y a chez Mika une sincérité désarmante ; une "ultra-vérité" propre à ces grandes pop stars qui ne se révèlent véritablement qu'après avoir revêtu leur habit de lumière ("Give me a mask and I'll tell you the truth", proclamait Brian Slade, alter ego à peine déguisé de David Bowie dans le film Velvet Goldmine). Un trait caractéristique que le chanteur anglais partage d'ailleurs avec son homologue d'outre-Atlantique, Lady Gaga. Sans s'encombrer toutefois de la dialectique élaborée de l'Américaine, autoproclamée théoricienne et flamboyante ambassadrice de la pop way of life, Mika ne semble véritablement exister que sur scène, comme s'il n'y avait finalement pas d'ego privé à son alter public. À la fois androgyne et homme-enfant, Mika slalome avec aisance entre les écueils poisseux d'évidence et parvient à déployer sur le fil du rasoir une ambigüité sexuelle étonnamment family-friendly. D'ailleurs, à l'opposé de tous les excès classiques propres au statut de méga-star internationale, son seul caprice est finalement de ne jamais vouloir grandir. Et si c'était justement ça, être une pop star en 2010 ?
Après le cycle enfantin de l'album Life in Cartoon Motion, l'Anglais a logiquement muté sur The Boy Who Knew Too Much en ado romantique et rêveur. Car il y a tout du Pierrot chez Mika, à commencer par cette Lune qu'il part conquérir dès les premières minutes du show, dans une mise en scène furieusement sixties incluant une vidéo de Ian McKellen (Gandalf, Magneto…), fan du chanteur, en présentateur grand luxe de JT d'époque. Après une arrivée en apesanteur vêtu d'un costume de cosmonaute et une valise à la main, Mika donne tout de suite le ton en commençant direct par "Relax, take it easy"… en playback (certainement pour des raisons logistiques) ; dès "Big Girl", le morceau suivant, ce sera par contre bien lui qui chantera. Le show (car c'est bien d'un show qu'il s'agit, et non d'un simple concert) oscillera toute la soirée entre le gigantisme d'une scène à l'américaine et la candeur naïve et poétique d'un spectacle de Chantal Goya (dans le bon sens du terme), notamment grâce à cette valise "magique", gisant en fond de scène, dont Mika sortira toute la soirée les accessoires plus ou moins utiles à ses chansons (un pot de fleurs, un parapluie, un chapeau, un déguisement…). Impeccablement chorégraphié, le spectacle laisse toutefois une grande place à la spontanéité et aux "accidents", comme quand Mika essaye de faire chanter au public des refrains qu'ils n'ont pas trop l'air de connaître (eux qui étaient pourtant si prompts à faire la hola sur les Black Eyed Peas pendant l'entracte…). Des petits moments de solitude qui nous le rendent plus attachant en renforçant son côté vulnérable d'enfant lune.
Les morceaux s'enchaînent comme des numéros de cabaret, passant de tours de force enlevés et festifs ("Dr. John", "Billy Brown", "Good Gone Girl") à des moments plus intimes, voire poignants (un magnifique "Over my shoulder"). Autre avatar incontournable de la mystique adolescente, un journal intime fait son apparition juste avant "Rain" ; Mika commence à le griffonner quand soudain un cochon en costume de prisonnier vient l'enlever dans une mise en scène particulièrement anxiogène plus proche de Slipknot que des Bisounours. Cette vision cauchemardesque, qui coûtera certainement quelques heures de sommeil aux plus impressionnables des enfants présents dans la salle, sera la première incarnation des pulsions de mort du chanteur – autre passage incontournable de l'adolescence – magnifiées en deuxième partie de concert par la transformation progressive de la scène en cimetière, déclinaison fluo de l'esthétique du "Dia de los Muertos", la fête des morts mexicaine, et son cortège de crânes aux inquiétants sourires. Sur "Love Today", le chanteur va aller jusqu'à abattre un à un ses musiciens avant de retourner son pistolet invisible contre sa tempe et mimer un suicide (et dix ans de psychanalyse supplémentaires pour les gamins qui n'auraient pas été assez traumatisés plus tôt par le cochon). C'est bien sûr pour mieux ressusciter dans une grande célébration de joie, symbolisée entre autres par une pluie de confettis dorés sur "We Are Golden" (pour lequel il renoncera même à ses insupportables envolées suraigües de sonotone déréglé). Enfin, c'est le bouquet final, sur un "Lollipop" commencé façon "Tambours du Bronx" et qui termine en bouquet final, avec confettis, ballons géants et pluie de serpentins, dans les rires, les cris, les applaudissements… et le playback du nouveau single, "Kick Ass", B.O. du film du même nom, coécrit par RedOne, collaborateur privilégié de… Lady Gaga (et la boucle est bouclée).
Pour le rock critic qui a su laisser son orgueil au vestiaire, le plaisir est total. En se décomplexant de la sorte, il se rappelle que sa mission n'est pas seulement de tirer les masses vers le haut mais aussi de faire un peu redescendre ceux qui se montent la tête depuis si longtemps que la jonction entre les oreilles et les pieds n'est plus assurée. Danser ce n'est pas grave. La pop ce n'est pas sale. Surtout lorsqu'elle est aux mains d'artistes aussi talentueux et sincères que Mika.
Michael Rochette
Michael Rochette
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