|
NTM : Bercy, Jeudi 18 Septembre 2008
« Quelle chance, quelle chance d’habiter la France. » Surtout si c’est pour assister au retour du duo le plus mythique du rap français. Premier concert d’une tournée de réconciliation, dix ans après. On savoure son plaisir. Et eux aussi !
21h30. Après une première partie assurée par Swift Guad et Sefyu, la salle est chauffée à blanc. Toutes ces années à attendre le retour du Suprême, ça porte un peu sur les nerfs… L’assistance est plutôt du côté des trentenaires que des ados. Normal, vu l’âge des protagonistes. Qu’importe ! Dés les premières notes du Seine Saint Denis Style, les quinze mille fans hurlent, se lèvent de leurs places assises et se ruent dans la fosse ou dans les couloirs. Cette fois, Joey n’a même pas besoin de demander à l’assistance de rester debout. L’émotion est palpable, les sourires au rendez-vous. Du côté de la scène, on se laisse même aller à un petit câlin. Mais point trop n’en faut, the show must go on. Et quel show ! Jamais concert de rap français n’aura bénéficié d’une telle scénographie. D’immenses cubes lumineux diffusent des logos NTM qui explosent, des images rames de métro, de décors urbains ou se transforment en ghetto blaster géant. Pour Qu’est-ce qu’on Attend ?, de grandes flammes sortent du parquet. Et quand Lord Kossity arrive pour Ma Benz, les cubes lumineux s’ouvrent pour faire apparaître en bas un véritable groupe de musiciens et en haut des danseuses de lap dance. Du grand show à l’américaine.
Du côté du duo, on a également mis le paquet. Leur énergie ne baisse jamais en intensité. L’opposition ange-démon, feu-glace, MC survolté/ rappeur tempéré, jaguar bondissant/prédicateur prudent fonctionne toujours aussi bien. Les deux compères semblent avoir retrouvé leur jolie complicité d’antan et chaque petit geste d’affection réchauffe le cœur. Surtout quand ça a pour résultat des reprises flamboyantes de notre bande-son rap des années 90. Ayant passé quelques mois à « dépoussiérer » les vieux tubes, Joey Starr et Kool Shen offrent des versions un peu revisitées de leurs classiques. Et c’est avec frénésie que toute l’assemblée reprend en chœur Paris Sous les Bombes, La Fièvre, C'est Clair, Police, Pose Ton Gun, Tout n'est pas si facile, Le Monde de demain, Laisse Pas Traîner ton Fils…
L’ambiance est toute aussi électrique qu’enfumée. Les spectateurs ont décidé de se faire un concert « à l’ancienne », bien avant que Joey ne sorte son traditionnel « La loi Evin, on s'en bat les couilles! » pour Pass Le Oinj. Et, quoi qu’on en dise, les NTM n’ont rien perdu de leur superbe. Le Jaguarr joue à merveille le rôle du chauffeur de salle, menaçant de punitions sonores (à l’image de l’âge de l’assistance, le générique de Chapi Chapo, Annie Cordy ou Peter et Sloane) toute baisse de régime. Et le duo de se retrouver sans fausse note pour les morceaux solos (le totalement dingue Carnival de Joey ou le très intimiste Un Ange dans le Ciel de Bruno) comme pour ceux avec les anciens potes (IV My people avec tout le crew ou Chek The Flow avec Papalu). Les invités sont peu nombreux car triés sur le volet. Le génial beat-boxer Eklipse vient nous scotcher avec quelques-uns de ses plus grands talents alors que les vieux de la vieille d’Aktuel Force ont ressorti leurs meilleures phases de break.
Deux heures de sueur et de cris qui se terminent en beauté, comme on a commencé, avec le Seine Saint-Denis Style, mais version Smells Like Teen Spirit. De quoi terminer d’échauffer les esprits. Et de finir de ravir une assistance survoltée.
Je crois que dans ces cas-là, la seule chose à dire, c’est : Merci !
Lajoinie Adeline
|