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NTM : Parc des Princes, samedi 19 juin 2010
Indochine devait être le premier groupe de rock français à se produire dans un stade, en tête d’affiche. NTM leur aura finalement grillé la priorité, rugissant au cœur du Parc des Princes avec une semaine d’avance sur le Stade de France de la bande à Sirkis. Récit d’une soirée rap’n’roll menée au poing par le duo du 9.3.
À peine sorti du métro, les abords du Parc sont conformes à la réputation sulfureuse qui colle à la peau de nos deux quadragénaires. En effet, douze ans après la mort discographique de NTM, il est amusant de constater que l’entité reste encore et toujours sous la surveillance des forces de l’ordre. Le périmètre autour du stade est verrouillé par d’impressionnants cordons de sécurité et une meute de CRS trône avec vigilance près de la porte principale. La palpation (dixit les agents de sécurité) est de mise pour accéder au saint des saints et les garçons comme les filles ont le droit de savourer ce pelotage à grande échelle.
Pendant que le contraignant dispositif de sécurité freine l’accès au stade, Salif essaie tant bien que mal de s’imposer, face à une poignée de spectateurs fraichement débarqués. Le rappeur de Boulogne nous sert un désagréable fond sonore, la bouillie qui sort des enceintes ne rendant pas vraiment justice à son dernier album, “Qui m'aime me suive”. Pour le coup, peu de gens l’ont suivi… C’était ensuite au tour de la Sexion d’Assaut de faire parler la poudre et, par la même occasion, faire reprendre en chœur les paroles de ses récentes tueries radio, “Casquette à l’envers” et “Désolé”. Le son n’avait rien à envier à celui de Salif, mais le fait que le public connaisse les textes a été déterminant sur l’impact de nos experts balistiques.
Il aura fallu attendre 21 h 20 pour renâcler les odeurs annonçant le plat principal : un beau bout de barbaque. Servi saignant. Pendant dix minutes, Cut Killer trône seul face à l’assemblée pour faire résonner ses scratchs (« Assassin de la Police ! » en tête). Des samples cultes de NTM qui semblent s’adresser directement aux forces de l’ordre positionnées à l’extérieur du Parc. Il n’en fallait pas plus pour chauffer l’auditoire, même si le stade apparaît comme étonnamment vide avec des gradins clairsemés.
Et comme on pouvait s’y attendre, les deux compères ne se risquent pas à bouleverser la setlist explosive entendue à Bercy. “Seine-Saint-Denis Style” est hurlé dans l’arène et la voix gutturale du Jaguarr met un terme symbolique à sa sortie de prison. Une cadence effrénée qui se poursuivra sur l’emblématique “On est encore là”, avant de ralentir sur “That’s My People”. Le titre de Kool Shen, moins pêchu que sur disque, aboutit à une sentence irrévocable : la diffusion d’un cartoon sur grand écran et une musique empruntée à « Oui-Oui » histoire de faire réagir la foule… jusqu’au prochain moment de torpeur. Car s’il a réussi à s’imposer grâce à l’instrumentation puissante et groovy de ses musiciens (en formation rock), le crew a parfois donné l’impression de lutter pour faire décoller l’ambiance. Les fumigènes lancés sur “Qu’est-ce qu’on attend ?” et la venue de Lord Kossity sur “Ma Benz” auront fait leur petit effet, mais le froid extérieur semblait avoir eu raison des petites natures, certaines personnes désertant le show alors que celui-ci était à peine entamé.
Dans la continuité des spectacles de reformation donnés il y a deux ans, le concert n’a semble-t-il pas su se démarquer des cinq Bercy déjà mythiques. Kool Shen et JoeyStarr ont pourtant mouillé le maillot – d’une façon bien plus noble que celle de notre équipe de France – mais lorsque le public vous abandonne, alors même les bêtes les plus sauvages ne peuvent lutter indéfiniment. À peine sortis, certains parlaient déjà de « concert de trop » alors que d’autres se plaignaient d’une prestation rythmée par d’incessants problèmes techniques. Il faut dire que les écrans buggés et le son qui rendait parfois inaudible le flow de JoeyStarr n’ont pas contribué à créer l’alchimie tant attendue... Le mythe commencerait-il à s’effriter ?
Thomas Mafrouche
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